‹ Œuvres complètesChapitre 345 sur 475 · Réponse à la lettre · texte numérisé non relu

Réponse à la lettre

2. L'abbé Aubert répondit à la lettre de Voltaire var les vers que voici :

Ma muse n'est pas assez vaine Pour espérer, par ses essais, Égaler les brillants succès

De l'ingénieux La Fontaine:

Elle connaît tout je danger

Du goût décidé qui l’entrafne; Mais tu daignas l'encourager,

Aux Délices, 22 mars.

Votre lettre du 14 mars, mon cher et ancien ami, m'a fait un grand plaisir; mais il y a un article qui me fait bien de la peine : je vois avec douleur que le marquis d’Adhémar fait courir les

Et si son vol est téméraire,

Dès qu’elle t'a déjà su plaire, Que risque-t-elle à s'y livrer?

Depuis qu'au pays de la feinto Un vif penchant me fait errer, Sans cesse une importune crainte Devant moi venait se montrer.

Aujourd'hui la douce espérance

Y guide, y ranime mes pas;

Je cède aux séduisants appas D'une trop flatteuse indulgence.

Eh, comment ne s'enivrer pas D'un encens que la Main dispense ?

Je n'ai pas les charmants pinceaux De l'ami de La Sablière;

Mais sur l'homme ot sur ses défauts, Je puis, dans de riants tableaux, Répandre à mon tour la lumière, Et, du sceptre jusqu'au rabot, Prouver à l’homme qu'il est sot.

Tous les animaux, dans mes fables, Lions, fourmis, aigles, moineaux, Peuvent, par quelques traits nouveaux, Trahir l'orgueil de mes semblables.

Ta voix a chanté des héros;

Mais qu'il soit d'Athène ou de Rome, De Pétersbourg ou de Paris,

Tes philosophiques écrits

Font voir que tout héros est homme.

Écoutuns ce rustre hébélé

Que fait raisonner La Fontaine :

11 voudrait, plein de vanité,

Que celui qui créa le chêne,

Dans ses œuvres l’eût consulté.

L'homme est plus ou moins entêté De quelque orgucilleuse faiblesse.

L'apologue fut inventé

Pour corriger avec adresse

Des grands l'insolente fierté,

Des flatteurs l'indigne bassesse,

Des petits l’indocilité.

Heureux si, plein d'un zèle extrème, Sur les ridicules d'autrui,

Un auteur corrigvait lui-même

Les défauts qu'on remarque en lui!

Mais quoi que l'on en puisse dire, Fier d'un si glorieux accueil,

On verra croître mon orgueil,

Si mes fables te font sourire.

Page 1