IV* PARTIE, CHAPITRE XII. 2S
mal qu en le faysant treuver aggreable, aussi ne peut-il destourner du bien qu'en le faysant treuver desaggreable. Le malin se plait en la tristesse et melancholie , par ce qu'il est triste et melancholique et le sera éternellement, dont il voudroit que chacun fust comme luy.
La mauvaise tristesse trouble l'ame, la met en inquiétude, ionne des craintes déréglées, degouste de l'orayson, assoupit it accable le cerveau , prive l'ame de conseil , de resolution, de jugement et de courage, et abbat les forces : bref, elle est comme un dur hyver, qui fauche toute la beauté de la terre et engourdit tous les animaux ; car elle oste toute suavité de l'ame , et la rend presque percluse et impuissante en toutes ses facultés.
Si jamais il vous arrivoit, Philothée, d'estre atteinte de cette mauvaise tristesse , pratiqués les remèdes suivans : c( Quelqu'un est-il triste , dit saint Jacques , qu'il prie. » La prière est un souverain remède , car elle esleve l'esprit en Dieu, qui est nostre unique joye et consolation; mays en priant usés d'affections et paroles , soit intérieures soit extérieures , qui tendent à la confiance et amour de Dieu , comme : 0 Dieu de miséricorde ! mon tr es-bon. Dieu ! mon Sauveur débonnaire ! Dieu de mon cœur y ma joye , mon espérance ! mon cher espoux, le bienaymé de mon ame ! et semblables.
Contrariés vivement aux inclinations de la tristesse , et bien qu'il semble que tout ce que vous ferés en ce tems-là se fasse froidement, tristement et laschement, ne laissés pourtant pas de le faire ; car l'ennemy, qui prétend de nous allanguir aux bonnes œuvres par la tristesse , voyant que nous ne laissons pas de les faire, et qu'estans faites avec résistance elles en valent mieux , il cesse de nous plus affliger.
Chantés des cantiques spirituelz ; car le malin a souvent cessé son opération par ce moyen, tesmoin l'esprit qui assie-
geoit ou possedoit Saùl , duquel la violence estoit reprimée par la psalmodie.
Il est bon de s'employer aux œuvres extérieures et les diversifier le plus que l'on peut pour divertir Famé de l'objet triste, purifier et eschauffer les espritz, la tristesse estant une passion de la complexion froide et seiche.
Faites des actions extérieures de ferveur, quoy que sans goust, embrassant l'image du crucifix , la serrant sur la poitrine , lui baysant les pieds et les mains , levant vos yeux et vos mains au ciel, eslançant vostre voix en Dieu par des paroles d'amour et de confiance , comme sont celles-cy : Mon bienaymé est à moy, et moy à luy. Mon bienaymé m est un bouquet de myrrhe ; il demeurera entre mes mammelles. Mes yeux se fondent sur vous , ô mon Dieu ! disant : Quand me consolerés-vous ? 0 Jésus ! soyés-moy Jésus. Yive Jésus ! et mon ame vivra. Qui me séparera de l'amour de mon Dieu? et semblables.
La discipline modérée est bonne contre la tristesse , par ce que cette volontaire affliction extérieure impetre la consolation intérieure , et l'ame sentant des douleurs de dehors se divertit de celles qui sont au dedans. La fréquentation de la sainte communion est excellente ; car ce pain céleste affermit le cœur et resjotiit l'esprit.
Descouvrés tous les ressentimens, affections et suggestions qui proviennent de vostre tristesse à vostre conducteur et confesseur, humblement et fidellement; cherchés les conversations des personnes spirituelles , et les hantés le plus que vous pourrés pendant ce tems-là ; et en fin finale , resignésvous entre les mains de Dieu , vous préparant à souffrir cette ennuyeuse tristesse patiemment comme juste punition de vos vaines allégresses; et ne doutés nullement que Dieu, après vous avoir esprouvée, ne vous délivre de ce mal.
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