‹ Œuvres complètesChapitre 325 sur 475 · Voyez lettre · texte numérisé non relu

Voyez lettre

4. Paroles de Valé, musique de Dauvergne, joué le 30 juillet 1753.

Dieu merci, mon cher philosophe, « turpiter allucinaris, et magis magnos clericos non sunt magis magnos sapientes » sur les petites intrigues de ce monde. Soyez très-sûr que M=* de Pompadour et M. l'abbé de Bernis sont très-loin de se déclarer contre l'Encyclopédie. L'un et l’autre, je vous en réponds, pensent en philosophes, et agiront hautement dans l’occasion, quand on le pourra, sans se compromettre. Je ne réponds pas de deur commis, dont l'un est un fanatique imbécile qui, grâce au ciel. est beaucoup plus vieux que moi; et l’autre, un. dont je n° veux rien dire.

Il y a quatre ou cinq barbouilleurs de papier, et l’auteur de la Gazeite* en est un. C’est un misérable petit bel esprit ennemi de tout mérite. Quelques coquins de cette trempe se sont associés. et les auteurs de l'Encyclopédie ne s’associeraient pas! et ils n° seraient pas animés du même esprit! et ils auraient la bassesse de travailler en esclaves à l'Encyclopédie, et de ne pas attendre qu'on leur rende justice, et qu’on leur promette l’honnète libert: dont ils doivent jouir! N'y a-t-il pas trois mille souscripteurs intéressés à crier vengeance avec eux ? Dès que je fus informé à” l'article Genève et du bruit qu’il excitait, j'écrivis à Diderot, ei j lui mandai qu'il y allait de votre honneur à tout jamais si vous vous rétractiez. Je lui écrivis aussi un petit billet au sujet du malheureux libelle des Cacouacs ; je n’ai point eu de réponse. Cn'est point paresse, il a écrit au docteur Tronchin, qui tenait là plume du comité des prédicants de Genève. Je ne suis pas coctent de sa lettre à Tronchin ; mais je suis indigné de son impr litesse grossière avec moi. Vous pouvez lui montrer cet article d? ma lettre *.

Je veux absolument qu’il vous rende tout ce que je lui à. écrit sur l’article Genève et sur les Cacouacs, et qu’il remette c-*

1. Cette phrase macaronique est dans Rabelais, Gargantua, I, xxxrx, et ës”* Montaigne, Essais, I, xx1v; c'est après eux que Régnier a dit (satire JE, sers

Pardiou, les plus grands clercs ne sont pas les plus fins.

2. La Gazette de France, rédigée alors par Meusnier de Querlon, mort en {:*!

3. Je reçois enfin, ce 26, une lettre de Diderot. Quel procédt! apres é-&1 mois! et quelle misère de mollir! lui, esclave des libraires! quelle honte’ N.-. de Voltaire.)

papiers à Mw de Fontaine ou à M. d’Argental, ou à vous, que je supplie de les rendre à Mr- de Fontaine.

Au reste, je n’ai point de terme pour vous exprimer combien je serai affligé et indigné si vos confrères continuent à écrire sous la potence. Attendez seulement un an, et il n’y aura qu’un cri dans le public pour vous engager à continuer en hommes libres et respectés.

M. de Malesherbes vous a, je crois, donné la Profession servetine qu’on lui a envoyée pour vous. Servet, sans doute, aurait signé cette confession. C’est là une des belles contradictions de ce monde. Ceux qui ont fait brûler Servet pensent absolument comme lui, et le disent. On vient d'imprimer le socinianisme tout cru à Neufchâtel ; il triomphe en Angleterre : la secte est nombreuse à Amsterdam. Dans vingt ans, Dieu aura beau jeu.

Tout ce qu’on a écrit sur des officiers généraux prussiens et sur l’abbé de Prades est faux ; on ne dit que des sottises. L'abbé de Prades est aux arrêts pour avoir mandé des nouvelles assez indifférentes, les seules qu’il pouvait savoir. On traite à Paris les hommes comme des singes : ailleurs, comme des ours.

Forlunatus et ille deos qui novit agrestes.

(Vina. Georg., II, v. 493.)

J'attends les beaux jours pour aller voir mes Délices. En attendant nous jouons Ja comédie, et mieux qu’à Paris : vana absit gloria.

Vive liber et felix. Il faut que vous fassiez encore un voyage à Genève. |

3565. — A MADAME D’ÉPINAI.

Lausanne, ‘26 février.

Vous, la goutte, madame! Je n’en crois rien; cela ne vous appartient pas. C'est le lot d’un gros prélat, d’un vieux débauché, et point du tout d’une philosophe dont le corps ne pèse pas quatre-vingts livres, poids de Paris. Pour de petits rnumatismes, de petites fluxions, de petits trémoussements de nerfs, passe ; mais si j'étais comme vous, madame, auprès de M. Tronchin, je me moquerais de mes nerfs. C’est un bonheur dont je ne jouirai qu'après le retour du printemps, car je ne crois pas que le secrétaire et le chef des orthodoxes veuille jamais venir voir nos divertissements profanes et suisses. Cependant, madame, j'espère qu'il vous accompagnera quand nous serons un peu en train, qu'il y aura moins de neige le long du lac, et que vos nerfs vous

permettront d’honorer notre ermitage suisse de votre présence. Il fera pour vous, madame, ce qu’il ne ferait pas pour un vieux papiste comme moi; et il sera reçu comme s’il ne venait que pour nous.

Je vous remercie, madame, de vos gros gobets ; j'en aurai le soin qu’on doit avoir de ce qui vient de vous.

Permettez que je remercie ici M. Linant!; il n'a pas besoin de son nom pour avoir droit à mon estime et à mon amitié; et j'ai connu son mérite avant de savoir qu’il portait le nom d’un de mes anciens amis. Je conviens avec lui que tout nous vient du Levant, et j'accepte avec grand plaisir la proposition qu'il veut bien me faire pour une douzaine de pruniers originaires de Damas, et autant de cerisiers de Cérasonte. Ils s’accommoderont mal de mon terrain de terre à pot, maudit de Dieu: mais j'y mettrai tant de gravier et de pierraille que j'en ferai un petit Montmorency. Je présente mes respects à l'élève de M. Linant, à M. de Nicolaï, qui fait ses caravanes de Malte près du lac de Genève. Enfin je présente ma jalousie à tous ceux qui font leur cour à M®=° d’Épinai.

Au reste, je serais fàché qu’on fouettât, comme on le dit, l'abbé de Prades tous les jours de marché à Breslau : car, après tout, je n’aime pas qu’on fouette les prêtres.

Mre Denis se joint à moi, et présente ses obéissances à Ms d’Épinai.

M. de Richelieu est donc renvoyé après M. de Lucé. La cour est une belle chose!

Lausanne, 26 février.

Quand j'écris au roi de Prusse et à M. l’abbé de Bernis sur des choses peu importantes, ils m’honorent d’une réponse dans la huïtaine. J'écrivis à M. Diderot, il y a deux mois, sur une affaire très-grave qui le regarde, et il ne me donna pas signe de vie’. Je demandai réponse par quatre ou cinq ordinaires, et je n'en obtins point. Je fis redemander mes lettres : j'étais en droit de regarder ce procédé comme un outrage : il a dû me blesser d'autant plus que j'ai été le partisan le plus déclaré de l’Encyck-

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