‹ Œuvres Completes Volume 6Chapitre 64 sur 145 · VI · texte numérisé non relu

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naïfvelé ; rasseurant entr' autres choses que les hruitz louchant le dessein des François sur Genève n'estoyent que des vrayes chimères que quelques-uns avoyent peut-estre fabriquées pour rendre probables leurs prétendus services. Car en vraye vérité les François n'avoyent eu aucun' intention de surprendre à force cette ville là ; ayant trop d'appréhension de mouvoir les l<i meurs des hérétiques de France et de leur faire prendre les armes comm' ilz feront s'ilz peuvent toutesfois et quantes, qu'on fera de telz coups contr' eux^ Tellement que ni M. le Grand de Bellegarde ni M. de Lux n'osèrent jamais y aller quoiqu'ilz y fussent invités, de peur d'accroistre le soupçon que quelques-uns en avoyent, Vray est que le sieur de la Notie proposa là dedans par manière de conseil , qu'il seroit expédient de remettre les murailles au Roy de France pour éviter les perilz qu'elles couroyent à tous momens. Mays soit qu'il donnast cette atteinte par le commandement de la Reyne, soie qu'il la fîst de son propre mouvement, de quoy je n'ay rien sçeu apprendre de certain, elle fut si mal reçeue que ceux de la ville en diverses occurrences disoyent tout haut qu'ilz se donneroyent plustost au malin qu'à V. A. et plustost à V. A. qu'au Roy ; d'autant que non seulement V. A. les recevroit à meilleur marché que le Roy ; mais quand elle voudroit altérer les conditions de leur donation , ils auroyent plus de moyens de la rompre par l'assistance des voisins , que quand elle seroit faite en faveur du Roy. Et ne sçai si pour ce regard il vint point à propos qu'à mesme temps les Souisses qui revenoyent d'auprès de V. A. dirent en passant des merveilles en fa- Teur des droictz qu'elle a sur le pays de Vaux, dequoy ceux de Genève furent extrêmement esmeuz. Et, sur ce propos, j'appris de divers discours des François que si nostre Saint- Pere se remuoyt un peu vivement envers les Souisses catholiques et la Reyne, comm' il le doit faire en considération de la religion , il n'y auroit point de difficulté de faire heureu-

«ement réussir les prétentions de V. A. contre les Bernoys , desquelz la grandour est de longue main ennuyeuse aux Souisses catholiques ; et puisque la Reyne doit plus désirer ramoindrissement du parti huguenot que soupçonner Fag- 2:randissement de V. A..

Je dis plusieurs autres particularités à M. le marquis de Lanz des quelles sans doute il aura eu honne mémoire, ^our les représenter à Y. A., laquelle je supplie très humblement de croire que j'ay gravé trop avant en mon cœur le devoir que je luy ay, pour jamais me relascher à faire chose <jui puisse tant soit peu nuyre au service de ses affaires ; et quej'ay une trop grande aversion au tracas des choses d'estat pour jamais y vouloir penser d'un' attention délibérée. Ni moy, Monseigneur, ni pas un de mes proches n'avons ni en effect ni en prétention aucune chose hors l'obeyssance de V. A, Je ne sçay doncq comment la calomnie ose me représenter avec des affections estrangeres, puis que mesme je vis, Dieu merci, de telle sorte que comme je ne mérite voyrement pas d'estre en la bonne grâce de V. A, n'ayant (rien) qui puisse dignement correspondre à cet honneur-là; s.ussi merité-je de n'estre jamais en sa disgrâce , ne faysant ni n'affectionnant rien qui me puisse porter à ce malheur, que je ne crains aussi nullement moyennant l'ayde de nostre Seigneur, qui en faveur de la véritable fidélité que je conserve à V. A. ne permettra jamais que les brouillons et calomniateurs m'ostent la gloire que j'ay d'estre advoué.

Monseigneur,

Invariable , très humble , très fîdele et très obeyssant serviteur et orateur de V. A.,

François , Evesque de Genève.

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