‹ Œuvres complétes Volume 11Chapitre 99 sur 106 · A UN GENTILHOMME OUI DÉSIROIT SE RETIRER DU MONDE · texte numérisé non relu

A UN GENTILHOMME OUI DÉSIROIT SE RETIRER DU MONDE

Le Saint lui donne des avis pour connoître la volonté de Dieu. Il lui prescrit un genre de vie particulier pendant trois mois.

Monsieur,

Allés, et bénisses nostre Seigneur de la favorable inspiration qu'il vous a donnée pour vous retirer de ce grand et large train que ceux de vostre eage et de vostre profession ont accoustumé de suivre, et par lequel ilz arrivent ordinairement a mille sortes de vices et d'inconveniens, et de la bien souvent a la damnation éternelle. Au demeurant^ pour rendre cette divine vocation fructueuse, et pour plus clairement apprendre Testât que vous devés choysir, pour la plus grande satisfaction de cette miséricorde infinie qui vous semond a son parfait amour, je vous conseille de practiquer ces exercices pour ces troys mois suivans.

Premièrement, que vous retranchiés quelques satisfactions sensuelles que vous pourries autrement prendre sans offenser Dieu, et que pour cela vous vous leviés tous-jours a six heures du matin, soit que vous ayés bien dormy ou mal dormy, pourveu que vous ne soyez pas malade (car alors il faudroit condescendre au mal) ; etpourfaire quel-

^ Fiat voluntas tua. Oral. Dominic.

2 C'est la 749e de Biaise, et la 77e du livre VI des anciennes éditions.

que chose de plus les vendredis, vous vous leviés a cinq heures. Ce point icy vous donnera plus le loysir de faire l'orayson et la lecture.

Item, que vous vous accoutumiés adiré tous les jours, après ou devant Torayson, quinze Pater noster et quinze Ave Maria, les bras estendus en guise de crucifix.

D'avantage^ que vous renonciés aux playsirs du goust, mangeant les viandes que vous pourrés avoir a table, lesquelles vous seront les moins aggreables, pourveu qu'elles ne soyent point malsaines, et laissant celles ausquelles vostre goust aura plus d'inclination.

Encor voudrois-je que quelquefois la semaine vous couchassiés vestu.

Or, ses petites et foibles austérités vous serviront a double fin : l'une pour impetrer plus aysément la lumière requise a vostre esprit pour faire son choix; car la deperition du corps en ceux qui ont les forces et la santé entière esleve merveilleusement l'esprit ; fautre pour essayer et taster l'aspreté, affm de voir si vous lapourriés embrasser, et quelle répugnance vous y aurés : car cet essay vous est requis pour la preuve de la foible inclination que vous avés a la retraitte du monde ; et si vous estes fidèle en la pratique du peu que je vous propose, on pourra juger quel vous sériés en beaucoup qui s'exerce aux Religions.

Priés instamment nostre Seigneur qu'il vous illumine, et luy dittes souvent la parole de S. Paul : Seigneur, que voulés-vous que je face? » Domine, quid me vis facere ' ? et celle de David : Doce me facere voluntatem tuam, quia Deusmeiisestu^; sur tout, si parmi la nuit vous vous esveillés, employés bien ce tems-la a parler seul a nostre Seigneur sur vostre choix ; protestés souvent a sa majesté

lAct., IX, 6. ■ A, n-

2 Enseignez-moi à faire votre volonté, parce que vous êtes mon Dieu,

Ps. GXLII, 10.

que vous luy resignés et laissés en ses mains la disposition de tous les momens de vostre vie, et qu'il luy playse de les employer a son gré.

Ne faites point de faute de faire l'orayson le matin et le soir; quand vous pourrés, une petite retraitte avant souper pour eslancer vostre cœur en nostre Seigneur.

Faites-les passe-temps qui seront plus vigoureux, comme de monter a cheval, sauter, et autres telz, et non pas les molletz^ comme de jouer aux cartes et danser. Mais si de ceux-là vous estes touché de gloire: Helas ! dirés-vous, que me sert tout ceci a l'éternité ?

Communies tous les dimanches, et tous-jours avec prières pour impetrer la lumière requise ; et ces jours la de feste vous pourrés bien visiter, par manière d'exercice, les lieux saintz, les' Capucins, saint Bernard, les Chartreux. Dieu vous veuille donner sa paix, sa grâce, sa lumière et sa très sainte consolation !

Si vous sentes l'inspiration prendre force du costé de la Religion, et que vostre cœur en soit pressé, conférés avec vostre Confesseur ; et, en cas que vous preniés resolution, allés disposant le grand père a cela, afin que, moins qu'il sera possible, l'ennuy et le desplaysir de vostre retraitte ne tombent sur la Religion, et vous seul en soyés chargé. « 0 ! que Dieu est bon a son Israël! qu'il est bon a ceux qui sont droitz de cœur 2 ! »

i Au lieu de les, il y a des dans les autres éditions. * Quam bonus Israël Deus his qui rectosunt corde ! Ps.LXXII, 1. Nota. Cette lettre se termine par les sujets de méditations placés au tome III de cette édition, page 102-105 : nous y renvoyons le lecteur.

GGLXXXIX

LETTRE

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