‹ Œuvres complètes, Volume 6Chapitre 21 sur 99 · CHAPITRE XI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XI

LE BUT DC LA PORTIFIGATIOIf DE PARIS EXCLUT LES FORTS DÉTACHÉS ; IL NE SACRAIT ÊTRE ATTEINT SAKS L'eNCEINTE CONTINUE.

Je le répéterai à satiété , Paris dans maintes circonstances doit se suffire à lui-même. Ceci convenu, les meilleurs remparts pour Paris seront ceux que la population trouvera les meilleurs; les remparts qui se coordonneront le plus intimement avec les goûts, les habitudes, les idées, les besoins de la bourgeoisie armée.

Derrière une enceinte continue, le garde national aura è toute heure des nouvelles de ses proches. En cas de blessure leurs soins ne lui manqueront pas. Dans une semblable position, les timides eux-mêmes vaudraient des soldats aguerris. On se ferait, au contraire, étrange^ ment illusion en imaginant que des citoyens assujettis aux obligations journalières de chefs de famille, de chefs de

commerce, iraient sans de vives répugnances s'enfermer entre les quatre murailles des forts; qu'ils se prêteraient à une séquestration oomplète, tout jnste au moment où la difficulté des circonstances exigerait plus impérieusement leur présence au fçyer domestique, au comptoir, au magasin, ou à l'atelien

Les forts, dira-t-on^ doivent être occupés par la troupe de ligne! On reconnaît donc que dans le système des forts la population ne pourrait pas se défendre seule. C'est déjà un immense, un terrible aveu; continuons :

Les forts auront-ils une garnison dès le début de la guerre? Rien de plus convenable assurément; mais voilà une partie de l'armée active immobilisée. Les garnisons seront-elles fournies par les troupes en retraite ? Chacun y voit mille inconvénients. J'ajoute, en tous cas, que la ligne de retraite se trouve alors tracée d'avance; que l'ennemi est inévitablement conduit lui-même vers la métropole ; que Paris et sa banlieue sont un champ de bataille obligé. Cela posé, que deviennent le libre arbitre laissé à nos généraux, ces mouvements de flanc, ces mouvements sur les communications ou sur les frontières, qu'on nous a promis et dont la spontanéité devait faire le principal mérite? En toute matière les faux systèmes se manifestent par l'absurdité de leurs conséquences.

Vauban disait que le commandant d'une ville doit avoir tx)ut autant de conûance dans la bonté des fortiûcations laissées à s^ garde, que dans la fidélité de sa femme.

Cette remarque, nous pouvons la généraliser. Il faut que dans la mesure de leurs lumières, les simples soldats

eux-mêmes se croient chargés de défendre des Remparts imprenables; il faut que les efforts qu'on leur impose soient justifiés par la grandeur du but. Ces deux conditions se trouveraient-elles dans les forts détachés considérés sans Tencéinte continué?

Portons les garnisons de chacun de ces forts à 2,000 gardes nationaux. Malgré les escarpes, les fossés, les contr^escarpes, les demi-lunes (s'il y en a), les casemates, 2,000 gardes nationa^ux, isolés au milieu des plaines de Villejuif, de Montrouge o» d'Arcueîl; 2,000 gardes nationaux entièrement séparés de la ville, ne ^e croiraient certainement pas en mesure de résister aux attaques d'une armée tout entière? D'ailleurs, à cet égard, toute illusioh disparaîtrait dès que l'artillerie ennemie aurait dnigé sur le fort les feux convergents de ses nombreuses batteries.

Le but unique, le but final deJa résistance de chaque fort, serait d'empêcher Tarmée envahissante de pénétrer jusqu'à la capitale. Ce but, Je^ gardes nationaux croîf aient-ils pouvoir l'atteindre, après avoir remarqué les immenses espaces compris entre un fort et les deux forts voisins, après avoir vu les détachements ennemis franchir ces intervalles sans de très-grandes pertes, surtout la nuit?

. Danger immense, utilité minime de la résistance, voilà ce que chaque garde national apercevrait clairement autour de lui. Ce n'est pas dans une pareille disposition d'esprit qu'on se décide à recevoir l'ennwni sur la brèche*

Page 1