PREMIÈRE SECTION
Cette section renferme :
Saint François de Sales expose lui-même , dans la préface de ce chef-d'œuvre , à quelle occasion et dans quel but il l'a composé ; ei il n'y a qu'une voix pour dire combien merveilleusement il a réussi. « Sous sa plume, dit M. Hamon *, la dévotion est noble vraie et pleine de sens ; la politesse des mœurs , l'esprit de sociabilité, tous les charmes d'une piété bien entendue, lui forment cortège, si l'on peut ainsi dire ; et cependant elle n'est point déguisée pour paraître plus agréable : elle est présentée avec sa croix , ses épines, son détachement, ses souffrances, telle, dit Bossuet, que le religieux le plus austère, ou le courtisan le plus dégoûté , s'il ne lui donne pas son affection, ne peut au moins lui refuser son estime ^, La douceur de l'auteur s'y montre partout sans faiblesse , comme sa fermeté sans amertume. Il enseigne à respecter les bienséances , qu'il appelle les grâces de la vertu, à s'élever au-dessus de la nature sans la détruire, à voler peu à peu vers le ciel comme des colombes, quand on ne peut pas s'y élever comme des aigles, c'està-dire, à se sanctifier dans les voies communes quand on n'est pas
* Dans sa nouvelle et excellente Vie de saint François de Sales, 2e édition J tom. I, page 599.
* Panégyriq, de saint François de Sales.
XXII PREmÊRE CLASSK,
^appelé à un état plus parfait. Là l'esprit contemple avec délices la ,vérité exposée dans son plein jour, embellie de maximes également ingénieuses et profondes, revêtue d'un style noble et majestueux^ 'coulant et naturel, relevé par la justesse et la netteté d'expressions tantôt fines et délicates , tantôt vives et touchantes, toujours gracieuses et variées : c'est le simple avec tout le mérite du beau, parce que chaque idée est rendue par le mot propre , et chaque parole embellit la pensée. Là, surtout, le cœur goûte un charme inexprimable, parce que la douceur du sentiment assaisonne toujours le précepte, la déhcatesse des ménagements le fait accepter, la candeur naïve et la bonté de l'auteur, qui s'y peint sans le vouloir, le fait chérir; et l'âme, embaumée de ce qu'elle lit, respire délicieusement le parfum le plus suave, comme le plus pur, de la vraie piété. »
Nous avons revu soigneusement le texte de cette édition sur celui des CEuvres complètes de 1641 et 1663, dont nous avons parlé dans la préface; en outre sur l'édition du Louvre, 1 vol. in-fol., 1641, et sur celle de Rouvelin, 1 vol. in-8, Par. 1644. Cette dernière édition surtout nous a fourni plusieurs excellentes leçons, et des correctionsimportantes.
n. TRAITÉ DE L'AMOUR DE DIEU.
Ce beau traité, commencé en 1614, parut en 1616; on peut en voir, dans la préface, l'occasion et le but. Il est le «fruit de vingtquatre années de prédications, selon l'expression de l'auteur luimême, et de si profondes études qu'il est quatorze lignes de ce livre qui, disait-il à M. de Belley , lui avaient coûté la lecture de plus de douze cents pages in-folio Ml y traite les questions de la théologie les plus épineuses et les plus obscures^ la grâce efficace , la prédestination, le commencement de la foi; mais ces épines, il les convertit en fleurs par la netteté de ses explications revêtues du style le plus gracieux; ces obscurités, il les éclaircit par les lumières d'une saine théologie , par la lucidité de ses aperçus, l'exactitude et la précision de sa doctrine. Il ôte aux questions scholastiques toute leur sécheresse par son humeur aimable , qui brille partout; il sème l'agrément dans tout ce qu'il dit par son imagination fleurie, qui personnifie jusqu'aux objets les plus spirituels , par ses comparaisons et ses traits d'histoire empi^untés le plus souvent à la Bible et appliqués avec autant de justesse que de grâce , mais surtout par le sentiment de la plus tendre
* Esprit du B, François de Sales, III* part., sect. XV; éd. Gaume, Par. 1840»
SECTION I. xxin
piété , qui anime , vivifie tout , et fait de ce livre plutôt une production de son cœur qu'un travail de son esprit. Chose remaiv^ quable ! cette composition , toute figurée et fleurie qu elle est , est pourtant très-simple; la fécondité du génie et de l'imagination de l'auteur ne i'écarte jamais du naturel; les ornements viennent sous sa plume sans être appelés; c'est l'éloquence naïve, l'aimable simplicité d'un cœur qui ne dit que ce qu'il sent , qui se peint sans le vouloir, qui trouve dans les sujets les plus usés des beautés inconnues, mais si naturelles qu'on est surpris de ne pas les avoir aperçues le premier. Tel est le Traité de l'Amour de Dieu. L'auteur, en le composant, avait développé plus longuement son sujet; mais en le livrant à l'impression , il en retrancha plus de la moitié *•. » La première édition de cet ouvrage fut publiée à Lyon, chez Pierre Rigaud, 1 fort vol. petit in-8; il est dit au bas du privilège qu'elle fut achevée d'imprimer le dernier jour de juillet, 1616. Il er^ parut une nouvelle l'année suivante chez le même libraire; mais ce n'est qu'une réimpression de la précédente , dont elle reproduit ordinairement jusqu'aux fautes typographiques , et môme la pagination, sauf pour la préface. Il ne parait pas que le texte d'aucune des éditions postérieures ait été davantage revu par l'auteur, de sorte que celle de 1616 est l'unique source de laquelle toutes les autres découlent. Nous ne pouvions donc faire mieux que de nous attacher à la reproduire exactement, en nous contentant de corriger les fautes dimpression; et c'est ce que nous avons fait, en profitant, pour cette correction, des faibles secours que nous offraient celle de 1617, une de 1641 (Lyon, L. Odin ) , et autres ^.
III. Fragment sur la MANIÈRE DONT LA CHARITÉ EMPLOIE LES VERTUS CARDINALES, savoir, la prudence, la justice et la temr pérance.
Ce fragment a été publié pour la première fois dans la seconde édition de M. Biaise, Par. 1833, sous le titre de Complément de
rirsTRODUCTION A LA ViE DÉVOTE 6^ rfw TRAITÉ DE L' AMOUR DE DiEU. Un
Avertissement qui le précède, et que nous reproduisons, fait connaître la manière dont a été découvert l'autographe et ce qu'il est devenu. Malheureusement ce manuscrit précieux a été assez mal lu par l'éditeur, et l'édition originale renferme un grand nombre de
1 Esprit du B. François de Sales, III^ part., s^ct. XV. — M. Hamon, Vie de saint François de Sales, tom. Il, pag. 173.
2 Dans les notes au bas des pages, nous avons distingué par (R.) ce qui est pris de rédition originale de Rigaud; {Ca.) indiq^ue l'édition de M. Camus^ successeur de M. Biaise.