‹ Œuvres complètesChapitre 15 sur 475 · À MM. CRAMER FRÈRES · texte numérisé non relu

À MM. CRAMER FRÈRES

Je ne peux que vous remercier, messieurs, de l'honneur que vous me faites d'imprimer mes ouvrages; mais je n’en ai pas moins de regret de les avoir faits. Plus on avance en âge et en connaissances, plus on doit se repentir d’avoir écrit. Il n’y a presque aucun de mes ouvrages dont je sois content, et il y en a quelques-uns que je voudrais n’avoir jamais faits. Toutes les pièces fugitives que vous avez recueillies étaient des amusements de société qui ne méritaient pas d’être imprimés. J’ai toujours eu d’ailleurs un si grand respect pour le public que, quand j'ai fait imprimer la Henriade et mes tragédies, je n’y ai jamais mis mon nom; je dois, à plus forte raison, n'être point responsable de toutes ces pièces fugitives qui échappent à l'imagination, qui sont consacrées à l’amitié, et qui devaient rester dans les portefeuilles de ceux pour qui elles ont été faites.

À l'égard de quelques écrits plus sérieux, tout ce que jai à vous dire, c’est que je suis né Français et catholique; et c’est principalement dans un pays protestant que je dois vous marquer mon zèle pour ma patrie, et mon profond respect pour la religion dans laquelle je suis né, et pour ceux qui sont à la tête de cette religion. Je ne crois pas que dans aucun de mes ouvrages il y ait un seul mot qui démente ces sentiments. J'ai écrit l’histoire avec vérité; j'ai abhorré les abus, les querelles et les crimes ; mais toujours avec la vénération due aux choses sacrées, que les hommes ont si souvent fait servir de prétexte à ces querelles, à ces abus et à ces crimes. Je n’ai jamais écrit en théologien ; je n'ai été qu'un citoyen zélé, et plus encore un citoyen de l'univers. L’humanité, la candeur, la vérité, m'ont toujours

4. Dans la bibliothèque cantonale de Berne, ville natale d’Albert de Haller, est un buste avec cette inscription : Le grand Haller. (CL.)

2. Cette lettre est imprimée dans le premier volume des OEuvres de Voltaire, 1356. Elle doit être antérieure au 12 avril, jour où Voltaire écrivait à Thieriot que l'édition était finie depuis quelques jours. (B.)

conduit dans la morale et dans l’histoire. S'il se trouvait dans ces écrits quelques expressions répréhensibles, je serais le premier à les condamner et à les réformer.

Au reste, puisque vous avez rassemblé mes ouvrages, c’està-dire les fautes que j'ai pufaire, je vous déclare que je n’ai point commis d’autres fautes ; que toutes les pièces qui ne seront point dans votre édition sont supposées, et que c’est à cette seule édition que ceux qui me veulent du mal ou du bien doivent ajouter foi, S'il y a dans ce recueil quelques pièces pour lesquelles le public ait de l’indulgence, je voudrais avoir mérité encore plus cette indulgence par un plus grand travail. S'il y a des choses que le public désapprouve, je les désapprouve encore davantage.

Si quelque chose peut me faire penser que mes faibles ouvrages ne sont pas indignes d’être lus des honnêtes gens, c'est que vous en êtes les éditeurs. L’estime que s’est acquise depuis longtemps votre famille dans une république où règnent l'esprit, la philosophie, et les mœurs; celle dont vous jouissez personnellement, les soins que vous prenez, et votre amitié pour moi, combattent la défiance que j'ai de moi-même. Je suis, etc.

Aux Délices, 1° avril.

Je reçois votre lettre du 24 mars, mon divin ange; que de choses j'ai à vous dire! M d’Argental a toujours mal au pied!et le messie Tronchin est à Paris! Il dit que je suis sage et que je me porte bien : ah! n’en croyez rien. Mon procureur dit qu'il m'avait envoyé une procuration : c’est ce qu’un procureur doit envoyer; mais il n’en était rien avant vos bontés et avant que M. l'abbé de Chauvelin eût daigné employer auprès de lui son éloquence. J'écris! à M. l'abbé de Chauvelin pour le remercier ; je ne sais point sa demeure ; je lui écris à Paris.

Vous me parlez d’une M": Guéant”; voilà ce que c’est que d'écrire trop tard! les Bonneau* sont plus alertes. Un Bonneau

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