A M. THIERIOT, CHEZ MADAME LA COMTESSE DK MONTMORENCY
A PARIS, RUE VIVIENNE i.
Aux Délices, 20 mai 1757.
Vous noterez, sil vous plaît, mon cher et ancien ami, et je vous confie tout doucement qu’il y a dans le pays que j'habite trois ou quatre personnes qui sont encore du xvi* siècle. Elles ont été fâchées de voir dans le Mercure que tout le monde convenait, vers le lac Léman, que Calvin avait une âme atroce. Ces gens-là disent qu’ils n’en conviennent point.
Je crois qu’on pourrait, pour satisfaire leur délicatesse, leur permettre même de penser que l’âme de Calvin était douce. La mienne est tranquille, et je ne veux point choquer d’honnètes gens avec lesquels je vis en très-bonne intelligence. Vous me feriez plaisir de me mander qu’on a imprimé cette lettre sur une copie infidèle, comme sont toutes celles qu’on fait courir manuscrites ; que, dans celle que vous avez reçue de ma main, ilya âme trop austère et non pas äme atroce*. En effet, autant qu'il peut m’en souvenir, c'était là la véritable leçon. Cette petite attention de votre part ferait un très-grand plaisir à des personnes que je dois ménager, et je vous en serais très-obligé. La paix est, après la santé, le plus grand des biens.
4. Éditeurs, de Cayrol et François. — Thieriot, ayant perdu Mr° de La Popelinière, avait trouvé une nouvelle protectrice.