ConnESsPONDANCE. VII
je me trompe, mais je crois que le vainqueur de Mahon gouvernera les comédiens en 1757 : ; alors vous aurez beau jeu. Attendez, je vous en conjure, ce temps favorable. J'espère que notre Zulime paraîtra alors avec tous ses appas, et n’en parlera point. Il y a des choses essentielles à faire. C’est une maison dans laquelle il n’y a encore qu'un assez bel appartement. J'avoue que Me Clairon serait honnêtement logée, mais le reste serait au galetas. Laissezmoi, je vous en supplie, travailler à rendre la maison supportable. Je serai bientôt débarrassé de cette Histoire générale à laquelle je ne peux suffire. Un fardeau de plus me tuerait, dans le triste état où je suis. Enfin je vous conjure, par l'amitié que vous avez pour moi, et qui fait la consolation de ma vie, de ne rien précipiter. Je vous aurai autant d’obligation de cette précaution nécessaire que je vous en ai de vos démarches auprès de mon héros. Je reconnais bien la bonté de votre cœur à tout ce que vous faites ; mais vous pouvez compter beaucoup plus sur Zulime que je ne dois me flatter sur les choses? dont vous me parlez à la fin de votre lettre. Il n’y a pas d'apparence, mon cher et respectable ami, que les rancuniers perdent leur rancune. Je pe prévois pas d’ailleurs que je puisse, à mon âge, quitter une retraite dont je ne peux me défaire, et qui est devenue nécessaire à ma situation et à ma santé; mais je ne veux avoir d’autre idée que celle de pouvoir encore vous embrasser, avant de finir ma vie douloureuse.
Mr de Fontaine est mieux aujourd'hui. Les deux sœurs et l'oncle se disputent à qui vous aimera davantage ; mais il faut qu’on me cède.
Il court un nouveau manifeste du Salomon du Nord; il est fort long ; vous en jugerez. Il paraît qu’on ne peut guère se conduire plus hardiment dans des circonstances plus délicates.
On me mande que votre archevêque? fait un tour dans le pays d’Astrée et de Céladon; il en reviendra avec les mœurs douces du grand druide Adamas,
4. Richelieu, premier gentilhomme de la chambre, fut effectivement d'année en 1751.
2. D'Argental et Richelieu songeaient alors, mais bien inutilement, à faire revenir l’auteur de la Henriade à Paris.
3. Christophe de Beaumont, d'abord exilé à Conflans, sa maison de plaisance, fut ensuite relégué momentanément au château de la Roque et à la Trappe. (CL.)
&. On lit Atamas dans les éditions de Kehl : l'édition de M. Renouard porte Adamas, vrai nom d’un prince des Druides dans l’Astrée. La Fontaine a dit dans son Cas de conscience :
Le grand druide Adamas,
Adieu ; on ne peut être plus pénétré que je le suis de la constance généreuse de votre amitié, Vous sentez qu'il est nécessaire à mon être de vous revoir encore ; mais je le souhaite bien plus que je ne l'espère.
Aux Délices, 6 octobre.
Je ne vous écris pas si souvent, monseigneur, que quand vous preniez Minorque. J'imagine toujours qu’on a encore plus d’affaires à la cour qu’à l’armée. Les riens prennent quelquefois plus de temps que des assauts ; et d’ailleurs il ne faut pas vexer d’ennui les héros qu'on aime.
Un Anglais me mande qu’on veut dresser dans Londres une statue à Blakeney*?. J'ai répondu qu’apparemment on mettrait cette statue dans votre temple.
Vous avez vu sans doute le dernier manifeste du Salomon du Nord. Ce Salomon est prolixe; mais on peut se donner carrière à la tête de cent mille hommes.
La reine de Saba ne répond point, mais elle agit. Je voudrais que vous commandassiez une armée dans ces circonstances, et que Salomon apprit par vous à connaître une nation qu’il ne connaît point du tout.
Voici les nouvelles que je reçus hier; si elles sont vraies, mon Salomon sera un peu embarrassé. Il m’a proposé, il y a quatre mois, de le venir voir; il m’a offert biens et dignités; je sais qu'elles sont transitoires ; je les ai refusées. Le roi ne s’en soucie guère; mais je voudrais qu’il pût en être informé. Le Suisse Voltaire et la Suissesse Denis sont toujours pénétrés pour vous d'amour et de respect.
Aux Délices, 6 octobre.
Si je ne me mourais pas d’un vilain rhumatisme, madame, je crois que je mourrais de joie des nouvelles que vous avez eu la bonté de m'envoyer. Mais sont-elles bien vraies? Si vous en avez la confirmation, achevez mes plaisirs.