‹ Œuvres complètesChapitre 3 sur 475 · Magasin universel, 1838-1839, tome VI · texte numérisé non relu

Magasin universel, 1838-1839, tome VI

2. On sait que Voltaire combat l'oplimisme dans son poëme sur le tremblement de terre de Lisbonne.

Le passé n’est pour nous qu'un triste souvenir ;

Le présent est affreux, s’il n’est point d’avenir,

Si la nuit du tombeau détruit l’être qui pense.

Un jour tout sera bien, voilà notre espérance ;

Tout est bien aujourd’hui, voilà l'illusion ;

Les sages me trompaient, et Dieu seul a raison !, etc.

Voilà à peu près comme je voudrais finir, mais il est bien difficile de dire en vers tout ce qu’on voudrait. Ayez la bonté de communiquer cette esquisse à votre respectable ami. Voici de beaux jours, je ne m’en porte pas mieux. Conservez votre santé et aimez-moi. V.

Aux Délices, près de Genève, 9 mars 1756.

Madame, le tout est bien recevrait un terrible soufflet si les nouvelles qui se débitent touchant une cour de votre voisinage avaient la moindre vraisemblance. Le mal moral serait bien audessus du mal physique, et ce serait bien pis qu’un tremblement de terre; mais il n’est pas possible de croire de pareilles horreurs. Les hommes sont plus prompts à croire le crime qu’à le commettre.

Si la Thuringe a eu sa petite part de la secousse de la terre, ce n’est qu’un léger mouvement, une faible éclaboussure qui est venue d'Afrique dans les États de Votre Altesse sérénissime. Tout le mal vient de messieurs de la Barbarie : c’est à Tétuan, à Méquinez, que les grands coups ont été portés. Les mahométans ont été plus maltraités que les chrétiens.

Le roi de Prusse me fait savoir qu'il fait jouer le 27 de ce mois son opéra de Mérope. Il ne tient qu’à moi d’aller entendre à Berlin de la musique italienne. J'aimerais bien mieux venir entendre Votre Altesse sérénissime à Gotha, jouir des charmes de sa conversation, lui renouveler mes sincères hommages. Que n’ai-je pu vivre à ses pieds! Me voici de retour dans cette retraite que monseigneur le prince votre fils honora une année de sa présence. Je l’ai embellie, afin qu’elle fût moins indigne un jour de recevoir un des princes, vos enfants, s’ils voyageaient devers nos Alpes.

4. Ces vers se retrouvent à la fin de ce poëme. 2. Éditeurs, Bavoux et François.

Mais qu’il me serait plus doux de me mettre encore aux pieds de leur adorable mère! Gotha est toujours dans mon cœur.

Recevez, madame, les profonds respects d’un homme éternellement dévoué à Votre Altesse sérénissime.

Délices, 10 mars 1756.

se. Songez que cette berline peut servir à nous mener à Lyon, en cas que le conseil de ville me commande une inscription pour son théâtre, et une tragédie pour la dédicace. Tout serait prêt aux ordres de la ville. Mais il serait impossible de faire la dédicace sans prendre Ml: Clairon pour grande prêtresse. Vous seriez bien homme à arranger tout cela, car de quoi ne viendriez-vous pas à bout?

Aux Délices, 10 mars.

Mon cher ami, le séjour de Colmar n’a point été triste pour moi; j'y travaillais, je vous voyais, et je vous regrette. J’ai passé l'hiver à Monrion avec notre ami de Brenles. Nous aurions bien voulu que le temps des vacances eût été en hiver, et que vous eussiez pu venir dans cet ermitage. Celui où je suis à présent vous plairait davantage: j'ai trouvé, en arrivant, des fleurs épanouies dans mes parterres.

Comptez que les environs du lac Léman ne sont point barbares ; les habitants le sont encore moins. Il n’y a point de ville où il y ait plus de gens d'esprit et de philosophes qu’à Genève. Ma maison ne désemplit pas, et j'y suis libre. Je suis au désespoir que votre destinée vous fixe à Colmar, car probablement je n’y retournerai pas, et vous ne viendrez point à mes Délices. Il faut que vous souteniez la cause de la veuve, de l’orphelin, et du juif d'Alsace. Courage! plaidez et aimez les deux Suisses qui vous aiment, et qui font mille compliments à M Dupont. Ne nous oubliez pas auprès de monsieur et de madame, etc.

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