‹ Œuvres complètesChapitre 67 sur 475 · À M. DESMAHIS · texte numérisé non relu

À M. DESMAHIS

Aux Délices, 24 juillet.

Mon cher élève, qui valez mieux que moi, le grand Tronchin vous a donc tiré d'affaire. Il a fait revenir de plus loin une de mes nièces qui est actuellement dans mon ermitage, où je voudrais bien vous tenir ; mais les vieux oncles sont un peu plus difficiles à traiter.

1. Mmes Denis et de Fontaine. | 2. Joseph-François-Édouard de Corsembleu Desmahis, né à Sully-sur-Loire en 1722, est mort le 25 février 1761.

S'il ne m'a pas encore donné la santé, il m’a donné un grand plaisir en m’apportant votre jolie Épître, et voici ma triste réponse :

Vous ne comptez pas trente hivers, Les grâces sont votre partage ; Elles ont dicté vos beaux vers.

Mais je ne sais par quel travers Vous vous proposez d'être sage.

C'est un mal qui prend à mon âge, Quand le ressort des passions, Quand de l’Amour la main divine, Quand les belles tentations

Ne soutiennent plus la machine.

Trop tôt vous vous désespérez; Croyez-moi, la raison sévère

Qui trompe vos sens égarés

N'est qu'une attaque passagère.

Vous êtes jeune et fait pour plaire; Soyez sûr que vous guérirez.

Je vous en dirais davantage Contre ce mal de la raison,

Que je haïs d'un si bon courage; Mais je médite un gros ouvrage Pour le vainqueur de Port-Mahon.

Je veux peindre à ma nation

Ce jour d’éternelle mémoire.

Je dirai, moi qui sais l'histoire, Qu'un géant, nommé Gérvon,

Fut pris autrefois par Alcide

Dans la même île, au même lieu Où notre brillant Richelieu

A vaincu l'Anglais intrépide.

Je dirai qu'ainsi que Paphos Minorque à Vénus fut soumise ; Vous voyez bien que mon héros Avait double droit à la prise.

Je suis prophète quelquefois; Malgré l'envie et la critique,

J'ai prédit ses heureux exploits; Et l'on prétend que je lui dois Encore une ode pindarique.

Mais les odes ont peu d'appas Pour les guerriers et pour moi-même, Et je conçois qu’il ne faut pas Ennuyer les héros qu'on aime.

Je concçois aussi qu’il ne faut pas ennuyer ses amis. Je finis au plus vite, en vous assurant que je vous aime de tout mon

cœur, VOoLrT.

Délices, 24 juillet.

On est transporté, à Vienne, de cette alliance avec la France, dont Charles-Quint ne se serait pas douté.

Marie-Thérèse a eu la bonté de me faire dire de sa part des choses très-agréables. Je ne suis pas honni partout.

Aux Délices, 24 juillet.

Dieu me préserve d’importuner mon héros; mais je ne peux m'empêcher de lui rendre compte d’une lettre que M. de Ramsault, ingénieur en chef à Lille, m'a écrite. Il se moque du monde de s'adresser à moi. J'envoie très-humblement à mon héros copie de ma réponse, et je m'en tiens là, comme de raison.

Je n’ose, monseigneur, vous envoyer de mes réveries ; on dit que vous allez être encore plus occupé que vous ne l’étiez à Minorque, et que c’est dans un autre goût. Vous allez donc, comme votre grand-oncle, changer la face de l’Europe! L'impératrice-reine et le comte de Kaunitz ont eu la bonté de me faire dire de leur part des choses très-agréables. Je crois que c’est à vous que je les dois.

Vos succès m’enivrent toujours de joie ; mais ils n’'augmentent point mon respectueux et tendre attachement.

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