A VOUS SEUL
Mon héros, vous avez vu et vous avez fait des choses extraordinaires. En voici une qui ne l’est pas moins, et qui ne vous surprendra pas. Je la confie à vos bontés pour moi, à vos intérêts, à votre prudence, à votre gloire.
Le roi de Prusse s’est remis à m'écrire avec quelque confiance. Il me mande qu'il est résolu de se tuer, s’il est sans ressource ; et madame la margrave sa sœur m'’écrit qu’elle finira sa vie si Je roi son frère finit la sienne. Il y a grande apparence qu'au moment où j'ai l'honneur de vous écrire le corps d'armée de M. le prince de Soubise est aux mains avec les Prussiens. Quelque
1. Éditeur, H. Beaune.— Communiquée par M. Le Serurier, conseiller à la coor de cassation; cette lettre provient de M. de Dompierre d’Hornoy. (H. B.)
chose qui arrive, il y a encore plus d'apparence que ce sera vous qui terminerez les aventures de la Saxe et du Brandebourg, comme vous avez terminé celles de Hanovre et de la Hesse. Vous courez la plus belle carrière où on puisse entrer en Europe ; et j'imagine que vous jouirez de la gloire d’avoir fait la guerre et la paix.
Il nem’appartient pas de me méler de politique, et j’y renonce comme aux chars des Assyriens; mais je dois vous dire que, dans ma dernière lettre à Me la margrave de Baireuth, je n’ai pu m'empêcher de lui laisser entrevoir combien je souhaite que vous joigniez la qualité d’arbitre à celle de général. Je me suis imaginé que, si l’on voulait tout remettre à la bonté et à la magnanimité du roi, il vaudrait mieux qu’on s’adressât à vous qu’à tout autre : en un mot, j'ai hasardé cette idée sans la donner comme conjecture ni comme conseil, mais simplement comme un souhait qui ne peut compromettre ni ceux à qui on écrit, ni ceux dont on parle? ; et je vous en rends compte sans autre motif que celui de vous marquer mon zèle pour votre personne et pour votre gloire. Vous n’ignorez pas que M de Baireuth a voulu déjà entamer une négociation qui n’a eu aucun succès; mais ce qui n’a