IV LETTRES INÉDITES
petrer pardon, et du retardement du payement de Thorens, et d'avoir tant attendu a faire les actions de grâces que je doy a V. E. pour la douceur dont elle use en mon endroit pour ce regard. Mais je ne puis implorer a cette intention que la mesme bonté que le S'' de Manîgod me fait implorer pour lui, et a laquelle j'auray plus ample recours a la fin de tout le payement, que je ne verray jamais si tost achevé que je souhaite. Cependant je prieray sans cesse nostre Seigneur qu'il multiplie ses célestes faveurs sur vostre personne,
Madame,
et sur celle de Madame vostre mère et de Mademoiselle puisque je SUIS
Très humble et très obéissant serviteur de V. E.
Franc. E. de Genève.
:i« LETTRE.
s. FRANÇOIS DE SALES A MADAME DE GIIANTAL.
Il lui annonce qu'il va faire !a visite de son diocèse ; il la félicite de son amour pour les maladies; il lui pi omet de lui écrire souvent. Celle leltre est une des plus charmantes que saint François ait jamais écrites.
Ma. tres-chère fille , j'ay votre lettre du 6 de juin , et Wit maintenant je monte h cheval pour la visite qui durera ^nv iron cinq mois, pensez si je suys prest d'aller en Bour- IçcigMe; car, ma chère fdle , celte action de la visite m'est nécessaire, et des principales de ma charge. Je m'y en vay ^e îaand courage , et dès ce mattin , j'ai senti une parti • 'Culiert.^ consolation h l'entreprendre , quoy que auparavant
Dli S. FRANÇOIS DE SALES. V
durant plusieurs jours j'en eusse eu mille vaines appréhensions et tristesses , lesquelles néanmoins ne tournoyent que la peau de mon cœur, et non point Tinlerieur, c'estoyt comme ces frissonnemens qui arrivent au premier sentiment de quelque froidure. Mais comme je vous ay dît mainlefois,nostre bon Dieu me traittc en enfant bien tendre, car il ne m'expose a point de rude secousse. Il connoist mon infirmité et que je ne suis pas pour en supporter de grandes. Je vous dis ainsy mes petites affaires parce qu'il me fait grand bien. Ouy dà je vous en sçai bon gré de bien aymer vostre fiebvre tierce, je m'imagine pour moy que si nous avions J'odorat un peu bien affiné nous sentirions les afflictions toutes musquées et parfumées de mille bonnes odeurs, car encor que d'elles mesmes , elles soyent d'odeur desplaysante ; néanmoins sortant de la main, mais plus tost du sein et du cœur de l'espoux, qui n'est autre chose que parfum et que bausme luy mesme, elles arrivent a nous de mesme , pleynes de toute suavité. Tenez , ma chère fille , tenez vostre cœur bien large devant Dieu; allons toujours gayement en sa présence , il nous ayme, il nous chérit, il est tout nostre ce doux Jésus. Soyons tous siens seulement, aymons-le, cherissons-le, et que les ténèbres, que les tempestes nous environnent , que nous ayons des eaux d'amertume jusques au col , pendant qu'il nous sousleve le manteau il n'y a rien a craindre. Je vous escriray souvent, ma chère fille , et mille et mille fois je vous beniray des bénédictions que nostre Dieu ma commises. Vivez joyeuse, ou sayne ou malade , et serrez bien ferme vostre espoux sur vostre cœur. Ma chère fille , ma très chère fille a qui je suis ce que sa divine majesté veut que je sois et qui ne se peut dire : vive Jésus, a jamais amen. A Annessi le XVII juin 1606.
VI LETTRES INEDITES