‹ Œuvres complétes Volume 1Chapitre 71 sur 312 · ÏI" PARTIE, CHAPITRE XVIII · texte numérisé non relu

ÏI" PARTIE, CHAPITRE XVIII

ration , nous refusons neantmoins par après le consentement à Dieu, nous sommes extrêmement mesconnoissans, et offensons grandement sa divine Majesté ; car il semble bien qu'il y ayt plus de mespris. Ce fut ce qui arriva à l'Espouse ; car, quoy que la douce voix de son bienaymé luy eust touché le cœur d'un saint ayse, si est-ce neantmoins qu'elle ne luy ouvrit pas la porte, mays s'en excusa d'une excuse frivole; de quoy FEspoux justement indigné passa outre, et la quitta. Aussi le gentil-homme qui, après avoir longuement recherché unedamoyselle et luy avoir rendu son service aggreable, en fin seroit rejette et mesprisé , auroit bien plus de subjet de mescontentement que si la recherche n'avoit point esté aggreée, ni favorisée. Resolvés-vous , Philothée , d'accepter de bon cœur toutes les inspirations qu'il plaira à Dieu de vous faire; et quand elles arriveront, recevés-les comme les ambassadeurs du roy céleste, qui désire contracter mariage avec vous. Ouyés paysiblement leurs propositions , considérés l'amour avec lequel vous estes inspirée , et caressés la sainte inspiration.

Consentes , mays d'un consentement plein , amoureux et constant à la sainte inspiration ; car en cette sorte Dieu , que vous ne pouvés obliger, se tiendra pour fort obligé à vostre affection. Mays avant que de consentir aux inspirations des choses importantes ou extraordinaires , afîin de n'estre point trompée, conseillés-vous tous-jours à vostre guide , à ce qu'il examine si l'inspiration est vraye ou fausse; d'autant que l'ennemy voyant une ame prompte à consentir aux inspirations , luy en propose bien souvent des fausses pour la tromper : ce qu'il ne peut jamais faire tandis qu'avec humilité elle obéira à son conducteur.

Le consentement estant donné, il faut avec un grand soiu procurer les effetz, et venir à l'exécution de l'inspiration^ qui est le comble de la vraye vertu ; car d^avoir le consentement dedans le cœur sans venir à Feffet d'iceluy, ce seroit

comme de planter une vigne sans vouloir qu'elle fructiliast. Or à tout cecy sert merveilleusement de bien pratiquer rexcTcice du matin , et les retraittes spirituelles que j'ay marquées cy-dessus ; car par ce moyen nous nous préparons à faire le bien d'une préparation non seulement générale, mays aussi particulière.

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