Voyez tome XIV, page
3. Voyez tome XXVILI, page 287, et XXVI, 161, où, par erreur, Voltaire ne donne que cinq volumes à ces Mémoires.
Je vous dirai la vérité, monseigneur, quand je vous dirai qu’il ne tient qu’à moi d'aller dans un pays‘ où j'ai fait autrefois ma cour à Votre Altesse, et que ce n’est pas dans ce pays-là que je voudrais lui renouveler mes hommages.
Je crois que M. le prince de Beauvau a souvent le bonheur de vous voir. C’est après vous, monseigneur, celui dont je suis le plus fâché d’être éloigné. Votre Altesse sérénissime sait à quel point et avec quel tendre respect je lui serai toujours dévoué.
318i. — À M. LE MARÉCHAL DUC DE RICHELIEU.
«Aux Délices, près de Genève, 14 juin.
J'ai quelque orgueil, mon héros, de voir une partie de ma destinée unie à la vôtre. Il est assez plaisant que je sois, après vous, l’homme le plus réellement intéressé à la prise de Port- Mahon. Je me suis avisé de faire le prophète. Vous accomplirez sans doute ma prophétie ; elle est très-claire ; il y en a eu jusqu'ici peu dans ce goût-là. Votre panégyriste est devenu votre astrologue. Par quel hasard faut-il que ma prédiction coure Paris, avant que le maudit rocher de M. Blakeney se soit rendu? Le même jour que j'ai reçu la lettre dont vous honorez votre petit prophète, j'ai appris que mon petit compliment* était répandu dans Paris. C’est Thieriot-la-Trompette qui me dit l'avoir vu et tenu, et même l'avoir désapprouvé. Il y a longtemps que je vous avertis que vous aviez probablement quelque secrétaire bel esprit qui rendait publiques les galanteries que je vous écrivais quelquefois. Je suis bien sûr que ce n’est pas moi qui ai divulgué ma prophétie. Je ne l'ai certainement envoyée à personne qu’à mon héros; c’élait un secret entre le ciel et lui. Thieriot fait quelquefois sa cour à Me la duchesse d’Aiguillon : si c’est chez elle qu’il a vu ma lettre, peut-être M” d’Aiguillon n’en aura pas laissé prendre de copie; et, en ce cas, il n'y a que quelques lambeaux de publiés.
Voyez, monseigneur, comment notre secret a pu transpirer. Je vous envoyai cette saillie par M. le duc de Villars, et je ne lui en fis pas confidence, Nul autre que vous au monde n’a vu la
Si vous l'avez fait lire à quelque profanateur de ces
we. — Voyez plus haut, pages 45 et 51. On envoya le duc de Niversade à Potsdam, et Frédéric se moqua du poëte diplomate. # qui font partie de la lettre du 3 mai 1156, à Richelieu.
mystères, il n’y a pas grand mal. Vous me justifierez bientôt! ; vous confondrez les incrédules comme les envieux; on verra bien que vous êtes un héros, et que je ne suis pas un prophète de Baal.
Au milieu des coups de canon, vous soucieriez-vous de savoir que La Beaumelle, qui s’est fait, je ne sais comment, héritier des papiers de M” de Maintenon, a fait imprimer quinze volumes, soit de Lettres, soit de Mémoires? Ce ramas d’inulilités est relevé par un tas d’impudences et de mensonges qui est fait tout juste pour l’avide curiosité du public. Il y a quatre-vingts ou cent familles outragées : voilà ce qu’il faut au gros des hommes. Il y a parmi les Lettres de M“ de Maintenon une lettre de M. le duc de Richelieu votre père, qui certainement n’était pas faite pour être publique. Les termes qui vous regardent sont bien peu mesurés, et il est désagréable que monsieur votre fils soit à portée de les voir. Il me paraît bien indécent de révéler ainsi des secrets de famille du vivant des intéressés.
Mais, après tout, qu'importe qu’on attaque la conduite de M. le duc de Fronsac® en 1715, pourvu qu’on rende justice à M. le maréchal de Richelieu en 1756 ?
Prenez votre Mahon, triomphez des Anglais et des mauvais discours. Je lève les mains* au ciel sur mes montagnes, et je chanterai le Te Deum en terre hérétique.
M Denis et moi nous sommes les deux Suisses qui aiment le plus votre gloire et votre personne.
3185. — À M. DE BRENLES.
Aux Délices, 15 juin.
On dit le colonel Constant mort‘. Si cela est, j'en suis trèsaffligé, et je suis étonné de vivre. Voilà donc, mon cher ami, ce que c’est que ce fantôme de la vie. On s’en plaint, on la maudit, on la prodigue, on l’aime, et elle s'évanouit comme une ombre.
1. Cette justification eut lieu le 28 du mème mois, jour de la prise du fort Saint-Philippe.