A SON ALTESSE LE DUC DE SAVOIE
n lui représente Tobligation où il est de procurer la canonisation du bienheureux Amédée III, duc de Savoie.
Mars 1612.
Monseigneur,
Il y a quelque temps que j'envoyay à vostre Altesse serenissime plusieurs Mémoires touchant l'estime et véritable opinion que tout ce pays de deçà avoit tousjours eue de la sainteté du bienheureux duc Amedée troisième; et je croyois que vostre Altesse, considérant ces honorables tesmoignages de l'eminente sainteté d'un Prince auquel elle appartient de si près , seroit suffisamment incitée à en désirer la canonisation.
Mais , attendant de jour à autre qu'on fîst quelque bon dessein pour cela , et n'ayant point de telles nouvelles , je supplie tres-humblement vostre Altesse de pardonner si avec un peu de chaleur je luy représente ma pensée sur ce sujet;, car en une grande affection on ne se peut pas bien retenir.
Ce grand saint et vostre Altesse avez un devoir mutuel l'un à l'autre ; car vostre Altesse lui succédant, et selon le mesme sang, et selon le mesme sceptre, elle luy appartient comme un fils à son père. Vostre Altesse donc le doit honorer en tout ce qu'elle peut, comme sa charité l'oblige de protéger, secourir et élever votre, altesse :ny ces liens réciproques.
1. C'est la 50' du 1" livre dans les anciennes éditions, et la 258* de la collection Biaise.
De sont point rompus par la mort ; car ce sont des liens de Pamour sacré , qui est aussi fort pour les conserver que la mort pour les dissoudre.
Or, les miracles que Dieu a faits en faveur de ce grand Prince, la grande estime delà sainteté d^celuy, que sa divine Providence d nourrie dans le cœur des peuples qui ont le bonheur d'estre sous sa Couronne, et de plusieurs autres circonvoisins , les histoires qui célèbrent si hautement la pieté de sa vie ; ce sont , Monseigneur, tout autant de sommations que ce saint Prince vous fait de luy faire les honneurs qui sont dus à son excellente sainteté. Nul ne luy a ce devoir en pareil degré avec vostre Altesse, nul n'a le pouvoir si grand de le luy rendre, ny par conséquent nul n'en doit avoir un Couloir si ardent.
Je prie Dieu qu'il comble de célestes bénédictions vostre Altesse, de laquelle je suis infinimeBt, Monseigneur, etc.
LETTRE