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Éditeurs, de Cayrol et François

résolution violente. Adieu ; souhaitez-moi la mort, c'est ce qui pourra m’ar-

river de plus heureux.

WILHELMINE

° (Buttstedt) 9 octobre 1757.

Je suis homme, il suffit, et né pour la souffrance; Aux rigueurs du destin j’oppose ma constance.

Mais avec ces sentiments, je suis bien loin de condamner Caton et Othon ; le dernier n’a eu de beau moment en sa vie que celui de sa mort.

Croyez que si j'étais Voltaire, Et particulier comme lui, Me contentant du nécessaire, Je verrais voltiger la fortune légère, Et m'en moquerais aujourd’hui.

Je connais l’ennui des honneurs, Le fardeau des devoirs, le jargon des flatteurs, Ces misères de toute espèce, Et ces détails de petitesse Dont il faut s'occuper dans le sein des grandeurs. Je méprise la vaine gloire, Quoique poëte et souverain.

Quand du ciscau fatal, en tranchant mon destin, Atropos m'aura vu plongé dans la nuit noire, Qu'importe l’honneur incertain De vivre après ma mort au temple de Mémoire ? Un instant de bonheur vaut mille ans dans l'histoire. Nos destins sont-ils donc si beaux?

Le doux plaisir et la mollesse, La vive et naïve allégresse, Ont toujours fui des grands la pompe et les travaux. Ainsi la fortune volage N'a jamais causé mes ennuis, Soit qu'elle me flatte ou m'outrage, Je dormirai toutes les nuits En lui refusant mon hommage.

Mais notre état fait notre loi ; Il nous oblige, il nous engage À mesurer notre courage Sur ce qu'exige notre emploi.

Voltaire dans son ermitage, Dans un pays dont l'héritage Est son antique bonne foi, Peut s’adonner en paix à la vertu du sage,

4. Il paralt que cette lettre fut longtemps en route; Voltaire n'y répondit que le 13 novembre, voyez n° 3449.

Dont Platon nous marqua la loi.

Pour moi, menacé du naufrage, Je dois, en affrontant l'orage, Penser, vivre, et mourir en roi.

FéDéaici.

Le 16 octobre.

Accablée par les maux de l'esprit et du corps, je ne puis vous écrire qu'une petite lettre. Vous en trouverez une ci-jointe? qui vous récompensera au centuple de ma brièveté. Notre situation est toujours la même : un tombeau fait notre point de vue. Quoique tout semble perdu, il nous reste des choses qu'on ne pourra nous enlever: c’est la fermeté et les sentiments du cœur. Soyez persuadé de notre reconnaissance, et de tous les sentiments que vous méritez par votre attachement et votre façon de penser, digne d’un vrai philosophe.

WILHELMINK.

PASTEUR À BERNE

Aux Délices, 16 octobre.

Mon cher ami, votre paquet doit être à Lausanne, avec celui de M. Polier de Bottens. Je lui écris pour qu'il vous le fasse tenir. Vos occupations sont tranquilles et agréables, tandis que le mal moral et le mal physique inondent la terre. On croyait le 7, à Strasbourg, qu'il y avait eu une bataille, et on craignait beaucoup, parce que le courrier ordinaire avait manqué. Travaillez, mon cher ami, sur les productions merveilleuses de la terre. Les philosophes examinent avec peine ce que les rois détruisent si aisément. Sondez la nature des métaux, qu'ils ravissent ou qu’ils emploient à la destruction. Leur cœur et ceux de leurs importants esclaves est plus dur que tous les minéraux dont vous parlerez. Mes tendres respects à M. et à M®- de Freudenreich, qui ont, ainsi que vous, un cœur si différent de celui des princes.

14. Le 8 octobre, Frédéric écrivait à la margrave de Baireuth : « J'ai ri des exhortations du patriarche Voltaire; je prends la liberté de vous envoyer ma réponse. »

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