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Éditeurs, de Cayrol et François

3. Est-ce de Brosses qu'il veut désigner ici ? 4. C'est la lettre 3719.

été le plus grand des tsars. Je me garderai bien de mettre en question si le blé de la Livonie vaut mieux que celui de la Carélie ; j'observerai seulement ici, monsieur, que l’agriculture a été très-négligée dans toute l’Europe jusqu’à nos jours.

L’Angleterre, dont vous me parlez, est un des pays les plus fertiles en blé; cependant ce n’est que depuis quelques années que les Anglais ont su en faire un objet de commerce immense. La nouvelle charrue et le semoir sont d’une utilité qui semble devoir désormais prévenir toutes les disettes. J’en ai vu beaucoup d'expériences, et je m’en sers avec succès dans deux de mes terres en France , dans le voisinage de Genève. Vous voyez par là que les arts ne se perfectionnent qu’à la longue ; et je vois aussi quelles obligations votre empire doit avoir à Pierre le Grand, qui lui a donné plusieurs arts, et en a perfectionné quelquesuns.

Je me servirai du mot russien, si vous le voulez; mais je vous supplie de considérer qu’il ressemble trop à prussien, et qu’il en paraît un diminutif : ce qui ne s'accorde pas avec la dignité de votre empire. Les Prussiens s’appelaient autrefois Borusses, comme vous le savez, et, par cette dénomination, ils paraissaient subordonnés aux Russes, Le mot de russe a d’ailleurs quelque chose de plus ferme, de plus noble, de plus original, que celui de russien; ajoutez que russien ressemble trop à un terme très-désagréable dans notre langue, qui est celui de rufien; et, la plupart de nos dames prononçant les deux ss comme les /f, il en résulte une équivoque indécente qu’il faut éviter.

Après toutes ces représentations, j'en passerai par ce que vous voudrez; mais le grand point, monsieur, l'objet important et indispensable, devant lequel presque tous les autres disparaissent, est le détail de tout ce qu'a fait Pierre le Grand d’utile et d’héroïque. Vous ne pouvez me donner trop d'instructions sur le bien qu’il a fait au genre humain. La plupart des gens de lettres de l’Europe me reprochent déjà que je vais faire un panégyrique, et jouer le rôle d’un flatteur ; il faut leur fermer la bouche en leur faisant voir que je n’écris que des vérités utiles aux hommes.

J'espère aussi, monsieur, que vous voudrez bien me faire parvenir des mémoires fidèles sur les guerres entreprises par Pierre I", sur ses belles actions, sur celles de vos compatriotes, en un mot, sur tout ce qui peut contribuer à la gloire de l'empire et à la vôtre.

Aux Délices, 24 décembre.

Vous vous trompez, mon ancien ami, j'ai quatre pattes .1 lieu de deux. Un pied à Lausanne, dans une très-belle mais: pour l'hiver ; un pied aux Délices, près de Genève, où la bout.compagnie vient me voir : voilà pour les pieds de devant. Cru: de derrière sont à Ferney et dans le comté de Tournay, que j ; acheté, par bail emphrytéotique, du président de Brosses.

M. Crommelin se trompe beaucoup davantage sur tous |-- | points. La terre de Ferney est aussi bonne qu’elle a été négliger. jy bâtis un assez beau château; j'ai chez moi la terre et le buis: le marbre me vient par le lac de Genève. Je me suis fait, dun le plus joli pays de la terre, trois domaines qui se touchent. Fa. arrondi tout d’un coup la terre de Ferney par des acquisitivns utiles. Le tout monte à la valeur de plus de dix mille livres #rente, et in‘en épargne plus de vingt, puisque ces trois terr:défrayent presque une maison où j'ai plus de trente personne. et plus de douze chevaux à nourrir.

Nave ferar magna an parva, ferar unus et idem. (Hor., lib. II, ep. 11, v. 200.)

Je vivrais très-bien comme vous, mon ancien ami, avec cen! écus par mois; mais Mw Denis, l'héroïne de l’amitié, et la victime de Francfort, mérite des palais, des cuisiniers, des équ:pages, grande chère, et beau feu. Vous faites très-sagemeri! d'appuyer votre philosophie de deux cents écus de rente àplus.

. . Tractari mollius ætas

Imbecilla volet.

(Hor., lib. If, sat. 11, v. 85.)

Et il vous faut :

. . . |. Mundus victus, non deficiente crumena. (Hon. lib. I, ep. 15. v. 11.)

Nous serons plus heureux, vous et moi, dans notre sphère. que des ministres exilés, peut-être même que des ministres er place. Jouissez de votre doux loisir ; mais je jouirai de mes tres

douces occupations, de mes charrues à semoir, de mes taureaux, de mes vaches.

. +. - + . Hanc vitam in terris Saturnus agebat. (ViRG., Georg., lib. II, v. 538.)

Quel fracas pour le livre de M. Helvétius! Voilà bien du bruit pour une omelelte!! quelle pitié! Quel mal peut faire un livre lu par quelques philosophes? J'aurais pu me plaindre de ce livre, et je sais à qui je dois certaine affectation de me mettre à côté de certaines gens*; mais je ne me plains que de la manière dont l’auteur traite l’amitié*, la plus consolante de toutes les vertus.

Envoyez-moi, je vous prie, cette abominable justification* de la Saint-Barthélemy ; j'ai acheté un eurs, je mettrai ce livre dans sa cage. Quoi! on persécute M. Helvétius, et on souffre des monstres!

Je ne connais point Jeanne, je ne sais ce que c'est; mais je me prépare à mettre en ordre les matériaux qu'on m'envoie de Russie, pour bâtir le monument de Pierre le Créateur, et j'aime encore mieux bâtir mon château. Je vous remercie tendrement des cartes de ce malheureux univers. Tuus Y.

Effugit, evasit, erupit, dans le temps qu’on le cherchait partout pour souper, pour lui faire hommage lige, et que toute la famille des Délices voulait demander ses ordres. Maïs, monsicur, je ne vous en tiens pas quitte, et je prétends bien que vous aurez Ja bonté de venir voir le nouvel appartement que je vais faire à Tournay, dès qu'il ne gèlera plus.

Eh bien! défendez-vous au sage De travailler pour le bonheur d'autrui ?

Cela même est un bien que je goûte aujourd'hui.

A propos de bonheur, monsieur, vous avez entendu dire quelque chose du bonheur éternel que le curé de Moin° veut

. C'est le mot de Des Barreaux ; voyez tome XXVI, page 498.

Dans le chap. x11 du second discours, Voltaire est nommé après Crébillon. . Discours IIT, chapitre xiv.

. L'ouvrage de Caveyrac; voyez tome XXIV, page 476.

. Éditeur, Th. Foisset.

. Moëns, paroisse voisine de Ferney. Ce curé se nommait Ancian.

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procurer à cinq familles de Ferney qui sont seules restées dans ce malheureux village, ayant droit de communes. Il veut les envoyer vite au ciel en les faisant mourir de faim. Ce scélérat. reconnu pour le plus exécrable chicaneur de la province, alla solliciter trois procès à Dijon, et il a fait payer tous les frais de son séjour aux pauvres de Ferney, qui labouraient leur petit champ tandis qu'il poursuivait contre eux un procès dont ils n'étaient pas instruits. Le fond de la vexation est une dime de novailles dont les pauvres de Ferney, nommés pauvres, et pauvres d’effet, sout en possession depuis plus d’un siècle à titre de charité et de dédommagement. M. de Montréal, aussi processif que ce détestable curé, avait donné un procureur nommé Genot à ces pauvres, et avait avancé cinquante écus, qu’il a repris. Le Genot, en digne procureur, a sucé ce qui restait de sang à ces pauvres, à ces imbéciles. Le fonds est trente livres de rente, la forme est le diable, et mes pauvres en sont pour quinze cents livres de frais. La commune n’a pour tout bien qu’un petit pre submergé, et quelques enfants que le curé de Moin pourra faire rôtir s’il veut, pour lui et pour Paquette sa servante. Pourrait-on, monsieur, présenter requête à la chambre des enquêtes qui les a condamnés, pour avoir un délai d’une année? Vos belles chiennes de lois françoises ou françaises, ou gombettes ou romaines, permettent-elles que des gens écorchés demandent un répit pendant lequel la peau leur reviendra, pour la porter en offrande à monsieur le curé? Ayez compassion des malheureux : vous n'êtes pas prêtre. Voyez au nom de l'humanité ce qu'on peut faire pour les idiots de Ferney. Instruisez-moi, je vous en conjure.

Quoi! M. Lebeau! m'envoie du plant de Bourgogne, et vous pe m'en envoyez pas! et vous n’avez pas soin de votre vigne: Allons donc, monsieur, quatre mille petits ceps pour l’‘amour de Dieu! Je fais déjà travailler à vos hutins. Quelle pitié! Dans quel état noble ivrogne Chouet a mis votre terre! Que vous êtes heureux d’avoir fini avec lui! Venez, veuez dans un an, vous trouverez les choses bien changées.

J'ai fait mon entrée comme Sancho-Pança dans son île. Il ne me manquait que son ventre. Votre curé m’a harangué. Choue: m’a donné un repas splendide dans le goût de ceux d'Horace et

4. Antoine-Jean-Gabriel Le Bault (non Lebeau), une des meilleures totes ca parlement, et propriétaire du climat de Corton, l’un des premiers crus de Bourgogne. (Note du premier editeur.)

de Boileau, fait par le traiteur des Patis ou Paquis‘. Les sujets ont effrayé mes chevaux avec de la mousqueterie et des grenades; les filles m'ont apporté des oranges dans des corbeilles garnies de rubans. Le roi de Prusse me mande que je suis plus heureux que lui ; il a raison, si vous me conservez vos bontés, et si je ne suis jamais inquiété dans mon ancien dénombrement. Je vous présente mon respect.

Madame, je vous demande pardon de ne vous avoir présenté qu’un demi-cent d’épingles ; mais vous êtes la fille de mon intime ami, M. de Crèvecœur*. Je n’ai plus le sou ; et vous pardonnerez la liberté grande. V.

Le propre jour de Noël. Cela fait souvenir des Noëls bourguignons.

3129. — A MADAME LA DUCHESSE DE SAXE-GOTHAï.

Aux Délices, près de Genève, 25 décembre.

Madame, que je plains Votre Altesse sérénissime, et qu’elle a besoin de toute la sérénité de sa belle âme! Quoil sans cesse entre l’enclume et le marteau ! Obligée de fournir son contingent pour le malheur de son pays, entourée d'États dévastés, et n'ayant que des pertes à faire dans une confusion où il n’y a rien à gagner pour elle! Où est le bel optimisme de Leibnitz? Il est dans votre cœur, et n’est que là.

Le roi de Prusse me mande toujours qu'il est plus à plaindre que moi: et il a très-grande raison. Je jouis de mes ermitages en repos, et il n’a des provinces qu'au prix du sang de mille infortunés. Au milieu des soins cruels qui doivent l’agiter sans cesse, il me paraît bien autrement touché de la mort de sa sœur que de celle de son frère. Votre Altesse sérénissime connaissait-elle Mr la margrave de Baireuth? Elle avait beaucoup d’esprit et de talents; je lui étais très-attaché, et elle ne s’est pas démentie un moment à mon égard. Vos vertus, votre mérite, vos bontés, font ma consolation et mon soutien, après la perte d’une princesse à qui j'avais les plus grandes obligations.

Je la suivrai bientôt: ma caducité et mes continuelles infirmités ne me permettent pas d'espérer de pouvoir encore me

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