‹ Œuvres complétes Volume 1Chapitre 81 sur 312 · H 4 INTRODUCTION · texte numérisé non relu

H 4 INTRODUCTION

Penser sçavoir ce qu'on ne sçait pas , c'est une sottise expresse ; vouloir faire le sçavant de ce qu'on connoist bien que l'on ne sçait pas , c'est une vanité insupportable : pour moy je ne voudrois pas mesme faire le sçavant de ce que je sçaurois, comme au contraire je n'en voudrois non plus faire l'ignorant. Quand la charité le requiert , il faut communiquer rondement et doucement avec le prochain , non seulement ce qui luy est nécessaire pour son instruction , mays aussi ce qui luy est utile pour sa consolation. Car l'humilité, qui cache et couvre les vertus pour les conserver, les fait neantmoins paroistre quand la charité le commande , pour les accroistre, aggrandir et perfectionner. En qucy elle ressemble à cet arbre des isles de Tylos lequel de nuit reserre et tient closes ses belles fleurs incarnates , et ne les ouvre qu'au soleil levant, de sorte que les habitans du pays disent que ces fleurs dorment de nuit ; car ainsy l'humilité couvre et cache toutes nos vertuz et perfections humaines , et ne les fait jamais paroistre que pour la charité , qui estant une vertu non point humaine , mais céleste , non point morale , mais divine , elle est le vray soleil des vertus , sur lesquelles elle doit tous-jours dominer : si que les humilités qui prejudicient à la charité sont indubitablement fausses.

Je ne voudrois ni faire du fol , ni faire du sage ; car si l'humilité m'enpesche de faire le sage , la simplicité et rondeur m'enpescheront aussi de faire le fol ; et si la vanité est contraire à l'humilité, l'artifice, l'afféterie et feintise est contraire à la rondeur et simplicité. Que si quelques grands serviteurs de Dieu on fait semblant d'estre folz , pour se rendre plus abjectz devant le monde, il les faut admirer, et non pas imiter ; car ilz ont eu des motifz pour passer à cet excès qui leur ont esté si particuliers et extraordinaires que personne n'en doit tirer aucune conséquence pour soy. Et quant à David , il dansa et sauta un peu plus que l'ordinaire bienséance ne requeroit devant l'arche de l'alliance : ce n'estoit

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pas qu'il voulust faire le fol ; mays tout simplement et sans artifice, il faysoit ces mouvemens extérieurs, conformes à l'extraordinaire et démesurée allégresse qu'il sentoit en son cœur. Il est vray que quand Michol sa femme luy en fit reproche comme d'une folie , il ne fut pas marri de se voir avili , ains persévérant en la naïfve et véritable représentation de sa joye , il tesmoigna d'estre bien ayse de recevoir un peu d'opprobre pour son Dieu. En suitte de quoy je vous diray que si pour les actions d'une vraye et naïfve dévotion on vous estime vile, abjecte ou foie, l'humilité vous fera resjouïr de ce bienheureux opprobre , duquel la cause n'est pas en vous , mays en ceux qui le font.

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