‹ Œuvres complètesChapitre 240 sur 475 · L'abbé d'Olivet · texte numérisé non relu

L'abbé d'Olivet

3. Ce portrait est de 1731, d’autres disent de 1736. 4. Le marquis de Florian.

maître l'a toujours aimée, et ne l’a pas toujours bien connue. Ce Pyrrhus n’a pas toujours écouté ses Cinéas. Je ne suis pas surpris qu'il vous ait rendu votre,fils : mais pourquoi n’a-t-il pas permis que tout le bien de cet enfant sortit avec lui ? Apparemment qu’en cas d’un malheur (qui n’arrivera pas, à ce que j’espère), ce bien devrait revenir aux parents de sa mère; mais les parents de sa mère n'étaient pas, ce me semble, ses sujets.

Enfin vous voilà fixé. Votre fils fait votre consolation, vous êtes tranquille; et il paraît que vous avez borné vos désirs : car, si je ne me trompe, vous étiez à portée de faire une fortune assez considérable dans bien des emplois dont vos anciens amis ont disposé. Je vous prie de ne me pas oublier auprès de M. de Croismare, et de vouloir bien recevoir en échange de vos manuscrits (je vous les renverrai dans quelques semaines) le fatras de mes réveries imprimées, que les Cramer de Genève sont chargés de vous remettre. Si on m'avait consulté pour l'impression, il y en aurait quatre fois moins; mais la manie des gens à bibliothèque est aussi grande que celle des auteurs. Poco e bene devrait être la devise des barbouilleurs de papier et des lecteurs: c’est justement tout le contraire. Je joins à mes anciennes folies celle de bâtir près de Lausanne, et de planter des jardins près de Genève. Chacun a son Sans-Souci: mais les housards ne viendront pas dans le mien. Je voudrais que vous pussiez voir mes retraites : nous avons tous les jours du monde de Paris, et vous êtes l’homme que je désirerais le plus de posséder. Mais il faut y renoncer, et me contenter de vous aimer de loin. Adieu; conservezmoi un souvenir qui m'est bien cher.

41 novembre 1751.

« On’ est aigri par l’infortune; on dit qu’on hasarderait une seconde démarche, si on avait quelque succès qui pût ne pas jeter d’humiliation sur ce qu’on propose. On paraît actuellement déterminé à des partis terribles. »

Voilà ce qu’on me mande, mon cher correspondant. C’est le précis de deux longues lettres bien singulières. Vous pouvez en faire part à la personne respectable * et sage dont on doit suivre

2. La margrave, au sujet de Frédéric. 3. Toujours le cardinal de Tencin.

les lumières. Ses conseils seront des ordres pour moi; et jamais elle ne sera compromise.

On parle beaucoup d’une convention secrète : cela n’est pas impossible; mais je n’y crois pas encore, attendu que cet événement serait bien contradictoire avec tout ce qu’on m'’écrit.

13 novembre.

Sire, votre Épitre! à d’Argens m'avait fait trembler; celle: dont Votre Majesté m'honore me rassure. Vous sembliez dire un triste adieu dans toutes les formes, et vouloir précipiter la fin de votre vie. Non-seulement ce parti désespérait un cœur comme le mien, qui ne vous a jamais été assez développé, et qui a toujours été attaché à votre personne, quoi qu’il ait pu arriver ; mais ma douleur s’aigrissait des injustices qu’une grande partie des hommes ferait à votre mémoire.

Je me rends à vos trois derniers vers, aussi admirables par le sens que par les circonstances où ils sont faits :

Pour moi, menacé du naufrage, Je dois, en affrontant l'orage, Penser, vivre, et mourir en roi,

Ces sentiments sont dignes de votre âme; et je ne veux entendre autre chose par ces vers, sinon que vous vous défendrez jusqu’à la dernière extrémité avec votre courage ordinaire. C'est une des preuves de ce courage supérieur aux événements, de faire de beaux vers dans une crise où tout autre pourrait à peine faire un peu de prose. Jugez si ce nouveau témoignage de la supériorité de votre âme doit faire souhaiter que vous viviez. Je p’ai pas le courage, moi, d'écrire en vers à Votre Majesté dans la situation où je vous vois; mais permettez que je vous dise tout ce que je pense.

Premièrement, soyez très-sûr que vous avez plus de gloire que jamais. Tous les militaires écrivent de tous côtés qu'après vous être conduit à la bataille du 18% comme le prince de Condé à Senef, vous avez agi dans tout le reste en Turenne. Grotius

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