VRAY CARACTERE DE LA TRISTESSE SALUTAIRE DE LA PENITENCE
La tristesse de la pénitence ne doit pas tant estre nommée trisiei^bv que deplaysir ou sentiment et detestation du mal. Tristesse qui n'est jamais ni ennuyeuse ni chagrine ; tristesse quin'erjgourdit point Tesprit , mais qui le rend actif , prompt, et diligent ; tristesse qui n'abat point le cœur, mais qui le relevé par la prière et l'espérance, et qui luy fait faire les eslans de la fervente dévotion ; tristesse laquelle , au fort de ses amertumes , produit to-ij urs la douceur d'une incomparable consolation, suyvant le précepte du grand S. Augustin : Que le pénitent s'attriste toujours , mais qu'il se resiouisse toujours de sa tristesse.
La tristesse , dit Cassien , qui opère la solide pénitence , de laquelle on ue se repent jamais, est obeyssante, affable,
humhle, débonnaire, souëfve, patiente, comme estant issue <ît descendue de la charité; de sorte que s'estendaiit à toute douleur de corps et d'esprit , elle est en certaine façon joyeuse, animée , et revigorée de Tesperance de son profit : elle retient toute la suavité de Faffabilité et longanimité , ayant en ellemesme lesfmits du saint Esprit , qui sont la charité , la joye, iapaix, la longanimité, la bonté, la bénignité, la foy, la mansuétude, et la continence.
Telle est la vraye pénitence, et telle est la bonne tristesse, qui certes n'est pas proprement triste ni mélancolique , mais seulement attentive et affectionnée à détester, à rejetter et empescher le mal du péché pour le passé et pour l'advenir, par le seul amour de Dieu , auquel il déplaist ; c'est à dire sans meslange d'aucun amour imparfait, sans aucune vue d'interest de la peine ou de la recompense éternelle \
Yoicy l'usage de cette repentance amoureuse , qui se pratique d'ordinaire par des eslans ou par des eslevemens du cœur en Dieu , comme le pratiquoient les anciens pénitents.
Je suis vostre , ô mon Dieu ! sauvez-moy , ayez miséricorde de moy , car mon ame se confie en vous ; sauvez-moy , Seigneur, car les eaux submergent mon cœur ; faites-moy xiomme un de vos mercenaires , Seigneur ; soyez-moy propice , il moi pauvre pécheur.
C'est en ce sens qu'on dit que l'orayson justifie ; car l'orayson repentante , ou la repentance suppliante , esleve l'ame en Dieu ; et , la reunissant à sa bonté , obtient sans doute pardon en vertu du saint amour qui luy donne le mouve» jnent sacré *.
* Théot., Uv. XI, en. XXI. -- « Jbid., Uv. U, ch. XX.