‹ Œuvres complètesChapitre 237 sur 475 · Voyez tome XXXVIIT, page · texte numérisé non relu

Voyez tome XXXVIIT, page

2. Voltaire, d’après ce qu'il en dit ici et en d’autres lettres, semblerait avoir cru que le lac Léman, à sa sortie de Genève, donne naissance au Rhône; c'est tout le contraire. La source de ce fleuve part du mont Furka, aux confins du canton d'Uri, et ses eaux, après avoir parcouru le canton du Valais dans toute sa longueur, forment le beau lac dont Voltaire a dit :

Mon lac est le premier, etc.

Mon bonheur serait encore plus grand, mon cher Dupont, si vous pouviez le’ partager. Libre dans ma retraite auprès de Genève, libre auprès de Lausanne, sans rois, sans intendant, sans jésuites’; n’ayant d’autres devoirs que mes volontés: ne voyant que des souverains qui vont à pied, et qui viennent diner chez moi; aussi agréablement logé qu’on puisse l'être ; tenant, avec ma nièce, une fort bonne maison, sans aucun embarras, il ne me manque que vous. Nos spectacles de Lausanne ne commenceront qu’en janvier. Cest malheureusement le temps où vous plaidez :

Et pro sollicitis non tacitus reis, Et centum puer artium.

(Hon., lib. IV, od. 1.)

C'est grand dommage que vous soyez à Colmar, Une femme, des enfants et des plaideurs, vousarrêtent dans votre haute Alsace. Vous seriez bien content de la vie de Lausanne et des agréments de ma petite terre des Délices; mais votre destinée vous retient où vous êtes, | ’

Quand je vous dis que j'ai renoncé aux rois, cela ne m’empêche pas de recevoir souvent des lettres du roi de Prusse. Je suis occupé depuis trois mois à le consoler : c’est une belle et douce vengeance. Il avoue que je suis plus heureux que lui, et cela me suffit. J'ai fait depuis peu, avec lélecteur palatin, une affaire aussi bonne qu'avec le duc de Wurtemberg. Voilà comme il faut en user avec les souverains, et ne jamais dépendre d’eux. J'embrasse M Dupont et vos enfants aimables, Vale, vive felix, el me ama.

Mes respects à M. et M»° de Klinglin.

VOLTAIRE

Délices, 5 novembre.

Les gens? dont je vous parlais dans mes dernières lettres me paraissent toujours dans le plus grand désespoir, et se vantent de résolutions extrêmes ; mais, pour se consoler, vous voyez

4. Allusion aux jésuites Kroust, Merat, etc., dont les intrigues ayaientempéché Voltaire, en 1754, de s'établir à Horbourg, près de Colmar. (CL.)

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