‹ Œuvres Completes Volume 7Chapitre 118 sur 183 · DE LA MÈRE DE CHASTEL A S. FRANÇOIS DE SALES · texte numérisé non relu

DE LA MÈRE DE CHASTEL A S. FRANÇOIS DE SALES

La mère de Chastel , jugeant que ses infirmités habituelles ne lui permettoient pas de s'acquitter de sa charge de Supérieure, demande au Saint d'accepter sa démission.

Vers le mois de mai 1621.

Monseigneur, L'infirmité dont je suis accablée m'abbat de telle sorte, que j'en viens quelquefois jusques dans l'ennuy et le degoust de ma vie. Dieu, m'ayant donné une si grande aversion naturelle pour les charges, me fait assez connoistre par ce chastiment qu'il ne me les a point destinées. Je ne croy plus pouvoir en conscience tenir une place que je ne mérite pas. C'est faire une injustice à mes Seurs, qui sont les espoiises de Jesus-Christ, de leur laisser plus long-temps une Supérieure incapable de les servir à cause de ses infirmités, aussi bien que de les instruire, et indigne de les gouverner par sou défaut de conduite. Ce reproche me ronge continuellement le cœur; et ce ver s'attachant immédiatement à cette première €t maistresse partie, tout le reste de mon corps se rend à la douleur, et demeure sans force et sans courage, erc

* Tirée de la Vie de la mère de Chastel, par la mère de Changi. C'est la 571* de Biaise.

LETTRE

DE S. FRANÇOIS DE SALES A LA MÈRE DE CHASTEL, Réponse à la lettre précédente.

Vers le mois de mai 1G21.

Je le croy bien , ma très chère Fille , que ce seroit vostre advis que nous voulussions vous oster la charge et la qualité de Mère; mais ce n'est nullement le nostre.

Helas! ma chère Fille, croyés-vous que nostre Dame fut \ûoins la mère de nostre Seigneur lorsqu'elle parut outrée de douleur, et qu'estant accablée d'ennuys, et toute submergée d'aiïliction, elle respiroit ^ cette parole: Oui, monFilz, parce quiHl vous plait amsy^, que lorsque, d'un accent magnifique et d'un cœur tressaillant de joye , elle chanta h céleste cantique de son Magnificat? Ne craignes point de mal édifier nos Seurs. Dieu y pourvoira. Voslre cœur est naïf, rond et sincère; vostre chemin est bon , et je n'y treuve rien à redire, sinon que vous considérés trop scnpuleusement vos pas, par la crainte de tomber. Dequoy vous mettés-vous tant ea peine? Dieu est si bon ! ne vous empressés point tant pour luy, car il en reprit Marthe; ne veuilles point estre si parfaite.

S. Paul vous advertit qu'zV ne faut pas estre plus sage qu il ne faut *. N'examinés point tant vostre ame de ses pro-

* Tirée de la Vie de la mère de Chastel, par la mère de Changi. C'est la 572*de Biaise. •— » Il faudroit peut-être lire répétait,

' Ita, Pater, quoniam sic fuit placitum ante te. Malth., XI, 26.

* Dico... omnibus v^ui sunl inter vus, non plus sapere quàm oportet sapere^ sed sapere ad sobrietatem. JRom., XII, 3.

r>E s. FRANÇOIS DE SALES. 441

grés; il vous est utile d'ignorer vos grâces et les richesses que vous avés acquises devant Dieu : soulagés voire pauvre cœur, que je chéris paternellement devant Dieu, et Dieu veut que j'aye de la consolation à le dire. Demeurés donc paisible , ma très chère Fille ; soyés mère , et bonne mère , tout autant que Dieu vous l'ordonnera.

CGXXXVF.

LETTRE

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