LE VENDREDY AVANT LA ME^E
Tu feras mémoire du couromiement d'fôpines , et comme nostre Seigneur porta la croix au mont de Calvaire, disant :
Couronnement d'espioes-
1 . Pere étemel, j'oflFre à vostre honneur et gloire, et pour non salut et de tout îe monde , cette impiteuse couronne J'espines qui fut fichée à vive force en la teste de vostre tres-aimable et très amiable Fils , la robbe de pourpre uunt les Juifs le veslirent , et la canne de roseau marin qu'ils luy mirent en main , le traitant en roi de mocquerie ; les coups de canne qu'ils luy donnèrent sur la teste pour y faire entrer profondément la couronne d'espines , les agenouillemens qu'ils firent devant luy par mespris, tant de soufflets qu'ils luy donnèrent, les crachats qu'ils firent sur sa face sacrée , disant : Dieu vous garde, roy des Juifs; la monstre que Pilate fit d'iceluy, disant : Ecce homo , et ces voix impitoyables avec lesquelles ils crièrent : Toile, toile, crucifige eum. Je vous remercie et bénis infiniment de tout cela, •yous demandant , par les mérites de ses peines , pardon de ma vaine superbe, estime de moy-mesme , impatience et hy-^ pocrisie , et quant et quant la grâce de ne faire nul estât des vains jugemens des hommes, et de vaincre tous les respects humains pour vostre ser\^ce.
Pcotement de la croix.
2. Semblablement , Seigneur, je vous offre la peine et ignominie que vostre Fils reçut portant la croix au mont de Calvaire, accompagné de deux larrons; les fréquentes cheutes qu'il fit en chemin à cause de la grande pesanteur de la croix et grande débilité de son tres-affligé corps , tout escorché et quasi vuide de sang ; les poussemens et coups de joings et de
pieds qui luy furent baillés pour le faire haster ; la souffrance qu'on luy tirast la barbe, qu'on luy arrachast les cheveux, qu'on letraisnast parterre; les paroles injurieuses qui luy furent dites , les pleurs et les larmes ameres des Maries qui le suivirent ; l'immense charité , patience et obeyssance avec laquelle il endura tout cela pour vostre gloire et nostre salut. De quoy je vous rends infinies grâces et bénédictions, vous demandant , par les mérites de tant de peines , l'amour de la croix , et celuy d'endurer, et la ferveur en vostre saint service , comme aussi de pleurer amèrement mes péchés et ceux de mes prochains encore.
LE MESME JOUR APRES LA MESSE
Tu feras mémoire de la pénible crucifixion et mort de nostre Sauveur, disant :
Crucifiement de nostre Seigneur.
1. Père éternel, j'ofî're à vostre honneur et gloire, et pour mon salut et de tout le monde, l'ignominieuse et tres-sainte crucifixion de vostre tres-innocent Fils sur le mont du Calvaire ; la nouvelle douleur qu'il sentit en ses playes, lorsqu'il fust impiteusement et avec grande rudesse despouillé de ses sacrés vestemens , ses mains et ses pieds transpercés de gros clous ; la pénible eslevation de la croix en haut , cet abysme de douleurs qu'il patit en icelle , ces ondes de sang qui decouloient de ses tres-saintes playes sur la terre , cette excessive douleur qui pénétra le cœur de la tres-sainte Vierge sa mère , lorsqu'estant au pied de la croix , elle vit un si funeste et si estrange spectacle. Je vous remercie infiniment de toutes ces choses, vous ayme et vous bénis, vous demandant la grâce de crucifier tout à fait mes seps et mes membres au monde et à la chair, par une vraye abnégation et esloignement volontaire de toutes les vanités et playsirs.
Mort de nostre Seigneur.
2. Semblablement, Seigneur, je vous offre cette orayson li'excessive charité qu'il vous présenta pour ceux qui Tavoient cruciiîé ; cette grande désolation en laquelle il se trouva, se voyant abandonné de tous secours humains et divins ; la grande soif qu'il eut , et l'amertume du fiel dont il fut abreuvé; cette douce recommandation qu'il fit de sa tres-sainte Mère à S. Jean, et de S. Jean à sa Mère ; cette libérale promesse qu'il fit au bon larron de son salut, et fina- ^mcD"^ ^tte recommandation de son esprit tres-afïïigé qu'il îft enttT7 > ^ mains , expirant sa tres-sainte ame , et consommant en cette manière .^œu^re de nostre rédemption. De quoy je vous remercie infiniment, vous ayme et vous bénis, vous suppliant, par les mérites de cette passion et mort tresamere, de me pardonner tous mes péchés , et de m'accorder ^ussi la grâce de pardonner promptement, pour l'amour de vous , toutes les injures qui m'ont esté faites , et que je vive €t meure en vostre sainte grâce.