TRAITÉ V
Adresse pour l'orayson sous le nom de repos ou sommeil spirituel, pour retirer l'ame en soy-mesme, et la recueillir en Dieu.
Premièrement , ayant pris le tems commode pour ce sa^ «ré repos, avant toute autre chose, je tascheray à rafraischir ma mémoire de tous les bons mouvemens, désirs, affections, resolutions, projetz, sentimens et douceurs qu'autresfois la divine Majesté m'a inspirés , et fait expérimenter en la considération de ses saints mystères , de la beauté de la vertu , de la noblesse de son service , et d'une infinité de bénéfices qu'elle m'a tres-liberalement despartys : je mettray ordre aussi à me ramentevoir de l'obligation que je luy ay, de ce que , par sa sainte grâce , elle a quelquefois débilité mes sens en m'envoyant certaines maladies et infirmités, lesquelles m'ont grandement profité. Apres cela je conforteray et conlîrmeray le plus qu'il me sera possible ma volonté au bien , et au propos de jamais n'offenser mon Créateur.
Secondement, cela fait, je me reposeray tout bellement
Fac, quaeso, ut cum his et in his omnibus tibi serviam, te diligam, tibi placeam, te adorem in âeternum.
î. Electo huic sacrae quieti opportune tempore, in memoriam revocare contendam pios motus, desideria, affectus, statuta, cœpta, sensus^ dulcedines omnes, et quaecumque divina mihi majestas olim inspiravit, acin sanctorum mystenorum, virtutis pulchritudinis , ejus nobilitatis, et infinitorum in me beneficiorum consideratione dédit experiri. Illius praetereà obligationis quam magnara ergo^ ipsam habeo recordabor, eô quôd sua gratià sensus aliquando meos debilitavit nonnullis morbis et infirmitatibus quae mihi non parùm profuernnt. Post haec voluntatem meam in bono, et in statuto Creatorem meum nun- •quam oliendendi, confirmabo.
2. Quiescam paulatim in consideratione vanitatis honorum, divi-
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en la considération de la vanité des grandeurs, des richesses^ des honneurs, des commodités et des voluptés de ce monde immonde : je m'arresteray à voir le peu de durée qui est en ces choses-là, leur incertitude, leur fin, et l'incompossibilité qu'elles ont avec les vrays et solides contentemens ; en suitte de quoy mon cœur les dédaignera, les mesprisera, les aura en horreur, et dira : Allez , allez , o diaboliques appas ! retirez-vous loin de moy, cherchez fortuno ailleurs; je ne veux point de vous, puis que les plaisirs que vous promettez appartiennent aussi bien aux fols et abominables, qu'aux hommes sages et vertueux.
Troisièmement, je me reposeray tout doucement en la considération de la laideur, de l'abjection, et de la déplorable misère qui se trouve au vice et au péché , et aux misérables âmes qui en sont obsédées et possédées; puis je diray, sans me troubler et inquiéter aucunement : le vice, le péché, est chose indigne d'une personne bien née , et qui fait profession de mérite ; jamais il n'apporte contentement qui soit véritablement solide , ains seulement en imagination : mais quelles espines, quelz scrupules, quelz regrets, quelles amertumes, quelles inquiétudes, et quelz supplices ne traisne-t'il quant et soy? voire, et quand tout cela ne seroit pas >
tiarum, dignitatum, et voluptatum immundi hujus mundi; perpendam modicam rerum illarum durationem, incertitudinem, fînem, et quàm à veris bonis distent discrepentque. Quà ratione eas cor meum rejiciet, spernet, abominabitur, et dicet: Ite, o! ite, diabolicae illecebr3B, abite à me procul, mhil mihi vobiscum est, quandoquidein deliciae quas promittitis ,insipienlibus aequè ac sapientibus conveniunt. 3. Quiescam leniter in consideratione iurpitudinis, abjectionis et tniseriee qusB invenitur in peccato, miserisque animabus ab eo obsessis et possessis; tùm absque perturbatione dicam : Peccatum indigna res est homine benè nato, et meritum proiitente ; nuUum unquam affert absolutum gaudium, sed duntaxat imaginarium : quas verô spinas, quos mœrores, quas amaritudines, quas anxietates, quœ supplicia non secum ducit? Verumtamen, quamvis uihil horum esset, numquid id satis
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ne vous doit-il pas suffire qu'il est desaggreable à Dieu ? o ! cela doit estre plus que suffisant pour le nous faire détester à toute outrance.
Quatriesmement , je sommeilleray suavement en la cognoissance de l'excellence de la vertu , qui est si belle , si gracieuse , si noble , si généreuse , si attrayante et si puissante : c'est elle qui rend l'homme intérieurement et encore extérieurement beau ; elle le rend incomparablement aggreable à son Créateur ; elle luy sied extrêmement bien y comme propre qu'elle luy est. Mais quelles consolations, quelles délices , quelz honnestes playsirs ne luy donne-t'elle pas en tous tems? ah! c'est la chrestienne vertu qui le sanctifie , qui le change en ange , qui en fait un petit dieu , qui lui donne dés icy-bas le paradis.
Cinquièmement, je m'arresteray en l'admiration de la beauté de la rayson que Dieu a donnée à l'homme , affin qu'éclairé et enseigné par sa meilleure splendeur, il haysse le vice et ayme la vertu. Hé ! que ne suivons-nous la lumière brillante de ce divin flambeau , que l'usage nous en est donné pour voir où nous devons mettre le pied? Ah! si nous nous laissions conduire au dictamen d'icelle , rarement
est quôd Deo displicet ? Hoc autem satis superque est ut omnibus onxninô modis rejiciatur.
5. Dormitabo suaviter in cognitione excellentisB virtutis, inquam, quas adeô pulchra est, grata, nobilis, generosa, alliciens, potens. Illa est enim quas hominem interiùs exteriùsque pulchrum reddit ; illa quae Creatori gratum facit • homini illa optimè convenit, cùm ei propria sit. Quas verô consolationes , quas delicias, quas non ei libérales delectationes omni dat tempore? HiEC est christiana virtus qua) eum sanctificat, quae mutât in angelum, quae deulum efiicit, quae in his terris ei confert paradisum.
5. Demiuabop quàm pulchra sit homini à Deo data ratio, ut ejus miro splendore illustratus et edoctus, odio vitium prosequatur, et virtutem amet. Heu! fur divinae hujus facis rutilans lumen non sequimur, cùm datus sit nobis ejus usus^ ut videamus ubi oporteat pe-
chopperions-nous, difficilf^ment ferions-nous jamais mal. Sixièmement, je peseray attentivement la rigueur delà divine justice, laquelle sans doute ne pardonnera pas à ceux qui se trouveront avoir abusé des dons de nature et de grâce : telles gens doivent concevoir une très-grande appréhension des divins jugemens, de la mort, du purgatoire et de Tenfer. Je feray en sorte de m' exciter et de reveiller ma paresse en répétant souvent ces parolles • En raorior; qidd mihi pode-' ruiit primogenita, sive omnia ista? voilà que tous les jours je m'en vay mourant; de quoy est-ce que me serviront les choses présentes, et tout ce qui est d'éclatant et de spectacle en ce monde? Il vaut beaucoup mieux que je les mesprise courageusement, et que, vivant en crainte filiale, sous l'observance des commandemens de mon Dieu , j'attende avec accoisement d'esprit les biens de la vie future.
Septièmement, je contempleray en ce repos lasapience infinie , la toute-puissance , et l'incompréhensible bonté de mon Dieu, et particulièrement je m'occuperay à voir comme quoy ces beaux attributs reluisent aux sacrés mystères de la vie , mort et passion de nostre Seigneur Jesus-Christ , en la tres-emincnte sainteté de nostre Dame, la bienheureuse
âem figere? Ah! si nos ejus dictamine duci sineremus, rarô cespitaremijs, difficile unquam malè ageremus.
6. Attenté ponderabo rigorem divinae justitiae, quse ils procul dubio non parcet, qui naturae et gratiee donis abusi fuerint. Debent taies ad divinorum judiciomm, mortis, purgatorii et inferni considerationem pavere maxime. Excitabor ergo à me ipso et à segnitie his saepè repetilis verbis expergefiam : En morior ; quid mihi proderunt primogeliita, sive omnia ista? Quid, inquam, proderunt mihi prfleseniia haec omnia, et quidquid in hoc mundo lucet et splendet, cùm quotidiè ^sjriap? Prsestat sanè ea spernere, et sub maudatorum Dei eustodiâ, twxu filiali timoré et animi tranquillitate , f uturae vitaî expectare bona.
7. In hanc rem infmitam Dei sapientiam, omnipotentiam, et incomprehensibilem bonitatem contemplabor ; peculiariter vero videre intendam quomodô exiniia hac attributa in sacris elucent mysteriia irUtB, mortis, et passionis Domini nostri Jesu Christi; in eminentis*
Yierge Marie, et aux imitables perfections des fidèles serviteurs de Dieu. De là passant jusques dans le ciel empyrée, j'admireray la gloire du paradis, la félicité perdurable des angeliques esprits et des âmes glorieuses, et combien la tresauguste Trinité se monstre puissante , sage et bonne aux loyers éternels dont elle recompense cette bénite troupe.
Huitièmement et finalement, jem'endormiray en l'amour Je la seule et unique bonté CIo mon Dieu ; je goùsteray , si je puis, ceste immense bonté, non en ses effets, mais en ellemesme; je boiray ceste eau de vie, non dans les vases ou pbioles des créatures, mais en sa propre fontaine; je savoureray combien ceste adorable Majesté est bonne en ellemesme, bonne à elle-mesme, bonne pour elle-mesme, voire comme elle est la bonté mesme , et comme elle est la toute bonté , et bonté qui est éternelle , intarissable et incomprehensible. 0 Seigneur, diray-je, il n'y a que vous de bon par essence et par nature ; vous seul estes nécessairement bon : toutes les créatures qui sont bonnes, tant par la bonté naturelle que par la surnaturelle, ne le sont que par participation de vostre aymable bonté.
simâ Dorainae nostrae beatse MariaB, virginis sanctitate, et imifabilibus fidelium Del servorum perfectionibus. Transeundo hino ad cœlum empyreum, paradisi gloriam demirabor, indeficientem aTîgeUcoruin spirituum et beatonim animarum felicitatem, quàmque augustissima se Trinitas, in eeternis praemiis qiiibas benedictam hanc turbam rémunérât, potentem, sapientem et bonam ostendat.
8. Denique in amore solins et unicae bonitatis Dei mei dormiam et requiescam : gustabo, si possum, immensam hanc bonitatem, non in suis effectibus, sed in se ipsâ: bibam hanc vita3 aquam, non in vasis aut phialis creaturarum , sed in ipso fonte ; sapiam quàni adorabilis haec majestas bona sit in se ipsâ, bona sibi ipsi, bona pro se ipsà, imo quomodô sit ipsa bonitas et tota, omnisque bonitas, et boniîas quae teterna est. quseque nec arelîeri nec comprehendi potest. 0 Domine , inquam, nemu est praîter te bonus per essentiam et natnram : tu solus necessariô bonus es ; créatures verô omnes quee tam nalurali quàm supernaturali bonitate bonae sunt, nonnisi amabilis tuœ bonitatis participatione suûU
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