INTRODUCTION A
prendre cette viande céleste, qui vous nourrit à Fimmortalité. Et après que vous aurés dit les paroles sacrées : « Seigneur, je Be suis pas digne, « ne remués plus vostre teste ni vos lèvres, soit pour prier, soit pour souspirer, mais ouvrant doucement et médiocrement vostre Louche , et eslevant vostre teste autant qu'il faut pour donner commodité au prestre de voir ce qu'il fait, recevés, pleine de foy, d'espérance et de charité, ceîuy lequel, auquel, par lequel et pour lequel vous croyés, espérés et aymés.'O Philothée! imaginés-vous que, comme l'abeille ayant recueilli sur les fleurs la rosée du ciel , et le suc plus exquis de la terre , l'ayant réduit en miel , le porte dans sa ruche ; ainsy le prestre ayant pris sur l'autel le Sauveur du monde , vray filz de Dieu, qui comme une rosée est descendu du ciel, et vray filz de la Vierge, qui comme fleur est sorti de la terre de nostre humanité , il le met en viande de suavité dedans vostre bouche et dedans vostre corps.» L'ayant receu , excités vostre cœur à venir faire hommage à ce roy de salut , traités avec luy de vos affaires intérieures, considerés-le dedans vous, oii il s'est mis pour vostre bonheur ; en fm faites-luy tout Faccueil qu'il vous sera possible, et comportés-vous en sorte que l'on connoisse en toutes vos actions que Dieu est avec vous.
Mays quand vous ne pourrés pas avoir ce bien de communier réellement à la sainte messe , communies au moins de cœur et d'esprit, vous unissant par un ardent désir à cette chair vivifiante du Sauveur.
Vostre grande inlention en la communion doit estre de vous advancer, fortifier, et consoler en l'amour de Dieu ; car vous devés recevoir pour l'amour ce que le seul amour vous fait donner. Non ,- le Sauveur ne peut estre considéré en une action ni plus amoureuse, ni plus tendre que celle-cy, en laquelle il s'anéantit, par manière de dire, et se réduit en viande , afiin de pénétrer nos âmes et s'unir intimement au cœur et au corps de ses fidellesj
Il" PARTIE, CHAPITRE XXI. ^
Si les mondains vous demandent pourquoy vous communies si souvent, dites-leur que c'est pour apprendre à aymer Dieu, pour vous purifier de vos imperfections, pour vous délivrer de vos misères , pour vous consoler en vos afflictions, pour vous appuyer en vos foiblesses. Dites-leur que deux sortes de gens doivent souvent communier • les parfaitz, parce qu'estans bien disposés , ilz auroyent grand tort de ne point s'approcher de la source et fontayne de perfection ; et les imparfaitz, affin de pouvoir justement prétendre à la perfection : les fortz , affin qu'ilz ne deviennent foibles ; et les foibles, affin qu'ilz deviennent fortz : les malades, affin d'estre guéris ; les sains, affm qu'ilz ne tumbent en maladie; et que pour vous , comme imparfaite , f oible et malade , vous avés besoin de souvent communiquer avec vostre perfection, vostre force et vostre médecin. Dites-leur que ceux qui n'ont pas beaucoup d'affaires mondaines doivent souvent communier, parce qu'ilz en ont la commodité, et ceux qui ont beaucoup d'affaires mondaines , parce qu'ilz en ont la nécessité , et que celuy qui travaille beaucoup et qui est chargé de peines doit aussi manger les viandes solides, et souventesf ois. Dites -leur que vous recevés le saint Sacrement pour apprendre à le bien recevoir, pour ce que l'on ne fait guère bien une action à laquelle on ne s'exerce pas souvent.
Communies souvent, Philothée, et le plus souvent que vous pourrés, avec l'advis de vostre père spirituel ; et croyésrmoy : les lièvres deviennent blancz parmy nos montaignes en hyver, parce qu'ils ne voyent ni mangent que la neige ; et à force d'adorer et manger la beauté, la bonté, et la pureté me^ine en ce divin sacrement, vous deviendrés toute belle, toute bonne et toute pure.