L'abbé de Bernis
qu'on se moque de nous ; attendons des hivers plus agréables. Bonsoir, mon divin ange.
Nota bene que ce que j'ai confié à M. 1. de B. prouve que le roi de Prusse était perdu si on s'était bien conduit. Ce n’est pas là chercher à déplaire à Marie-Thérèse, et ce que j'ai mandé méritait un mot de réponse vague, un mot d'amitié.
34170. — A MADAME D'ÉPINAI.
Pour aujourd’hui, malgré mon respect pour les deux grands et beaux yeux de la véritable philosophe, je demande la permission de la robe de chambre.
J'attends aussi le véritable philosophe ! avec impatience. J’envoie le fiacre à midi. V.
3 décembre.
Je vous écrivis par le dernier ordinaire, mon cher et respectable ami, un petit barbouillage assez indéchiffrable, avec une lettre ostensible pour une personne? qui a été de vos amis, et que vous pouvez voir quelquefois. J’ai bien des choses à y ajouter ; mais l’état de la santé de M d’Argental doit passer devant. Je voudrais que vous fussiez tous ici comme M: d’Épinai, M de Montferrat, et tant d’autres. Notre docteur Tronchin fortifie les femmes ; il ne les saigne point, il ne les purge guère ; il ne fait point la médecine comme un autre. Voyez comme il a traité ma nièce de Fontaine ; il l’a tirée de la mort.
Vous ne m'avez jamais parlé de M"° de Montferrat ; c’est pourtant un joli salmigondis de dévotion et de coquetterie. Je ne sais où prendre M de Fontaine à présent, pour avoir ces portraits. L'affaire commence à m'intéresser, depuis que vous voulez bien avoir la triste ressemblance de celui qui probablement n’aura jamais le bonheur de vous revoir. Mais moi, pourquoi n’aurai-je pas, dans mes Alpes, la consolation de vous regarder sur toile, et de dire: Voilà celui pour qui seul je regrette Paris? C’est à moi à demander votre portrait, c’est moi qui ai besoin de consolation.
Je reviens à ma dernière lettre. Il est certain qu’on a pris ou
4. Tronchin, à qui ce billet était adressé aussi, 2. L'abbé de Bernis.
314 CORRESP ONDANCE.
donné furieusement le change, quand on vous a parlé. Que pourrait-on attribuer à mes correspondances ? quel ombrage pourrait en prendre la cour de Vienne ? Quel prétexte singulier! Je voudrais qu’on fût aussi persuadé de mes sentiments à la cour de France qu'on l’est à la cour de l’impératrice. Mais, quels que soient les sentiments d’un particulier obscur, ils doivent être comptés pour rien; s’ils l’étaient pour quelque chose, la personne en question‘ devrait me savoir un assez grand gré des choses que je lui ai confiées. S'il a pensé que cette confidence était la suite de l'intérêt que je prenais encore au roi de Prusse, et si une autre personne? a eu la même idée, tous deux se sont bien trompés ; je les ai instruits d’une chose qu’il fallait qu’ils sussent. M de Pompadour, à qui j'en écrivis d’abord, m'en parut satisfaite par sa réponse. L'autre, à qui vous m’avez conseillé d'écrire, et à qui je devais nécessairement confier les mêmes choses qu’à M de Pompadour, ne m’a pas répondu. Vous sentez combien son silence est désagréable pour moi, après la démarche que vous m'avez conseillée, et après la manière dont je Jui ai écrit. Ne pourriez-vous point le voir ? Ne pourriez-vous point, mon cher ange, lui dire à quel point je dois être sensible à un tel oubli? S'il parlait encore de mes correspondances, s’il mettait en avant ce vain prétexte, il serait bien aisé de détruire ce prétexte en lui faisant connaître que, depuis deux ans, le roi de Prusse me proposa, par l’abhé de Prades, de me rendre tout ce qu'il m'avait Ôté. Je refusai tout sans déplaire, et je laissai voir seulement que je ne voulais qu’une marque d'attention pour ma nièce, qui pût réparer, en quelque sorte, la manière indigne dont on en avait usé envers elle. Le roi de Prusse, dans toutes ss lettres, ne m’a jamais parlé d'elle. M Ja margrave de Baireuth a été beaucoup plus attentive. Vous voilà bien au fait de toute ma conduite, mon divin ange, et vous savez tous les efforts que le roi de Prusse avait faits autrefois pour me retenir auprès de lui. Vous n’ignorez pas qu'il me demanda lui-même au roi. Cette malheureuse clef de chambellan était indispensablement nécessaire à Sa cour. On ne pouvait entrer aux spectacles sans être bourré par ses soldats, à moins qu’on n’eût quelque pauvre marque qui mît à l’abri. Demandez à Darget comme il fut un jour repoussé et houspillé, Il avait beau crier : Je suis secrétaire !? On le bourrait toujours.