CHAPITRE V
DE QUELLE MàlflÈRB tES EAUX PLUVIALES PEUTEIIT-ELLES EXISTER 00 CIRCULER DANS LES^ TERRAINS DE DIVERSES RATURES DONT L^éCORGE DU GLOBE EST FORMÉE t
L'écorce minérale et solide du globe, n'a pas été engendrée d'un seul jet La formation des diverses roches^ des divers terrains dont elle se compose, remonte à des époques différentes que la géologie est parvenue à caractériser par des signes non équivoques. Il est bon d'avertir, toutefois, que plusieurs des productions que la science regarde aujourd'hui comme contemporaines, diffèrent beaucoup entre elles par leur nature intime et par leur aspect extérieur.
Le but que je me propose ne m'obligera de distinguer ici que trois espèces principales de terrains superposés, comprenant, chacune, plusieurs variétés; ce sont, en allant de bas en haut, en allant de l'ancien au moderne, les terrains primitifs et de transition ; les terrains secon* daires; les terrains tertiaires.
§ 1. — Terrains primitifs.
Les terrains primitifs sont peu et rarement stratifiés *,
1. Cette proposition n'excitera aucune surprise dans l'esprit de ceux-là mêmes qui ont examiné avec attention des terrains schisteux, dès qulls se donneront la peine de bien réfléchir sur la différence essentielle qui existe entre des roches feuilletées et des roches sU^atifiées.
C'est même encore /il faut le dire, une question pour des naturalistes très-habiles , que celle de savoir si le granité offre quelque part une stratification réelle. Les fentes, les fissures des roches granitiques ; les crevasses qui séparent chaque masse de la raçisse contiguë, ont, en général peu de largeur, peu de profondeur , et communiquent rarement entre elles. Dans les terrains primitifs, les eaux d'infiltration ne doivent donc avoir que des trajete souterrains très-bornés ; chaque filet liquide achève son cours pour ainsi dire isolément et sans se fortifier par l'addition de filets voisins. L'expérience montre, en effet, que dans les terrains de cette espèce, les sources sont très-nombreuses, très-peu abondantes, et qu'elles sourdent à de faibles distances de la région dans laquelle l'infiltration des eaux pluviales s'est opérée.
On cite, trois puits forés exécutés dans Is granité aux environs d'Aberdeen, en* Ecosse; mais, d'après une lettre que m'a écrite M. Robinson, secrétaire de la Société royale d'Édinburgh, ces puits creusés près de la mer ont fourni un volume d'eau considérable lorsqu'on a traversé un lit mince de sable et de gravier; bien que le forage ait été continué à une profondeur beaucoup plu5 grande, on n'a aperçu aucune augmentation dans le débit de l'eau.
§ s. — TeTrains secondaires.
Il serait superflu de faire ici l'énumération détaillée des diverses espèces de roches dont se composent les terrains secondaires. Nous nous contenterons de dire que ces terrains cal , en général , la forme d'immenses bassins ,
c*est-à-Kiire qu'après avoir été presque de niveau dans une grande étendue , ils se relèvent de manière à circonscrire la partie horizontale dans une enceinte de collines ou de montagnes. Nous ajouterons que les roches secondaires sont disposées par couches ; que certaines de ces couches, d'ailleurs fort épaisses, se composent de sables en partie désagrégés et très-perméables; qu'en se relevant vers les extrémités des bassins « ces couches perméables se présentent à nu sur les flancs des collines ou des montagnes; que les eaux pluviales peuvent, par infiltration, y aller former des nappes liquides continues; que ces nappes, lorsque les couches ont une forte déclivité, ne sauraient manquer de se mouvoir avec vitesse vers les parties basses ; que dans leur marche , les eaux courantes entraînant peu à peu le sable, et même des portions des roches environnantes, des rivières souterraines doivent remplacer certaines parties du massif originaire, et opérer. de grands vides là où primitivement tout se touchait.
Parmi les terrains secondaires, il en est un, le calcaire crayeux , qui est sillonné dans tous les sens par des millions de fissures. Il semble donc que les eaux pluviales doivent pouvoir le traverser avec facilité et circuler dans sa masse jusqu'aux plus grandes profondeurs.
§ 8. — Terrains tertiaires.
Les terrains tertiaires sont stratifiés, c'est-à-dire, composés d'un nombre plus ou moins considérable de couches superposées, et séparées les unes des autres, à tel manière
des assises d'uii mur, par des joints nets el bien tranchés.
Ces terrains, comme les terrains secondaires, affectent^ en général^ la forme de bassins; mais de bassins de dimensions ordinairement moins étendues. Il ne faut pas oublier que cette forme résulte du redressement des couches. C'est en se redressant aus^ que les éléments constitutifs des terrains tertiaires ont formé la bordure de coteaux et de collines qui les enceignent.
Dans Tacte du redressement de la masse totale de ces terrains *, toutes ces couches, le plus ordinairement, se déchirent, se brisent, se morcellent; il en résulte qu'elles sont à nu, qu'elles se montrent au jour sur les flancs et les sommets des collines. On se représentera iavec une exactitude suflBsante le phénomène dont je désire donner ici une idée, en pliant en dos d'âne dix ou douze feuilles superposées de papier. Sous cette formel comme lorsqu'elles étaient planes, la feuille supérieure cache toute la seconde ; celle^i la totalité de la troisième , et ainsi de suite : mais déchirons le groupe vers le sommet.de la pro-
i. La plupart des bassins secondaires ou tertiaires ont réellement pour origine le redressement des couches qui avaient été déposées horizontalement; mais quelquefois aussi le dépôt secondaire ou tertiaire s'est formé dans un bassin préexistant et borné par des massifs d'une plus grande ancienneté. Dans ce dernier cas^ les couches diverses des terrains modernes se prolongent horizontalement Jusqu'à la rencontre des roches ahciennes qui les enferment comme dans un cirque. La couche supérieure est seule visible; elle seule reçoit directement la pluie : les eaux pluviales ne peuvent arriver aux parties inférieures du massif qu'à travers les fissures des couches qui le recouvrent, conditions peu favorables à la for^ mation des nappes liquides souterraines, du moins quand on les compare à ceUes qui existent dans les bassins dont la bordure se compose de couches redressées.
28e LES PUITS FORÉS,
tjibérance ; tr^çons-y un sillon plus ou moins large, d^une profondeur au moins égale à Fépaisseur des dix ou douze feuilles réunies, et chacune de ces feuilles deviendra visible , et chacune sera exposée directement aux météores atmosphériques.
Dans la série de couches (j'allais dire de feuillets) de diverses natures,, qui, rangées en tout lieu, suivant. un ordre constant , composent les terrains tertiaires, se trouvent, à plusieurs étages, des couches de sables perméables. Ces couches, les eaux pluviales doivent les parcourir, d'abord, dans la partie très-iîiclinée , en vertu de la pesanteur du liquide ; ensuite, dans les branches horizontales, à raison de la pression exercée par Teau que les portions relevées des couches n'ont pas encore laissé écouler. Il faut donc s'attendre , en chaque localité , à trouver au sein du massif tertiaire autant de nappes liquides souterraines qu'on y comptera d'étage^ distincts de couches sablonnèuises reposant sur des couches imperméables.
Sous le rapport de la manière d'être ou du gisement des eaux , les terrains secondaires et tertiaires peuvent donc être assimilés entre eux , quels que soient d'ailleurs les puissants motifs qu'ont eus les géologues, poiir les séparer à d'autres égards. U ne nous serait permis de signaler ici , entre ces deux classes de terrains , qu'une seule différence sur laquelle M. Jules Burat a déjà fixé l'attention des praticiens , dans l'exceHent mémoire qu'il a publié sur les puits artésiens : c'est que dans les terrains secondaires les phénomènes se passent sur une plus grande échelle, à raison de la prodigieuse épaisseur des couches.
LES POITS PORES. Î87
de leurs alternances moins frécjuentes, et de la force dés cours d'eau inférieurs. C'est ainsi qu'on explique encore comment les sources naturelles des terrains Secondaires, sont à la fois si rares et si abondantes.
Parcourons, au surplus, une à une, les conséquences que nous avons tirées de la forme et de la nature des deux espèces de terrains stratifiés , et voyons si l'observation les confirme.
§ 4. — L'eau circule facilement à tontes les profondeurs^ dans la masse du calcaire crayeni.
Pour le prouver, je n'aurai qu'à citer les jets liquides qu'on voit, à toutes les hauteurs, s'élancer par les fissures qui sillonnent les falaises des caps Blanc-Nez et Gris-Nez, dans le département du Pas-de-Calais. Là , on peut le dire, la nature est prise sui* le fait.
En France, on a trouvé une abondante nappe d'eau sous la craie, aux environs de Tours et à Elbeuf* Tel a été aussi le résultat de la perforation de cette nature de terrain qui a été exécutée en 1836 à Southampton. Il semble donc qu'on puisse aujourd'hui affirmer, sans trop de risque de se tromper, que la formation crayeuse est, en tout lieu , séparée par une puissante couche d'eau, de la formation qui 1â supporte. La question de savoir si cette eau jaillira à la surface, doit être résolue par une opération de nivellement: il faut, pour cela, connaître la hauteur de la région où la craie et la formation sousjacente se présentant à la surface de la terre par leur tranche , permettent aux eaux pluviales de couler entre les deux. Ce point une fois éclairci , l'opération du forage
S88 LÉS PUITâ FORÉS.
peut-être oontinuée en toute sûreté. Quand la craie n^est pas épaisse, on se procure beaucoup d'eau à peu de frais. Si répaisseur, au contraire, est considérfiJ)Ie, on sera amplement dédommagé du surcroît de dépense, car Teau venant d'une grande profondeur, aura, comme nous le verrons, ime température trèMlevée, et pourra servir à une multitude d'usages économiques, dont nous donnerons l'indication dans un chapitre de cette Notice.
r § 5.-^ Uy a dans tes terrains stratiâés de grands Ykl^s, de* grandes carêmes.
Quand on a été témoin des artifices complit[ués que les hommes sont obligés de mettre en oeuvre, pour exécuter, même sous de petites dima^ions, des arceaux et des voûtes capables (Je résister à de très-fortes charges, on est peu enclin à supposer que les entrailles de la terre puissent renfermer de grandes voûtes naturelles; mais qu'importe cette disposition de notre esprit , lorsque , à chaque pas, les faits viennent en foule nous détronopen
Tout le mpnde n'a-t-i| pas entendu parler du fameux rocher de Torghat, en Norvège, qui est percé d'outre en outre d'une ouverture rectiligpe de 49 mètres de haut sur près de 1000 mètres de long. Que sont les voûtes construites de main d'homme à côté de celle-là?
La caverne du Guachafo, située dans la vallée de Caripe, du Nouveau-Monde, et dont mon illustre ami, Alexandre de Humboldt , a donné une description si intéressante , à pour entrée une yoûtQ de 23 mètres et demi (72 pieds) de large, percée dans la face à pic d'un immense rocher de Tespèce particulière de calcaire secou-
daire qui est connue sous le nom de calcaire du Jura. Cette caverne conserve toutes les dimensions de la voûte d'entrée et une direction constante, dans une longueur de 472 mètres ( 1453 pieds). La superstition des Indiens n'a pas permis de s'y avancer au delà de 800 mètres, comptés à partir de l'ouverture. Une rivière de 10 mètres (80 pieds) de large, la parcourt dans toute cette étendue déjà visitée de 800 mètres.
La caverne d'Adelsberg, en Carniole, dans laquelle la rivière Poick s'engouffre , et où ses eaux se perdent et renaissent à plusieurs reprises, a déjà été visitée par les curieux dans une étendue de plus de deux lieues. Un grand lac qui ne pourrait être traversé qu'en bateau , a empêché jusqu'ici de pousser l'exploration plus loin. S'il faut en croire les récits des derniers voyageurs, plusieurs des nombreux compartiments dont cette caverne se compose, surpassent en longueur, en largeur et en élévation tes plus grandes cathédrales.
Les fonnations gypseuses offrent aussi des enfilades de grottes liées entre elles par des couloirs plus ou moins étranglés et qui embrassent, quelquefois, des espaces immenses. En Saxe, la grotte de Wimalborg communique avec la caverne de Cresfeld qui en est éloignée de plusieurs lieues.
Comme exemple remarquable de solution de continuité verticale dans un terrain naturel, on cite, d'après Pontoppidan , certain trou peu éloigné de Fréderikshal en Norvège, et dans lequel la chute d'une pierre paraît durer deux minutes. Si l'on pouvait supposer que cette chute s'opère tout d'un trait; que la pierre ne ricoche pas, VL-m. 19
qu'elle ne s'arrête jamais tantôt sur une saillie des parois du trou et tantôt sur une autre, les deux minutes en question, donneraient, pour la profondeur totale du trou de Fréderikshal, au delà de 4000 mètres, c'est-à-dire, 800 mètres de plus que la hauteur de la plus haute cime des Pyrénées.
§ 6. — n existe dans les terraios stratifiés d'immenses nappes d'eau souterraines.
Quel autre nom donner, par exemple, au réservoir où sans relâche, je veux dire en toute saison, s'alimente la fontaine de Vaucluse. A sa sortie des rochers souterrains qui lui ont donné passage, cette source forme une véritable rivière (la Sorgue). Quand elle est le moins abondante, son produit se monte cependant encore, d'après les jaugeages de M. J. Guérin, à 4i4 mètres cubes d'eau par minute. A l'époque des plus fortes crues, elle fournit, dans le même temps, une quantité de liquide trois fois plus grande qu'à l'étiage, ou 1,330 mètres cubes. Dans son état moyen, l'observation donne 890 mètres cubes par minute : près de 1,300,000 mètres cubes par jour, et 468 millions de mètres cubes en une année. Ce dernier nombre, pour le dire en passant, est à peu près égal à la quantité totale de pluie qui, dans cette région de la France, tombe chaque année, sur une étendue de 30 lieues carrées ^.
1. Après les grandes averses, lorsque la crue de la fontaine de Vaucluse s*opère très-rapidement, ses eaux n'ont pas leur limpidité ordinaire. C'est donc, en définitive, Teau de la pluie, perdue dans des fissures, que cette source ramène au Jour. Nos informations ne vont malheureusement pas plus loin. On a prétendu récemment que
L'exemple le plus frappant que Ton puisse citer d'une nappe d'eau souterraine à niveau variable, est celui du lac de Zirknitjs, en Carniole. Ce lac a environ deux lieues de long sur une lieue de large. Vers le niilieu de Tété, si la saison est^èche, son niveau baisse rapidement, et en peu de semaines il est complètement à sec. Alors on aperçoit distinctement les ouvertures par lesquelles les eaux se sont retirées sous le sol, ici verticalement, ailleurs dans une direction latérale vers les cavernes dont se trouvent criblées les montagnes environnantes. Immédiatement après la retraite des eaux, toute l'étendue de terrain qu'elles couvraient est mise en culture, et au bout d'une couple de mois, les payans fauchent du foin ou moissonnent du millet et du seigle, là où quelque temps auparavant ils péchaient des tanches et des brochets. Vers la fin de l'automne, après les pluies de cette saison, les eaux reviennent par les mêmfes canaux naturels qui leur avaient ouvert un passage au moment de leur disparition. L'ordre que je viens d'assigner aux inondations et à la retraite des eaux, est l'ordre moyen ou normal. Les irrégularités atmosphériques le troublent souvent. Il suffit même quelquefois d'une abondante pluie d'orage sur les montagnes dont Zirknitz est enla Durance et le réservoir de Vaucluse communiquaient par des conduits souterrains. Cette hypothèse ne saurait être aujourd'hui utilement discutée , faute de données exactes sur les niveaux comparatifs de divers points du lit de la rivière et du fond de Tentonnoir d'où la fontaine s'élève. Des documents authentiques prouvent que dans cet entonnoir il y a eu, entre la plus grande et la moindre élévation des eaux, une différence de niveau de 21 mètres et demi. Ce fait est assurément difficile à expliquer ; mais qui pourrait se croire autorisé à le laisser de côté?
touré, pour que le lac souterrain déborde, et aille, pendant plusieurs heures, couvrir de ses eaux le terrain supérieur.
On a remarqué parmi ces diverses ouvertures du sol des différences singulières : les une^ fournissent seulement de Teau, d'autres donnent passage à de Teau et à des poissons plus ou moins gros; il en est d'une troisième espèce par lesquelles il sort d'abord quelques canards du lac souterrain.
Ces canards, au moment où le flux liquide les fait pour ainsi dire jaillir à la surface de la terre, nagent bien. Ils sont complètement aveugles et presque entièrement nus. La faculté de voir leur vient en peu de temps, mais ce n'est guère qtfau bout de deux ou trois semaines que leurs plumes, toutes noires excepté sur la tête, ont assez poussé pour qu'ils puissent s'envoler. Valvasor visita le lac de Zirknitz en 1687. Il y prit lui-même un grand nombre de ces canards, et vit les paysans pêcher des anguilles {mustela ftuviatilis) qui pesaient de 1 à 2 kilogrammes ; des tanches de 3 à /i kilogrammes ; enfin des brochets de 10, de 15 et même de 20 kilogrammes.
Ces différences dans les produits^ qu'on me passe l'expression, des diverses ouvertures du lac de Zirknitz, ne sont pas aussi difficiles à expliquer qu'on le croit au premier aperçu. Un tuyau ou canal creusé dans le sol, dont la bouche inférieure descendra au-dessous de la surface du lac souterrain, ne pourra, à l'époque de l'exhaussement dans le niveau du liquide, rien amener au jour de ce qui se trouvera plus élevé que cette bouche. Les ca-
nards nagent à la surface de l'eau; toute issue par le canal plongeant en question» leur est interdite. Si, au contraire, le bout inférieur du tuyau s'ouvre dans l'air, c'est^-dire au-dessus de la surface du lac, il doit paraître tout simple que les canards souterrains s'y réfugient quand le niveau de l'eau s'élève, et qu'à la longue le liquide les pousse jusqu'à la surface. On explique ensuite irès-simplenoent, pourquoi certaines ouvertures ne donnent jamais de poisson , en remarquant qu'un canal peut être très-large dans le haut et se terminer à l'aub^e bout par de petits trous ou d'étroites fissures.
Dans son Voyage en Allemagne^ fait %n 1820, 1821, 1822, M. John Russe ne cite pas des canards, parmi les êtres vivants que le lac inférieur de Zirknitz fait, en quelque sorte, surgir du sol quand il déborde. J'étais disposé à en conclure que ces habitants d'un monde souterrain avaient été entièrement détruits depuis le temps deValvasor, c'est-à-dire depuis 1687; mais M. Landresse m'a confié un itinéraire, dû à Girolamo Agapito, écrit en langue italienne, et imprimé à Vienne en 1825, et dans lequel le lac est représenté encore comme rigur-gitando délie anitre (canards) senza piume e cieche (aveugles).
C'est dans ces mêmes eaux souterraines de la Carniole qu'on a trouvé ce proteus anguinus, qui a excité à un si haut degré l'attention des naturalistes.
Nous avons à Zirknitz, comme on voit, non- seulement ime immense nappe souterraine , mais un lac véritable , avec les poissons et les canards qui peuplent les lacs de la surface.
Je ne m'écarterai point de la route dans laquelle je désire entraîner les lecteurs, en montrant, par deux ou trois citations, que la Camiole n'est pas le seul pays où se trouvent des nappes d'eau souterraines peuplées de poissons; en prouvant que la France, elle-même, possède, quoique sur une plus petite échelle, des lacs de Zirknitz. Ce dernier lac ne sera phis alors un simple accident, une anomalie sans cause assignable; il prendra place, au coptraire, parmi les phénomènes réguliers dont l'existence est liée à la nature du sol, à sa constitution géologique.
J'emprunterai ma première citation à un ouvrage qui a plus d'un siètle d'ancienneté : aux Mémoires de l'Académie des Sciences de 1741. J'y trouve, page 37, qu'il existe près de Sablé, en Anjou, au milieu d'une espèce de lande, une source, ou pour mieux dire , un gouffre de 6 à 8 mètres de diamètre, dont on n'a pas pu déterminer la profondeur; que ce gouffre, connu dans le pays sous le nom de Fontaine sans fond, déborde quelquefois, et qu'ftlors il en sort une quantité prodigieuse de poissons et surtout de brochets truites d'une espèce particuHère. «Il y a lieu de croire, disait ie secrétaire de l'Académie, que tout ce terrain est comme la yoûte d'un lac situé audessous. »
Un puits foré à Elbeuf , à une profondeur de 11 à 12 mètres, et qui donne d'abondantes quantités d'eau, a rejeté plusieurs fois de petites anguilles, selon ce que m'a écrit M. Girardin , l'habile professeur de chimie de Rouen. La nappe d'eau qui alimente ce puits se trouve dans les sables verts et gris, et est inférieure à la craie. Vingt-quatre heures après un orage ou une pluie violente,
Teau jaillit toute trouble et chargée d'une grande quantité d*argile où de sable.
A l'autre extrémité de la France, dans le département de la Haute-Sôône, près de Vesoul, un entonnoir naturel, appelé Frais Puits ^ présente des phénomènes du même genre. En été et en autonme, lorsqu'il a plu très-abondamment deux ou trois jours de suite, l'eau s'échappe en bouillonnant par l'ouverture du Frais Puits et forme un véritable torrent qui se répand sur toute la contrée environnante. Après ce débordement, dont la durée est seulement de quelques heures, on trouve quelquefois des brochets à la surface des champs et des prairies que les eaux provenant du Frais Puits avaient inondées.
§ 7. — U y a^ môme dans des pays plats^ des cayités sonterraines^ dans lesquelles des rivières s'engouffrent tout entières.
Ce phénomène avait vivement excité l'attention des anciens. Ainsi Pline citait déjà parmi les rivières qui disparaissent sous terre, l'Alphée, du Péloponèse, le Tigre, de la Mésopotamie, le Thnavus, du territoire d'Aquilée, etc., etc. Il rangeait aussi le Nil dans là même catégorie, car il le faisait perdre l'espace de trois journées de marche, avant son entrée dans la Mauritanie césarienne, et sur une étendue de vingt de ces mêmes journées, sur les frontières de l'Ethiopie. Venons à des exemples plus voisins de nous, plus constatés, plus étudiés.
La Guadiana se perd dans un pays plat, au milieu d'une immense prairie. Voilà pourquoi les Espagnols, quand on leur parle avec éloge de quelque grand pont de
France ou d'Angleterre ^ répliquent qu'il en eïîste un en Estramadoure, sur lequel cent mille bêtes à cornes peuvent pattre à la fois.
La Meuse se perd à Bazoilles. Il ne parait pas que cette perte soit très*ancienne. Le lit primitif, quoique cultivé, dit M. Héricart de Thury, se voit encore très-distinctement au-dessus du lit souterrain.
La Drôme, en Normandie, se perd complètement au milieu d'une prairie, dans un trou de 10 à 12 mètres de diamètre, connu des habitants sous le nom de Fosse de Soucy ; mais elle n'arrive jamais à ce gouffre que trèsaffaiblie. D'autres trous situés dans la même prairie, quoique moins remarqués, boivent (c'est l'expression locale) la plus grande partie de ses eaux.
Dans la même région de la France, La Rille, l'Iton, l'Aure, etc., se perdent aussi petit à petit II y a, de distance en distance, dans les lits de ces rivières, des trous nommés bétoirs, dont chacun absorbe une portion des eaux de la surface. A son arrivée au bétoir qui amène sa diq[)arition totale, la rivière se trouve ordinairement ré- . duite à un simple filet.
Il ^rait facile de multiplier ces citations, même en se bornant aux rivières qui disparaissent complètement Que serait-ce donc, si des jaugeages biei) exécutés, avaient fait connaître tous les cas 4ans lesquels il n'y a que perte partielle? On peut citer, par exemple, la perte du Rhône près du Fort de l'Écluse, perte qui est visible lors des basses eaux. On verra plus loin que la Loire pourrait bien devoir prendre place dans cette môme catégorie.
Il y a souvent, dans les terrains stratifiés, des nappes
liquides distinctes à diverses profondeurs. Les travaux entrepris pour chercher la houille, près de Saint-Nicolas d'Aliennont, à quelque distance de Dieppe, y ont fait reconnaître sept grandes nappes d- eau très-abondantes. Voici leurs positions respectives :
1'^ nappe de 25 à 30 mètres de profondeur.
3* — à 100 mètres,
â* — de 175 à 180 mètres.
V — de 210 à 215 mètres.
5* — à 250 mètres.
6* — à 287 mètres.
r — ........ à 333 mètres.
Toutes les nappes étaient douées d*une force ascen* sionnelle très-grande.
Pendant le percement des puits de la gare Saint-Ouen, MM. Flachat rencontrèrent cinq nappes d'eau bien distinctes et susceptibles d'ascension ;
La 1** à 36 mètres. de profondeur.
2* à hh mètres et demL
3* à. . • 51 mètres et demi.
k* à 59 mètres et demL
5* à 66 mètres et demi.
Les mêmes ingénieurs reconnurent quatre de ces nappes en sondant, dans une profondeur de 65 mètres^ le terrain de Saint-Denis, sur la place de la poste aux chevaux.
A Tours , les trois nappes ascendantes reconnues par M. Degousée, se trouvèrent sous le terrain de la place de la cathédrale;
La l** (t 95 mètres de profondetir.
2* à 112 mètres.
3* à 125 mètres.
Les sondages des environs de Londres OQt traversé
aussi plusieurs étages de nappes aqueuses; j*en dois dire autant de ceux qu'on a exécutés dans les États - Unis d'Amérique.
Il y a quelquefois, au sein des massifs minéralogiques stratifiés, outre les nappes liquides tout à fait ou presque tout à fait stationnaires, des nappes d*eau courante, de véritables rivières souterraines qui coulent assez rapidement dans les intervalles vides, compris entre certaines couches imperméables.
Par le nom de cours d*eau souterrains, je n'entends désigner ici, ni les rivières qui, telles que le Poick de la Carniole^ s'engouffrent dans les immenses cavernes d'une montagne, ni les rivières qui en ^rtent à la manière de celle du Guacharo. Je veux parler de cours d'eau, qui se sont pour ainsi dire substitués à certaines couches, à certaines assises du terrain originaire, et en remplissent complètement la place.
On éprouvera peut-être quelque surprise, si j'annonce dès l'abord que, sous le sol de. Paris et de ses environs, il existe de ces petites rivières souterraines. Au surplus, en voici la preuve :
Des ouvriers perforaient le terrain près de la barrière de Fontainebleau, dana un établissement connu sous le nom de Brasserie de la Maison Blanche. Gomme d'habitude, les progrès de ce travail étaient lents ; mais voilà que , tout à coup , la sonde s'échappe de leurs mains : ils la voient s'enfoncer brusquement de 7 mètres et demi. Sans la manivelle placée transversalement dans l'œil de la première tige et qui ne put passer par le trou déjà fait, la chute se fût probablement continuée.
Lorâqu'op essaya de retirer la sonde, il devint évident qu'elle était comme suspendue ; que sa pointe inférieure ne reposait pas sur un terrain solide ; qu'un fort courant enfin, la poussait latéralement et la faisait osciller. Le jaillissement rapide des eaux de ce courant inférieur , ne permit pas de pousser les observations plus loin.
A la gare Saint-Ouen , MM. Flachat reconnurent que la troisième des cinq nappes liquides ascendantes dont leur opération fit découvrir l'existence, coule dans une cavité de près d'un demi-mètre de hauteur. La sonde, en effet, y tomba de 0".85. Le courant doit y être très-fort, car il imprimait à la sonde un mouvement oscillatoire très-sensible. Ce double résultat (l'existence et la force du courant) peut se déduire aussi avec certitude, d'un autre fait curieux : quand la tarière, chargée des débris des couches qu'elle avait attaquées, devait, en rerpontant, passer à la hauteur de la troisième nappe liquide, il n'é^ tait pas nécessaire de la ramener jusqu'à la surface, car à la hauteur en question tous ces débris étaient emportés. Les nappes stagnantes, comme de raison, ne produisaient rien de pareil.
A Staîns, près de Saint-Denis , M. Mulot a rencontré aussi , à 64 mètres de profondeur, un cours d'eau souterrain dans lequel la tarière s'est enfoncée subitement d'un mètre.
A Conneilles, département de Seîne-et-Oise, la sonde, arrivée dans les plâtres à la profondeur de 72 mètres, oscillait, dit M. Degousée, sous l'action d'tin courant inférieur très-rapide, comme le balancier d'un pendule.
Voici une preuve plus démonstrative encore que toutes
celles qu'on vîent de lire, de Texistence d'une rivière souterraine sous la ville de Tours.
Le âO janvier 1831, le tuyau vertical de la fontaine jaillissante de la place de la cathédrale, à Tours, ayant été raccourci d'environ k mètres, lé produit en liquide, comme de raison , devint aussitôt plus grand. L'augmentation fut d'environ un tiers; mais l'eau, auparavant trèslimpide^ ayant reçu un accroissement subit de vitesse, se troubla. Pendant plusieurs heures, elle amena de la profondeur de 109 mètres (335 pieds), des débris de végétaux «parmi lesquels on pouvait reconnaître, dit M. Dujardin, des rameaux d'épines, longs de quelques centimètres, noircis par leur séjom* dans l'eau ; des tiges et des racines encore blanches de plantes marécageuses; des graines de plusieurs e^èces dans un état de conservation qui ne permettait pas de supposer qu'elles eussent séjourné plus de trois ou quatre mois dans l'eau. Parmi ces graines on remarquait surtout celles d'un caille -lait qui croit dans les marais; on y trouvait enfin des coquilles d'eau douce et terrestres. Tous ces débris ressemblaient à ceux que les petites rivières et les ruisseaux laissent sur leurs bords après un débordement. »
Ces faits établissent invinciblement que les eaux de la troisième nappe souterraine de Tours, ne résultent pas, du moins en totalité, d'une filtration à travers des couches de sable. Pour qu'elles puissent entraîner des coquilles, des morceaux de bois, il faut qu'elles se meuvent librement dans de véritables canaux *•
1. De ce que les graines, en arrivant à Tours, n^étaient pas décomposées, M. Dujardin fixe à moins d'un an la durée du séjour
S'il paraissait nécessaire d'ajouter encore cpielque chose aux preuves que je viens de donner de l'existence de rivières souterraines rapides, dans des terrains où naguère on était certainement loin de les soupçonner, les phénomènes de la célèbre fontaine de Nîmes mériteraient d'être cités.
Dans les grandes sécheresses, le produit de cette fontaine se réduit quelquefois à 1,330 litres par minute; mais, qu'il pleuve fortement dans le nord-ouest de la ville, jusqu'à 10,000 à 12,000 mètres de distance, et trèspromptement, d'après ce que M. Valz m'a rapporté, une crue de la fontaine se manifeste; et à son faible débit de 1330 litres par minute, en succède uq de 10,000 litres, et malgré cette énorme augmentation de volume, la température de l'eau ne varie presque pas.
En résumé, s'il pleut seulement au loin dans la direc-
qu'elles avalent pa faire dans reau. L'époque de leur maturité est rautomne; elles lurent recueillies en janvier; ainsi le trajet a dû être d'environ quatre mois. Ces remarques ne seront probablement pas contestées. Je n'oserais pas en dire autant de cette opinion du même naturaliste, que l'origine des eaux des fontaines artésiennes de Tours, doit être nécessairement cherchée dans quelque vallée humide de l'Auvergne ou du Vivarais.
« Pierre de la Vallée rapporte que. dans les îles Strophades, selon le récit que lui en firent les religieux qui les habitent, il y a une fontaine qui doit avoir sa source dans la Morée , et qu'ils croient venir de ce lieu de terre-ferme jusque dans ces lies par-dessous la mer. En effet, il sort dssez souvent, avec Teau de cette fontaine, des choses qui ne peuvent venir que de là. U en est sorti une fois une tasse à boire, faite d'une courge garnie d'argent »
Je m'empresse de dire que cette citation est tirée de l'ouvrage de Pierre Perrault intitulé ; De l'Origine des f mitaines . pans le siècle où nous vivons, il ne faut rien rapporter d'extraordinaire sans faire ses réserves»
tion du nord-ouest, la fontaine de Nîmes augmente ; ainsi son eau vient de loin, par de longs canaux, ce que confirme d'ailleurs la constance de sa température dans les crues les plus fortes et les plus subites. La crue succède à la pluie à de courts intervalles; ainsi Teau a franchi rapidement de grands espaces, ce qui n'est nullement le caractère d'une infiltration, quelque perméabilité qu'on voulût d'ailleurs attribuer au terrain. La fontaine de Nîmes est donc alimentée par une ou plusieurs rivières souterraines,