Libraire à qui est adressée plus haut la lettre
L'événement doit enfin vous justifier. C'est une belle époque pour un historien que cette union, si elle est durable.
Voici ce que m’écrit une grande princesse !, plus intéressée qu’une autre aux affaires présentes par son nom et par ses États : « La manière dont le roi de Prusse en use avec ses voisins excite l’indignation générale. Il n’y aura plus de sûreté depuis le Weser jusqu’à la mer Baltique. Le corps germanique a intérêt que cette puissance soit très-réprimée. Un empereur serait moins à craindre, car nous espérons que la France maintiendra toujours les droits des princes. »
On me mande de Vienne qu'on y est très-embarrassé ; apparemment qu’on ne compte pas trop sur la promptitude et Faffection des Russes,
Il ne m’appartient pas de fourrer mon nez dans toutes ces grandes affaires; mais je pourrais bien vous certifier que l’homme? dont on se plaint n’a jamais été attaché à la France, et vous pourriez assurer M de Pompadour qu’en son particulier elle n’a pas sujet de se louer de lui. Je sais que l'impératrice a parlé, il y a un mois, avec beaucoup d’éloge de Mr de Pompadour”; elle ne serait peut-être pas fâchée d'en être instruite par vous, et, comme vous aimez à dire des choses agréables, vous ne manquerez peut-être pas cette occasion.
Si j'osais un moment parler de moi, je vous dirais que je n'ai jamais conçu comment on‘ avait de l'humeur contre moi de mes coquetteries avec le roi de Prusse. Si on savait qu’il m'a baisé un jour la main, toute maigre qu'elle est, pour me faire rester chez lui, on me pardonnerait de m'être laissé faire ; et si on savait que, cette année, on m'a offert carte blanche, on avouerait que je suis un philosophe guéri de ma passion.
J'ai, je vous l’avoue, la petite vanité de désirer que deux personnes! le sachent ; et ce n’est pas une vanité, mais une délicatesse de mon cœur, de désirer que ces deux personnes le sachent par vous. Qui connaît mieux que vous le temps et la manière de placer les choses? Mais j'abuse de vos bontés et de votre patience. Agréez le tendre respect du Suisse.
Je vous demande pardon du mauvais bulletin de Cologne que
2. Frédéric, que la cour de Versailles et quelques Parisiens comparaient alors à Mandrin; voyez ci-après, page 127.