‹ Œuvres Completes Volume 6Chapitre 19 sur 145 · A SA SAINTETÉ LE PAPE CLÉMENT VHÎ · texte numérisé non relu

A SA SAINTETÉ LE PAPE CLÉMENT VHÎ

iilui fait part du dessein de madame la duchesse de Longue ville, de fondef à Paris un monastère de Carmélites , et d'établir cet ordre en France, Il pense que cette entreprise est digne d'être appuyée par l'autorité apostolique.

Au commencement de 1603.

Très-saint Père ,

Etant, à Paris pour l'affaire au sujet de laquelle j'ai eu l'honneur d'écrire il n'y a pas long-temps à votre Sainteté, je no pus éviter de prêcher devant le roi , les princes et le peuple. A cette occasion, madame Catherine d'Orléans, duchesse de Longueville, princesse très-illustre, non-seulement par la noblesse de son sang et des princes de sa maison, mais encore par la charité de Jésus-Christ qui règne dans

* C'est la 3» du livre I*» des anciennes éditions, et la 4 4e de la collection Biaise.

Ostendit consilium à Catharinâ Aurelianensi de fundandis Ordinis Carmelitarum virginibus susceptuni dignum esse quod auctoritate apostolicâ fulciatur.

Beatissime Pater,

Cùm essem Lutetiae Parisiorum, ejus rei gerendas gratiâ, de eu jus exitu non ità pridem ad Beatitudinem veslram litteras dedi , facere non potui quin plures conciones haberem , cùm ad populum , tùm ad Regem Ipsum et Principes. Eâ autem occasione, Catharinâ Aurelianensis, Princeps à Longavillâ, virgo non tantùm magnorum Principum sanguine^ sed etiam « quod caput est, Cbxisti chariUte

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son cœur, ayant dessein de fonder dans Paris un monastère de Carmélites, me fit appeler avec d'autres théologiens d'une piété éminente et d'un profond savoir, pour délibérer ensemble sur cette fondation.

Nous nous assemblâmes pour cet effet pendant quelques jours ; et la chose étant mûrement examinée, les raisons de part et d'autre bien pesées et considérées, nous trouvâmes que ce dessein étoit inspiré de Die^, et qu'il tourneroit à sa plus grande gloire et au salut d'un grand nombre de personnes. Une seule chose nous fit de la peine, et sembloit devoir tout arrêter ; c'étoit la difficulté de faire venir en France des Pères (Carmes) de la réforme de sainte Thérèse, pour gouverner ces religieuses. Mais ayant fait réflexion qu'il s'est établi tout récemment à Rome un monastère de Carmélites déchaussées, cjui est dirigé par un père de la congrégation de l'Oratoire \ la difficulté s'anéantit aussitôt.

On a donc jeté les yeux sur trois hommes distingués par leur sainteté et par l'intégrité de leurs mœurs, et très-versés

1 La congrégation de l'Oratoire dont il est parlé dans cette lettre, est celle de Rome, qui a pour auteur saint Philippe de Néri; et il ne faut pas la confondre avec celle de France, fondée par M. de Bérulle.

perillustris, quœ per id tempus monasterium fœminarum Ordinis Carmelitarum reformatarum in ipsà Parisieiisi civitate fuiidareanimo inoliebatur, me aliquot excellenti pietate etdoctrinà tlieologis adjungendum duxit, quorum sentcntiis animi su] consilium et sensum expenderet et probaret.

Itaque converiimus omnes aiiquot diebus; eâque re exacte perpensâ, vidimus perspicuè consilium boc à Deo originem duxisse^ et ad ejusgloriam mullorumque sakitem quàm maxime spectare. An-, gebat tamen quôd fieri posse non videbatur, ut fratresejusdem ordinis, qui monasterii hujusmodi gubernacula susciperent, in Galham facile inducerentur : verùm huic diflicultati obviàm itum est, ex recenti excmplo cjus Monasterii illius ejusdemque Ordinis, quod in Urbc unius ex Paîribus Congregationis Oratorii curœcommissum est.

ii.uat.e selecti irunt viri très, doctruià, morum integritate uc rerum

flans la conduite des affaires, pour prendre soin des biens de cette communauté, et pour présider à cette bonne œuvre. Par ce moyen on a obvié aux inconvénients qui pourroient arriver dans la suite par l'injure des temps et la caducité des lieux.

Il ne reste rien maintenant à désirer, sinon que le saint Siège Apostolique donne les raainî\ \ cette entreprise , et l'abandonne à la volonté du roi qui i déjà donné son consentement, contre l'attente de presqiia tout le monde. C'est pourquoi, très-saint Père, ce courrier va se jeter aux pieds de votre Sainteté, pour la supplier d'accorder ses bulles apostoliques , afin d'achever heureusement et cimenter à perpétuité cet établissement.

Pour moi , quoique très-indigne que mon témoignage soit entendu, cependant, parce que j'ai été présent à toutes les délibérations que l'on a faites sur cette affaire , et que je me suis engagé à déclarer ce que j'en pense à votre Sainteté, je ne puis m'empêcher, très-saint Père, de vous assurer, autant qu'il est en moi, que cette fondation, qui vient d'un mouvement de l'esprit de Dieu , étant accompagnée de votre bénédiction et appuyée de votre autorité , ne peut être que très-utile à la Chrétienté, eu égard aii temps où nous vivons,

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gerendarum peritiâ conspieui, qui, maximo Monasterii bono , operi praefici possent, atque ità deinceps omnibus difficultatibus quae ex locorum et temporum injuria orirentur sïgillatîm ( occurrere).

Ità factum est satis, ut aliud superesse non videretur, quàm ut sacrum hoc negotium sanctse Sedis Apostolicse judicio fulciretur, et Régis voUmtati permitteretur : ac Régis quidem, prseter multorum spem, statîm consensus accessit. Quare nunc ad Beatitudinis vestrse pedes mittitur hic nuntius, qui supphcJ^er ab eâ petat Apostolica mandata, quibus res constet et perllciatur.

Ego verô, beatissime Pater, qui omnibus propemodùm hâc de re consiliis interfui, etsi dignus non sum cujus testimonium audiatur, non possum mihi temperare quin, quemadmodùm facturum mç recepi, testatum faciam , quoad per me fieri potest, è re Ghristianâ tore, ut hi cœlestes motus, hoc tempore, et eo prœsertîm loco.

et au lieu où elle se fera. C'est la grâce que vous demande très-humblement cette vertueuse princesse, aux supplications de laquelle grand nombre de personnes du même mérite et du même rang joignent les leurs, et moi principalement qui supplie aussi la divine Majeafé de vous conserver longtemps en santé pour ma consolation particulière et celle de tous les gens de bien. J'ai l'honneur d'être , avec un trèsprofond respect *, très-saint Père , etc.

» M. de BéruUe, depuis cardinal , et fondateur des prêtres de l'Oratoire en France, joignit ses sollicitations à celles de notre Saint, et le succès répondit à l'attente de ces deux grands hommes; car ils obtinrent un bref du pape Clément VllI, et ensuite les lettres patentes de Henri IV. L'installation du monastère se fit en 1604.

vestrsB Beatitudinis apostolicis benedictionibus promoveantur. Id Princeps hsec virgo, id permultse aliae, id ego cum eis, humillimis petimus precibus. Deus autem optimus maximus Beatitudinem vestram nobis et bonis omnibus quàm diutissimè scrvet incolumem !

xviir.

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