‹ Œuvres complètesChapitre 177 sur 475 · Cet article est d'Edme Mallet; voyez la lettre · texte numérisé non relu

Cet article est d'Edme Mallet; voyez la lettre

3. Le roi de Prusse, après s'être, en 1756, emparé de la Saxe sans coup férir, gagna, le 6 mai 1751, sur l’armée autrichienne, une grande bataille aux portes de Prague.

$. Éditeurs, Bavoux et François.

dans les grandes; je la remercie des relations dont elle a daigné me faire part.

La ville de Genève, qui n’a guère d’autre emploi que de gagner de l'argent et de faire des nouvelles, disait déjà que Prague était prise, et que les Prussiens allaient à Vienne. Peutêtre tout cela est-il devenu vrai au moment que j'ai l'honneur d'écrire à Votre Altesse sérénissime ; peut-être aussi la perte des Autrichiens n'est pas aussi grande que le prétendent les vainqueurs; ils disent que le prince Charles est dans Prague avec des forces suffisantes, et que le maréchal de Brown, blessé légèrement, a rassemblé le reste de l’armée. Ce seront les suites de la victoire qui la rendront plus ou moins complète. J’imagine qu'un gourmand qui voudrait faire bonne chère ne devrait pas aller dîner à présent à l’armée autrichienne.

Nous avons ici un Russe qui jure par saint Nicolas que ses compatriotes arrivent pour être de la partie; il y a des gens qui jurent par Frédéric qu’ils seront battus. Mais voilà bien du monde à battre: et à force de tuer et d'être tué, il ne restera bientôt plus personne. J'ai bien peur encore que pour éclaircir le genre humain, le duc de Cumberland, renforcé de quelques Prussiens, n’aille faire, la baïonnette au bout du fusil, des propositions à l’armée française, qui s’avance pour le bien de la paix.

Je crois, madame, Dieu me pardonne, qu’il y a des troupes de Votre Altesse sérénissime dans l’armée hanovrienne : en ce cas, madame, voilà mon cœur partagé entre ma fringante patrie et la Thuringe. Je n’ai qu’à souhaiter que tout le monde retourne chez soi honnêtement. Je plains seulement ce gros fiscal de l'Empire, qui a perdu à tout cela son papier et son encre. Plût à Dieu qu'il n’y eût que de l'encre de perdue! La race humaine est bien méchante et bien malheureuse; mais il faut l’aimer en faveur de Votre Altesse sérénissime, de votre auguste famille et de la reine des cœurs. Daignez, madame, accepter mon profond res-

pect.

À Monrion, 26 mai.

Feu l’amiral Byng vous assure de ses respects, de sa reconnaissance, et de sa parfaite estime: il est très-sensible à votre procédé, et meurt consolé par la justice que lui rend un si généreux soldat, so generous a soldier; ce sont les propres mots dont il a chargé son exécuteur testamentaire ; je les reçois dans le mo-

ment, en arrivant à Monrion, avec les pièces inutilement justificatives de cet infortuné.

C'est là, mon héros, tout ce que je puis vous dire de l’Angleterre, où les amis et les ennemis de l'amiral Byng rendent justice à votre mérite.

Je crois qu’on ne se doutait pas, en France, de la campagne à la Turenne que fait le roi de Prusse. Faire accroire aux Autrichiens qu’il demande des palissades, sous peine de l’honneur et de la vie, pour mettre Dresde hors d’insulte; entrer en Bohême par quatre côtés, à la même heure; disperser les troupes ennemies, s'emparer de leurs magasins; gagner une victoire signalée, sans laisser aux Autrichiens le temps de respirer! vous avoucrez, monseigneur, vous qui êtes du métier, que la belle campagne du maréchal de Turenne ne fut pas si belle. Je ne sais jusqu’à quel point de si rapides progrès pourront être poussés; mais on prétend qu’il envoie vingt mille hommes au duc de Cumberland, et que bientôt on verra les Prussiens se mesurer contre les Français. Tout ce que je sais, c’est qu’il en a toujours eu la plus forte envie. S’il y a une bataille, il est à croire qu’elle sera bien meurtrière.

Parmi tant de fracas, conservez votre bonne santé et votre humeur. Daignez, monseigneur, ne pas oublier les paisibles Suisses, et recevez avec votre bonté ordinaire les assurances de mon tendre et profond respect. V.

Monrion, 29 mai.

Je vois que je ne serai instruit du sort de mon petit traité avec l’Altesse électorale palatine qu’à la fin de juin : cela sera plus commode pour les comptes. J’ai reçu aujourd’hui une lettre fort agréable de l'électeur, mais qui me renvoie pour les calculs à son Moras, et son Moras n’a point encore fini. Le roi de Prusse va un peu plus vite en besogne; on prétend qu'il administrera bientôt les finances de Vienne, comme celles de Saxe. J’augure assez mal de tout ceci, et je ne serai point surpris s’il arrive malheur à notre brillante armée, qui manque de pain.

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