Le roi de Prusse. Voyez lettre
#. La lettre de Tronchin à d’Alembert a été imprimée dans les OEuvres posthumes de d'Alembert (1109, deux volumes in-12), tome [, page 415. La réponse de d’Alembert se trouve à la page 271 du tome II de la troisième édition des Lettres critiques d'un voyageur anglais (par Vernet), 1766, in-8°.
plus sur tous ces objets, et je feins d'ignorer leurs cris. Comme je ne doute pas que ma réponse à M. Tronchin ne m'attire une seconde lettre, je ferai ee que vous me conseillez, et je leur répondrai que vous voulez bien vous <harger de finir cette affaire. Je vous prie donc, en cas de nouvelles plaintes de leur part, de leur signifier : 4° que je n'ai rien avancé dan£ l'artick Genève que je n’aie recueilli de leurs conversations, et de l'opinion qui m'a paru générale à Genève sur la manière actuelle de penser du clergé ; 2° que ce n'est point, par conséquent, un secret que j'ai violé, puisque c'est une chose avouée de tout le monde, et que d'ailleurs ce n’est point tête à tête, mais en présence de témoins, que j'ai eu des conversations avec eux; 3° que, bien loin d’avoir eu dessein de les offenser par ce que j'ai dit, j'ai cru au coetraire leur faire honneur, persuadé comme je suis que, de toutes les societe: séparées de l’Église romaine, les sociniens sont les plus conséquents, et que. quand on ne reconnaîtra, comme font les protestants, ni tradition ni autonite de l'Église, la religion chrétienne doit se réduire à l’adoration d'un sex dieu, par la médiation de Jésus-Christ.
On m'assure que ces messieurs vont envoyer une députation à la cour de France pour m'obliger de me rétracter. Je ne sais si la cour leur fera l'honneur de les écouter, ni ce qu'elle exigera de moi; mais je sais bien que je ne répondrai jamais autre chose que ce que vous venez de lire. Savezvous, pour comble de sottise, que cet article Genève a pensé être dénonce au parlement, à ce parlement plus intolérant et plus ridicule encore que le clergé qu'il persécute ? On prétend que je loue les ministres de Genève d'une manière injurieuse à l’Église catholique. Ce qui doit pourtant me rassurer, c'est que j'ai trouvé d'honnêtes prêtres de paroisse qui regardent ce même article comme fort avantageux à l'Église romaine, parce que j'y prouve. disent-ils, par les faits, ce que Bossuet a démontré par le raisonnement, que le protestantisme mène au socinianisme. Tout cela n’est-il pas bien plaisant ?
On ne peut s'empêcher d'en pleurer et d'en rire.
J'ai reçu vos deux articles Habile et Hauteur? avec leurs dérivés ; je vocs en remercie de tout mon cœur, et je vous enverrai au premier jour, 50©enveloppe, l’article Histoire; mais vous pouvez ne vous pas presser sur k reste. J'ignore si l'Encyclopédie sera continuée; ce qu’il y a de certain, c'e qu'elle ne le sera pas par moi. Je viens de signifier à M. de Malesherbes « aux libraires qu'ils pouvaient me chercher un successeur. Je suis exc: des avanies et des vexations de toute espèce que cet ouvrage nous atbre. Les satires odieuses et même infàmes qu'on publie contre nous, et qui sox non-seulement tolérées, mais protégées, autorisées, applaudies, commandes: même par ceux qui ont l'autorité en main; les sermons, ou plutôt les tocsics qu'on sonne à Versailles contre nous, en présence du roi, nemine reclamantr. l’inquisition nouvelle et intolérable qu'on veut exercer contre l'Encyclopeire. en nous donnant de nouveaux censeurs plus absurdes et plus intraitable-
1. Regnard, Folies amoureuses, acte II, scène vi. 2. Voyez tome XIX, pages 324 ct 397.
qu'on n'en pourrait trouver à Goa; toutes ces raisons, jointes à plusieurs autres, m'obligent de renoncer pour jamais à ce maudit travail.
Rien n’est plus vrai n1 plus juste que ce que vous me mandez sur l’Encyclopédie. Il est certain que plusieurs de nos travailleurs y ont mis bien des choses inutiles, et quelquefois de la déclamation; mais il est encore plus certain que je n'ai pas été le maître que cela füt autrement. Je me flatte qu’on ne jugera pas de même de ce que plusieurs de nos auteurs et moi avons fourni pour cet ouvrage, qui vraisemblablement demeurera à la postérité comme un monument de ce que nous avons voulu et de ce que nous n'avons pu faire.
Oui, vraiment, votre disciple a repris Breslau 1, avec une armée tout entière qui était dedans, et des magasins de toute espèce. On dit même aujourd’hui que Schweidnitz s’est rendu le 30°. Ainsi voilà les Autrichiens hors de Silésie, et sans armée. J'ai bien peur que nous autres Français nous ne soyons aussi bientôt sans armée et sur le Rhin. Que je suis fâché que le plus grand prince de notre siècle ait contristé celui qui était si digne d'écrire son histoire ! Pour moi, comme Français et comme philosophe, je ne puis que m'affliger de ses succès. Nos Parisiens ont aujourd’hui la tête tournée du roi de Prusse. Il v a cinq mois qu'ils le traînaient dans la boue; et voilà les gens dont on ambitionne le suffrage !
Je n'ai point de nouvelles de notre hérélique de Prades; mais jai peine à croire, comme vous, qu'il ait trahi son bienfaiteur. Voilà un long bavardage, mon cher philosophe; mais je cesse de vous ennuver en vous embrassant de tout mon cœur.
Est-il bien vrai, monsieur, que tandis que vous rendez service au genre humain, et que vous léclairez, ceux qui se croient nés pour l'aveugler aient la permission de faire un libelle périodique* contre vous et contre ceux qui pensent comme vous? Quoi! on permet aux Garasses d’insulter les Varrons et les Plines!
Quelques ministres de Genève ont eu la rage, en dernier lieu, de vouloir justifier l’assassinat juridique de Servet : le magistrat leur a imposé silence; les plus sages ministres ont rougi pour leurs confrères bafoués; et il sera permis à je ne sais quels pédants jésuites d’insulter leurs maîtres!
N'êtes-vous pas tenté de déclarer que vous suspendrez l’Encyclopèdie jusqu’à ce qu'on vous ait fait justice? Les Guignards ont été pendus, et les nouveaux Garasses devraient être mis au