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Vous me feriez beaucoup de plaisir, monsieur, de présenter mes respects à M. le duc d’Ayen, et à M® la comtesse de La Marck1. Ce sont leurs suffrages qui font ma consolation dans les maux qui m'affligent. Je ne vis plus pour les sensations agréables, mais le plaisir de leur plaire me tiendra lieu de tous les autres. Comptez, monsieur, sur le sentiment d’une amitié véritable de ma part.
A PARIS
À Monrion, 19 février.
Qu'est-ce que c'est donc, ma chère nièce, qu’une petite secte de la canaïlle, nommée la secte des margouillistes, nom qu’on devrait donner à toutes les sectes? On dit que ces misérables fanatiques, nés des convulsionnaires, et petits-fils des jansénistes, sont ceux qui ont mis, non pas le couteau, mais le canif à la main de ce monstre insensé de Damiens; que ce sont eux qui envoient du poison au dauphin dans une lettre, et qui affichent des placards : le tout pour la plus grande gloire de Dieu. Les honnêtes gens, par parenthèse, devraient me remercier d’avoir tant crié toute ma vie contre le fanatisme : mais les cours sont quelquefois ingrates.
Vous savez les coquetteries que me fait le roi de Prusse, et que la czarine m'appelle à Pétersbourg. Vous savez aussi qu’aucune cour ne me tente plus, et que je dois préférer la solidité de mon bonheur dans ma retraite à toutes les illusions. Si j'en voulais sortir, ce ne serait que pour vous; ma santé exige de la solitude ; je m'affaiblis tous les jours.
J'ai fait un effort pour jouer Lusignan: votre sœur a été admirable dans Zaïre; nous avions un très-beau et très-bon Orosmane, un Nérestan excellent, un joli théâtre, une assemblée qui fondait en larmes ; et c’est en Suisse que tout cela se trouve, tandis que vous avez à Paris des margouillistes. Je vous ai bien regrettée : mais c’est ce qui m'arrive tous les jours.
Ayez grand soin de votre malheureuse santé : conservez-vous, aimez-moi. Mille tendres compliments à fils, à frère, à secrétaire’. Adieu, ma très-chère nièce; votre sœur ne vous écrit point
4. Voyez une note de la lettre 3267. 2. Le marquis de Florian, qui épousa M"° de Fontaine en 1762.
aujourd’hui : elle apprend un rôle. Nous ne vous parlons que de plaisir : instruisez-nous des sottises de Paris.
19 février.
Oui, sans doute, mon héros, le secrétaire d’État de la république de Platon * aurait ri et dit quelques bons mots, car il en disait ; mais tâchez de n’en pas dire.
Votre lettre sur ce pauvre amiral Byng lui a valu du moins quatre voix favorables, quoique la pluralité l'ait condamné à la mort?. Il se passe dans tous les États des scènes singulières, et aucune ne vous surprend.
Je vous attends toujours, ou dans le conseil, ou à la tête d’une armée. Si les services et la capacité donnent les places sous un monarque éclairé, vous avez assurément plus de droits que personne. Mais quelque place que vous ajoutiez à celles que vous occupez, il y en a une que les rois ne peuvent ni donner ni ôter, c’est celle de la gloire. Jouissez de ce beau poste, il est à l'abri de la fortune.
Je vous assure, monseigneur, que vous prêchez à un converti quand vous me conseillez de ne me rendre ni aux coquetteries du roi de Prusse ni aux bontés de limpératrice de Russie. Je préfère ma retraite à tout, et cette retraite est d’ailleurs absolument nécessaire à un malade qui tient à peine à la vie.
Permettez que je vous envoie ce qu’on m'’écrit sur Lekaïin. S'il a tant de talents, s’il sert bien, est-il juste qu’il n’ait pas de quoi vivre, quand les plus mauvais acteurs ont une part entière ? C'est là l’image de ce monde. Puisque vous daignez descendre à ces petits objets, mettez-y la justice de votre cœur, et protégez les talents.
Mwe Denis et le Suisse Voltaire vous présentent leurs plus tendres respects.
1. Le marquis d'Argenson; voyez la lettre du 4 févrior. 2. Voyez tome XV, page 340, où, dans la note 1, il faut lire 1757 (au lieu de 1747).
Monrion, 19 février.
J'attends avec impatience le mot de l'énigme de l'aventure de Pierre Damiens. On me mande qu’il y a une petite secte cachée, composée de la plus basse canaïlle du parti janséniste, que cette secte est appelée la secte des margouillistes, nom digne d’elle; que ces malheureux sont liés entre eux par des serments exécrables: qu’ils ont voulu, non pas tuer le roi, mais le blesser légèrement pour l’avertir, et qu’ils ont menacé le dauphin du poison. Il n’y a rien dont le fanatisme ne soit capable.
3321. — À M. DE CHENEVIÈRESS®:.
Monrion, 19 février.
I y a huit jours, mon ami, que Mr Denis cherche dans ses paperasses, parmi ses rôles de tragédies, de comédies, d’opérascomiques, etc., etc., votre gentille pastorale ?, qu’elle a lue avec tout le plaisir imaginable. Nous vous la renverrons dès que la femme de chambre, qui a la garde des archives historiques et de la musique, l'aura retrouvée. Comme nous avons été entourés d'ouvriers, et qu’il a fallu essayer cinq ou six habits de théâtre, il y a eu un peu de confusion. Mais soyez en sûreté; l’ouvrage n’est pas sûrement sorti de la maison. Nous avons un singe, un perroquet et un écureuil, que nous ne laissons approcher d’aucun papier.
Pardon; il faut aller répéter au théâtre aujourd’hui; nous jouons demain, Tâchez de vous divertir aussi.
PROFESSEUR EN DROIT
Monrion, 22 février.
Mon très-cher voisin, la volonté de Dieu soit faite! Puissiezvous bâtir, dans mon voisinage, une maison ‘ digne de la belle