DE LA SAVOIE
Saint François donne connoissance à S. Exe. des mouvemens des troupes
françaises dans le pays de G ex.
Annecy, 31 juillet 1613.
Monsieur,
Comme je vous donnay connoissance de ce petit voyage de Gex, aussi veux-je donner advis à V. E. de mon retour, et qu'hier environ les trois heures que j'en partis, je laissay le Laillif de Nion et quelques autres Bernois , qui vindrent prier M. Le Grand de France défaire revenir ses trouppes, attendu qu'ils estoj^ent asseurés que vous , Monsieur, ne desarmiés point et que les troupes piedmontoises et espagnoles passoyent les Mons. A quoy M. Le Grand respondit, qu'il les remercioit de l'advertissement, mais qu'avant que rien remuer il attendroit M. Damanzé qu'il avoit envoyé par de ça auprès de V. E. pour apprendre ce qui est du désarmement.
Je n'estois pas présent quand cecy se passa, mais je le sceus soudain. Au reste il est impossible que ceux qui ont veu l'honneur et le respect que ce Seigneur porte au nom de S. A. S. puissent le taire. Il a couché ce soir à Saint-Claude, ce matin il y a fait ses Pasques , ce soir il coucha à Chaslillon , dimanche il doit estre à Belley pour l'accommodement de quelques difficultés publiques, et sa compaignie, qui
* L'autographe en appartient aux Archives de la Cour de Turin. C'est & 15Ge parmi les lettres inédites de la collection Biaise.
estoit la dernière demeurée à Gex , se retire du coslé de Bourgoigne.
Je prie N. S. qu'il comble Y. E. de toutes bénédictions et suis, Monsieur,
Yostre très humble et très affectionné serviteur, François , Evesque de Gîep ;îve.
i>. S, Monsieur, et quant au sujet de mon voyage nos ecclésiastiques et catholiques sont demeurés consolés par raccommodement que nous avons fait de toutes les difficultés suscitées par nos adversaires , grâces à Dieu.
LETTRE
A MONSEIGNEUR DE BEIXEY, Sur la renonciation à la dignité épiscopale.
Anjieci, le 14 août 1613.
Il y a environ un mois seulement que je receus la lettre qu'il vous pleust de m'escrire le second du mois de juillet; depuis j'ay tousjours esté ou'en voyage ou malade , et n'ay sceu vous rendre la response que vous desiriés , ou , pour mieux dire, la response que vous ne desiriés pas, si j'ay bien sceu connoistre l'inclination en laquelle vous estiés, lorsque vous me fîstes la faveur de m'escrire. Maintenant vous pouvez penser si je puis bien satisfaire à vostre demande, puis que à la foiblesse ordinaire de mon esprit , l'extraordinaire de mon corps accablé des lassitudes que la fièvre m'a laissées, apporte un nouveau surcroist d'imbécillité. Mais un si bon entendeur, comme vous estes, verra assez mon intention quoy que mal estallée.
te Prima proposilio. Yelle deponere onus épiscopale ob » causas rationi congruas, non modo nullum est peccatum, To sed etiam actio est virtutis, vel modestise vel bumilitatis, » vel justitiae, vel charitatis*.
y) 2* propositio. Is censetur rationibus veris moveri ad
* Conservée au monastère de la Visitation de Chambéry. C'est la 157e des lettres inédites de la collection Biaise.
' Première proposition : Vouloir se décharger du fardeau de Tépiscopat par des raisons de convenance, c'est un acte de vertu, ou de modestie, ou d'humilité, ou de justice, ou de charité} et je ne vois en ce fait aucun péché.
» episcopatum deponendum, qui bonâ lide suum de se judi- Y) cium, suum da deponendo episcopatu desiderium-, suasque » denique quibus nititur rationes, vel consilio prudentis^ » vel saltem judicio superiorum paratus est submittere , ac » in utramque partem eadem alacritate suum obsequium.; » conferre ^
» 3^ propositio. Quamvis cogitatio desideriumve episeo- » patum deserendi eo quo licet modo nullum sitpeccatum^ )) plerumque tamen non caret hujus modi propositum magna » tentatione, accedit^que frequentissimè daemonum opeudy » ratio est, quia dum in procurandâ oneris depositione » tempus impenditur, vix ac ne vix quidem in eo susti?- » nendo satis operaB insumitur, et qui de repudiandâ uxore » cogitât, vix intérim de eâ rectè diligendâ sollicitus est; y) satius ergô fuerit se ipsum ad meliorem navandam operam )> deinceps excitare , quàm , quia tibi non videris rectè hacte- )) nùs navasse , omnem operam velle abjicere. Porrô melius ï) est levare ocnlos in montes, unde veniat auxilium nobis, » et sperare in Domino, libenterque gloriari in infîrmitatibus » nostris , ut inhabitet in nobis virtus Christi , quàm more y> fîliorum Epbrem converti retrorsùm in die belli : qui enim ï> confidunt in Domino assument pennas velut aquilse, vola- »^^ bunt et non déficient; déficientes autem quemadmodum » fumus déficient : et qui ad sarcinas formidolosus reverti- » tur, otium quidem babet, sed non majorem quàm qui yy prseliatur securitatem *.
' 2e proposition : Celui-là est censé n'être mû que par des causes justes, qui est de bonne foi dans le jugement qu'il porte de lui-même et dans le tlésir qu'il forme de se démettre, s'il s'étaye d'ailleurs sur des motifs plausibles, ou sur les conseils d'un homme prudent, et s'il est prêt à se soumettre au jugement de ses supérieurs et à supporter son sort , quel qu'il soit , avec îâ même tranquillité.
2 3e proposition : Quoique nous venions d'établir qu'il n'y a aucun péché dans la pensée ou le désir de quitter l'épiscopat, cependant il arrive souvent qu'une pareille proposition peut être l'effet d'une grande tentation et une inspiration du démon. La raison en est, que tandis qu'on perd le temps à cher*
» 4^ propositio. Yideor mihi audire Christum dicentem : » Simon Joannis, aut Petre Joannes, diligis me? Petrum- » que Joannem respondentem : Tu scis quia amo te ; tùui » demùm Dominum graviter prsecipientem : Pasce oves » meas : nulla major probatio dilectionis quàm exhibitio
» hujus operis . »
Au demeurant, une jeune fille de Chambery s'estant laissée porter trop avant en l'amour d'un jeune homme de vostre ville, et se deffîant que les père et mère d'iceluy n'apportent quelque difliculté au mariage nécessaire pour couvrir son honneur et pour accomplir les mutuelles promesses sous lesquelles elle proteste d'avoir encouru le hasard de sa réputation, elle m'a fait prier d'intercéder vers vous. Monseigneur , alFin qu'il vous plaise d'employer vostre charité vers les....... père et mère du jeune homme, pour les disposer à
consentir à un' honnorable conclusion de l'amour d'iceluy et d'elle, attendu mesme qu'elle est d'une parenté fort raccomandable, fille de la seur de M. Boursier, ancien secrétaire
cher les moyens de se défaire d'un tel fardeau, on néglige en attendant d'en soutenir la charge; de même que celui qui songe à répudier sa femme, ne s'occupe guère pendant ce temps-là à lui rendre le devoir de l'amour conjugal. Il seroit donc plus expédient de s'exciter soi-même à remplir mieux qu'on ne l'a fait jusque-là le devoir de sa charge, que de vouloir s'en décharger tout-à-fait, sous prétexte qu'on ne le rempUt pas comme il faut. En vérité, il est encore mieux de lever les yeux vers les montagnes, d'espérer en Dieu, de nous glorifier enfin en nos infirmités, pour que la vertu du Christ habite en nous (II. Cor., Xll, 9), que de retourner en arrière au your du combat, à la manière des enfans d'Ephrem (Ps. LXXVII, 9); car ceux qui mettent leur confiance dans le Seigneur, s'élèveront sur des ailes comme l'aigle (Isai., XL, 31), ils porteront haut leur vol, et ne tomberont pas en défaillance; ceux, au contraire, qui manquent de confiance, s'évanouiront comme la fuzaée (Ps. XXXVI, 20); et celui que la crainte fait hattre en retraite, peut Touir à la vérité de quelque repos, mais jamais d'une plus grande sécurité que celut-qui combat;
1 4« proposition : Il me semble entendre le Christ dire ces paroles ; « Simon, fils de Jean, ou Pierre-Jean, m'aimez-vous? » et Pierre- Jean répondre :« Voua savez combien je vous aime; » et le Seigneur de lui répliquer avec le ton du commandement : « Paissez mes brebis ; il n'y a point de meilleure preuve à mp donner d« votre amour que de vous acquitter de ce ministère. »
de S.A. f.e p;entilliomme son cousin germain vous déduira mieux que je ne vous sçaurois escrire ses intentions, lesquelles estant ])onnes et raisonnables, à mon advis, je ne fay nulle difficulté de vous supplier de rechef de les avoir en recommandation, et moy sur tout en vos saints sacrifices, puis que je suis plus que nul homme du monde,
Monseigneur,
Yostre très humble , très obeyssant frère et serviteur,
François , Evesque de Genève.
P, S. Helas! Monseigneur, on m'a advertit que le grand ancien archevesque di^ Vienne est trespassé ; de medio terras sublatus est justus^ justus vivat et requiescat, et pro illo alius superveniat. -Te me resjouis de U réciproque consolation que vous et M. Le Grand aurez eue en vostre entreveuê.
LETTRE