Bourg à trois lieues de Lausanne
2. Zulime, que l'auteur s'occupait à corriger, et dont il reparle dans sa lettre à d'Argental, du 20 décembre 1756.
bons mémoires, il a noyé le peu de vérités inutiles que contiennent les Mémoires de Dangeau, de Hébert, de M“ d’Aumale, dans un fatras d'impostures de sa façon. Il a trouvé le vrai secret d’être lu et d'être méprisé.
Il avance hardiment que le premier dauphin épousa M'° Choin. J'ai toujours entendu dire à ceux qui ont vécu avec elle, et surtout à M=° de Villefranche et à M=° de Bolingbroke:, que c'était un conte ridicule?. Si vous avez pu, mon cher et respectable ami, déterrer un peu de vérité parmi les anecdotes d'erreur dont le monde est plein, daignez, à vos heures perdues, vous amuser à m'instruire, afin que je sorte au plus tôt du bourbier désagréable de l’histoire, pour me donner tout entier aux choses que vous aimez.
Vous n’aurez de moi que ce feuillet, une bouteille d’encre est tombée sur l’autre. Mw Denis et Mr de Fontaine vous embrassent. Cette Fontaine, la ressuscitée, est tout étonnée de ma maison et de mes jardins. Elle dit que cela serait bien beau auprès de Paris; mais je ne le crois pas.
Aux Délices, 16 juin.
Je ne suis pas étonné qu’on dévore ce ramas d’anecdotes où, parmi quelques vérités indifférentes, tirées des Mémoires de Dangeau, de Huber, etc., tout fourmille de faussetés, de contradictions, et d’impostures. Le mensonge n’a jamais parlé avec tant d'impudence. Cela est fait pour être lu des ignorants oisifs, méprisé des sages, et pour indigner les gens en place. De quel front ce malheureux ose-t-il assurer que Monseigneur épousa M'e Choin, et que M: de Berry se maria au comte de Riom? Quand on avance de tels faits, il faut avoir ses garants. Il était réservé à ce siècle qu’un gredin parlât de la cour comme s’il y avait joué un rôle. Il prend la peine de combattre de temps en temps le Siècle de Louis XIV, et il porte la démence jusqu’à citer des passages qui n’y ont jamais été.
Je suis bien aise que ce soit un pareil coquin qui ait écrit
1. Née Deschamps de Marsilly; mariée d’abord au marquis de Villette-Murcçai, père de M* de Caylus; et ensuito à Bolingbroke.
2. Ce fut toujours l'opinion de Voltaire. Mais M. Monmerqué, éditeur des Souvenirs de Mme de Caylus (en 1828), n'est pas de cette opinion; il s'appuie sur les Mémoires complets et authentiques de Saint-Simon, tels qu'ils ont été publiés depuis (1829-30, en vingt-un volumes in-8°), et sur les Mémoires de MUe d'Aumale.
contre vous. Il se dit citoyen de Montmartret, il mérite d’être citoyen d’une chiourme. Que comptez-vous faire, mon ancien ami, de l'édition de mes bagatelles? Vous devriez bien venir voir l’auteur, et joindre votre portefeuille au mien. Nous pourrions faire quelque chose ensemble. Les Cramer ne se repentent pas de leur édition, quoiqu'il y en ait tant d’autres. Ils l’ont presque toute débitée en trois semaines : je ne m'y attendais pas. L’Histoire générale mérite un peu plus d’attention; on y joint le Siècle de Louis XIV, avec des additions ect des notes qui sont assez curieuses. Vous ne nuiriez pas à cet ouvrage; nous le reverrions ensemble. Mes nièces auraient soin de vous rendre votre séjour aux Délices digne du nom que ma maison ose porter. J’y jouis de la paix, j'y travaille à loisir : ce sont là les vraies délices. Je serais trop heureux si j'avais de la santé et l'ami Thieriot. Vale.
P. S. La lettre? à M. le maréchal de Richelieu n’était pas assurément pour le public. Je ne lai communiquée à personne. S'il a fait voir mes prophéties, il les accomplira.
Aux Délices, près de Genève, 20 (juin) 17563.
Je vous avais envoyé, mon cher ami, deux petits ouvrages assez tristes et assez conformes à l’état où doit être votre âme après la perte d’un jeune homme de si grande espérance, à qui vous étiez tendrement attaché‘. Vous devez avoir recu mes jérémiades, et vous devez sentir que le Tout est bien de Pope n'est qu’une plaisanterie qu’il n’est pas bon de faire aux malheureux. Or, sur cent hommes, il y en a au moins quatre-vingt-dix qui sont à plaindre. Tout est bien n’est donc pas fait pour le genre humain. Je suis honteux de dater ma lettre des Délices en écrivant à M. de Klinglin. Mais enfin il faut bien que j'aie un port après avoir essuyé tant d’orages. Je suis très-aise d'être loin des jésuites et des médecins de Colmar. Ces charlatans-là nuisent au corps et à l’âme. Nous avons à présent un vrai médecin” qui est allé de Genève à Paris apprendre aux Français à préserver leurs enfants de la petite vérole en la leur donnant. Ce ne sont