‹ Œuvres complétes Volume 1Chapitre 298 sur 312 · LIVRE m, CHAPITRE XII. 49 î · texte numérisé non relu

LIVRE m, CHAPITRE XII. 49 î

la tonte-puissance , la toute-Lonté , toute-sagesse , toute-justice, et le reste de cet abisme de perfections.

Il verra donq clairement, cet entendement, la connoissance infinie que de toute éternité le Père a eue de sa propre beauté, et pour laquelle exprimer en soy-mesme il prononça et dit éternellement le mot , le verbe , ou la parole et diction trèsunique et tres-infinie , laquelle , comprenant et représentant toute la perfection du Père , ne peut estre qu'un mesme Dieu très-unique avec luy , sans division , ni séparation. Ainsy verrons-nous donq cette éternelle et admirable génération du Verbe et Filz divin , par laquelle il nasquit éternellement à l'image etsemblance du Père : image et semblance vive et naturelle, qui ne représente aucuns accidens, ni aucun extérieur, puisqu'on Dieu tout est substance, et n'y peut avoir accident ; tout est intérieur, et n'y peut avoir aucun extérieur ; mays image qui représente la propre substance du Père si vivement , si naturellement, tant essentiellement et substantiellement, que pour cela elle ne peut estre que le mesme Dieu avec luy, sans distinction ni différence quelconque d'essence ou substance , ains avec la seule distinction des personnes. Car comme se pourroit-il faire que ce divin Filz fut la vraye , vrayement vive et vrayement naturelle image, semblance et figure de l'infinie beauté et substance du Père , si elle ne representoit infiniment au vif et au naturel les infinies perfections du Père? et comme pourroit-elle représenter infiniment des perfections infinies , si elle-mesmen'estoit infiniment parfaite? et comme pourroitelle estre infiniment parfaite, si elle n'estoit Dieu? et comme pourroit-elle estre Dieu , si elle n'estoit un mesme Dieu avec le Père?

Ce Filz donq, infinie image et figure de son Père infini, est un seul Dieu très-unique et tres-infîni avec son Père , sans qu'il y ait aucune différence de substance entre eux, ains seulement la distinction des nersonnes, laquelle distinction

m l'amour de dieu, onnes , comme elle est totalement requise , aussi est/elle tres-suffisante pour faire que le Père prononce , et que le Filz soit la parole prononcée ; que le Père die , et que le Filz soit le Yerbe ou la diction ; que le Père exprime, et que le Filz soit l'image , semblance et figure exprimée ; et qu'en somme le Père soit Père, et le Filz soit Filz, deux personnes distinctes, mays une seule essence et divinité. Ainsy Dieu, qui est seul , n'est pas pourtant solitaire ; car il est seul en sa très-unique et très-simple divinité , mays il n'est pas solitaire, puisqu'il est Père et Filz en deux personnes. 0 Theotime! Theotime! quelle joye, quelle allégresse de célébrer cette éternelle naissance qui se fait « en la splendeur des saints * ; » de la célébrer , di-je , en la voyant , et de la voir en la célébrant !

Le très-doux saint Bernard , estant encor jeune garçon à Chastillon sur Seine, la nuit de Noël attendoit en l'église que l'on commençast l'office sacré , et en cette attente le pauvre enfant s'endormit d'un sommeil fort léger, pendant lequel, ô Dieu! quelle douceur! il vit en esprit, mays d'une vision foii distincte et fort claire , comme le Filz de Dieu ayant espousé la nature humaine, et s'estant rendu petit enfant dans les entrailles tres-pures de sa mère , naissoit virginalement de son ventre sacré avec une humble suavité , meslée d'une céleste majesté.

Gomme l'espoux qui en maintien royal Sort tout joyeux de son lit nuptial 2 ;

vision , Theotime , qui combla tellement le cœur amiable du petit Bernard d'ayse , de jubilation et de délices spirituelles , qu'il en eut toute sa vie des ressenlimens extrêmes; et partant , combien que depuis , comme une abeille sacrée , il recueillit tous-jours de tous les divins mystères le miel de mille douces et divines consolations , si est-ce que la solemnité dô » Ps. CiX, 3. — 2 Ps. xviii, 6.

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