‹ Œuvres Completes Volume 7Chapitre 90 sur 183 · A UNE DAME 3IARIÉE , A GRENOBLE · texte numérisé non relu

A UNE DAME 3IARIÉE , A GRENOBLE

la bienheureuse mère de Chantai ayant consommé la foadation du monastère de Sainte-Marie de Grenoble, et voulant repartir pour Annecy, laissa, pour continuer la bonne œuvre à sa place, la mère Péronnc-Marie de Chastel. Il rengage à consoler la mère de Chastel du départ de la mère de Chautal, en attendant qu'il puisse lui écrire à elle-même.

Annecy, 10 mai 1618.

Pour moy, ma chère Fille, je n^escris à ce coup qu'à vous ; car je m'imagine (jue la bonne mère ^ sera partie, et <ie porteur est à un personnage qui fait profession d'estre des grandes connoissances de Monsieur vostre mary, et ne me donne que ce moment pour vous escrire. Mais que vous diray-je? Ceux qui n'ont qu'une volonté et qu'un cœur, c'est à dire ceux qui pour tout ne cherchent que le divin amour céleste, et que la volonté et le cœur du Sauveur régnent, ilz sont inséparables. C'est pourquoy, ma tres- €here Fille, prenés la peine, je vous prie, de dire cela de ma part à ma seur Peronne Marie ^, laquelle, au départ de cette cheve mère *, sera, je pense, un peu attendrie; mais qu'elle soit asseurée que Dieu l'assistera en sa besoigne ; et à la pre^ miciv commodité je luy escriray moy-mesme. Cependant vives toutes à ce cœur et pour ce cœur du Sauveur, ma très

' Tirée du premier monastère de la Visitation, à Marseille. C'est la 435« da la collection-Biaise.

* De Chantai. Après avoir fondé un monastère de la Visitation à Grenob le «lie y avoit laissé la mère de Chastel en qualité de Supérieure,

3 De Chastel. — * De GhantaL

chère Fille, et je suis, certes, vostre très parfaitement, et tostre serviteur, etc.

Madame la Présidente Leblanc sçayt bien ce que je luy suis ; et, pressé de donner vistement ce billet, je ne luy puis escrire. Je la salue néanmoins de tout mon cœur.

LETTRE

A M. DE FORAX, GENTILHOMME DE LA CHAMBRE DE M. LE DUC DE NEMOURS, A PARIS^

Il lui demande des nouvelles du mariage du duc de Nemours.

18 mai 1618.

Monsieur mon frère.

Quelle apparence y auroit-il de laisser partir ce porteur de mes amis et confrères, sans luy donner ces quatre motz r car ne faut-il pas, le plus souvent que Ton peut, ramentevoir cette juste et inviolable affection plus que fraternelle que mon cœur a envers vous ? Il est vray, Monsieur mon très cher frère, plus l'honneur et le bien de vous revoir m'est différé, plus ce sentiment va croissant en moy.

Au reste, on nous a annoncé de toutes parts le mariage de sa Grandeur; mais j'attens que vous me le faciès sçavoir avant que j'en tesmoigne ma joye, comme je dois, àsadite Grandeur, avec laquelle je me resjouirois bien davantage, fii on ne nous asseuroit pas, par la mesme nouvelle, qu'elle se résout de ne venir plus icy. Or sus , la Providence divine sçayt ce qu'elle a à faire de nous. Cependant aymés tousjours constamment, Monsieur mon frère, celuy qui à jamais^

» Communiquée par M. le curé de l'église Saint-Louis de Paris. C'est la 437* de la collection-Biaise.

gaD.s cesse et sans reserve, est et veut estre vostre , etc. On dit tous-jours que M. le Cardinal fera son voyage, et que je l'accompagneray.

CXG.

A MONSIEUR DE FORAXw n se rêjouU du mariage de monseigneur le duc de Nemours.

Après le 18 mai 1618.

En somme il est donc vray, Monsieur mon frère, que les estoilles ne sont plus en veuë quand le soleil Test sur nostre horizon, et qu'ainsy ce grand contentement que vous contemplés au mariage de Monsieur vous vaut tellement, que nous ne sommes plus en mémoire. Or sus, nous nous resjouissons, certes, avec vous, et de tout nostre cœur, de ce mesme bonheur, que nous estimons grand ; mais nous avons sceu cette heureuse nouvelle à tastons, ramassant çà et là les asseurances que nous en avions parmi le bruit qui s'en faysoit ; car ni Monsieur, ni aucun de sa part, ni nul homme du monde ne nous en a donné aucun advis. Mais Dieu soit loué, et veuilîp multiplier ses bénédictions sur cette sainte liaison ; et vous , Monsieur mon frère , passé ces premiers ravissemens que la grandeur de vostre joye vous donne ,. vous vous demettrés, je m'asseure, à nous vouloir encor un peu gratifier de vostre bienveuillance : cependant croyés que quant à moy, je demeure immobile en l'affection que j'ay de vivre à jamais vostre, etc.

1 Tirée de la communauté du Séminaire, à Issy. C'est la 488* de la oolleg? tion-Blaise.

CXCÏ.

LETTRE

A MADAME DE CHANTAL

Le Saint lui rend compte de Tétat où il trouvoit ses filles , et lui parle de

quelques autres affaires particulières.

30 mai 1618.

Il me tardoit bien fort , ma très chère et plus que tendre Mère, de vous escrire dés icy, où je suis arrivé, grâces à Dieu, en bonne santé : mais quel moyen , je vous prie, à cet abord, par le flux et reflux de visites, et quelques affaires que j'ay treuvées pour Piedmont et Italie? Certes, je n'ay esté que deux fois voir nos chères Seurs, qui sont fort bien. Ma seur A. jMarie est fort dévotement sage , comme vous n'en doutés pas : ma seur Paule Hieronyme, à ce qu'on m'a dit, fait merveille, et vostre économe fait des miracles; hormis que ma seur A. Jacqueline luy parle tous-jours savoyard et de la monnoye de Savoye, et elle ne l'entend pas, il faut des truchemens.

Hier je permis à la seur Louise Marie d'aller voir sa mère en la compaignie de ma seur A. Marie , parce qu'on ne la pou voit faire résoudre à se confesser, quoy ((u'elle fut en tel danger, que les médecins croyoient qu'elle ^leust mourir cette nuict, ce que toutefois elle n'a pas fait, encor bien qu'à ce qu'on dit elle ne puisse pas aller loin. On luy a parlé de 800 florins qu'elle avoit promis à la Mayson ; mais elle a remis à le faire quand elle pourra au déçu ^ de son mary : on couçt donc fortune de les perdre.

^ Communiquée par M. l'abbé de Bourdeine, de la cathédrale de Troyes. .C'est la 441e de la collection-Biaise. — 2 n faut peut-être lire ici décès.

Les Pères de saint Dominique semblent vouloir m'ohlisjer du jardin, sans nous contraindre de vouloir Je jardin des Barnabites : toutefois je ne vois encor rien d'asseuré.

Le nous et iiostre ne me desplait pas, et toutefois il faudrra le modérer, en sorte que par trop grande habitude de parler ainsy, on ne rende pas les défauts, péchés, imperfection» communes, et les confessions inintelligibles aux confesseurs estrangers; et partant il semble qu'il sufïlroit de dire nous et nostre de tout ce qui est vj'ayement commun , comme nostre chambre, nostre chapelet, nostre travail, nostre seur, nostre mère, nostre exercice : car on peut bien dire , je n'ay pas fait no^s!f'e exercice du matin, je n'ay pas esté à nostre disner, j'ay/^)ensé dans nostre lit, et semblables.

Si pour ne point différer de donner l'habit à nostre seur de Collesien jusques après vostre départ. Monseigneur de Chalcedoine veut dispenser du lems du premier essay, il faut excej)ter * la dispense pour cette fois, et le supplier par après de n'en point dispenser que pour de dignes sujets, attendu que la Reigle de cet essay est fort utile à la Congrégation.

J'ay envoyé à ma seur A. Marie , pour avoir le double du contrat de M. le premier Président.

Et à propo^ de M. le Président, jMadame la Première me fit entendre, en passant à Chambery, qu'elle desiroit bien que sa lille * fut envoyée à Turin ^, si on la pouvoit bonnement retirer de Lyon , ce que je ne pense pas. Madame de la Rode m'en a dit autant de la sienne, et par conséquent vous voyés, ma chère Mère, quïl y a un peu de cou ideration humaine en ces bons Pères; néanmoins je vous dis tout, aiïîn que vous le consideriés et ruminiés pour vostre retour, l.t peut-estre qu'on ne me demande des Seurs de deçà que poiu' un court emprunt : mais laissons cela.

Je parîeray à Madame Carra, qui ne presse nullement la

» C'est pout-étre accepter qu'il faudroit ici. — * La mère A. Jacquiiiiiif Ftivrc. — ' l^Jiir lii fondation d'u^i monastère.

3^2 OfUSCULES

réception de sa fille, et luy est indiffèrent que ce soit ou un jour ou l'antre. Ma seur Françoise Marguerite, ce me semble, n'aura achevé son année de probation que la veille de S. Claude, avec ma seur Michel et ma seur Claude Jacqueline.

Je seray bien marry si le mariage de M. de Chantai * ne retiscit au gré de ceux qu'il regarde, et ne m'estonne pas toutefois si la hczine Madame Tistard va un peu moins rondement que nous n'avons pas fait de nostre costé; car elle n'a pas peut-estre encor bien despouillé la robe du monde, ni perdu la coustume de parler selon la sagesse du monde. Je serois pourtant bien ayse de sçavoi.* en gros comme cela se sera passé, ne me pouvant empescher d( cette curiosité, à cause du contentement que je souhaitte à vostre Celse Bénigne, et certes encor à cette fille que je chéris pour l'amour de ma très chère mère, comme si c'estoient mes frères et seurs.

Je consens très librement que ma seur Peronne Marie * communie troys, voire quatre et plus encor de foi« (a semaine, jusques à l'édition des Règles, et que tous-jours une des Seurs communie avec elle ; et quand elle ne communiera pas , qu'une Seur communie, en sorte que tous-jours quelques communions se facent tous les jours : car je me confirme tous-jours plus au désir que je vous ay communiqué , qu'en cette Congrégation la communion y soit quotidienne de quelques-unes des Seurs à tour, pour les souhaits que le sacré Concile de Trente fait de voir que quelqu'un communie à chaque Messe , ainsy que je le declareray plus à pleines Règles.

Je croy fermement que ma seur B. M. m'ayme singU' lierement, et n'a pas tort, ni aussi Madame de Gramieux^ qui m'est à la vérité précieuse. J'ay envoyé à ma seur Françoise Marguerite pour faire arrester les mille ducatons d

» Celse-Benigiie de Chantai, fils de la bienheureuse mère de Chantai. * De Chastel.

Dole. On me tourmente fort icy à l'occasion de vostre passage à Lyon, d'autant, dit-on, qu'il vous pourroit causer du mai; à quoy je vous supplie de prendre soigneusement garde : car pensés si rien m'est si cher après la sainteté de nostre ame, que la santé de ma mère. Je pense que j'ay tout dit quant aux affaires.

Faites-vous hardiment communiquer les lettres que j'ay escrittes à ma seur B. M.; car il y en a, à mon advis, qui sont bien bonnes. Puisque vous voulés tout avoir, j'en ay escrit une bonne une fois à M. Madame de Vissilieu ; et si j'ay le loysir, j'en escrirai une autre à Madame de la Baume, et vous l'enverray en cachet-volant ; mais il la faudra bien, cacheter : car je ne sçai pourquoy, mais il est vray que les advis secrets frappent mieux le cœur, jusques à ce qu'on soit fort avancé au renoncement de son propre amour. Je salue d'un cœur incomparablement paternel toutes nos chères filles, que j'ayme tous les jours plus, m'estant advis que je dois cela à l'affection qu'elles ont de servir Dieu. En somme, je me repose en vous comme en moy-mesme pour bien faire mes honneurs et mon amour envers les bénites âmes qui m'ayment pour l'amour de nostre Seigneur. Il faut remettre les lettres que j'escriray à Madame de la Baume et à Monsieur de Pizançon et à Madame Odoyer, à Monsieur Durme, afîîn qu'il les rende, car il le désire.

Madame la Conseillère Le Maistre me prie de la vous recommander ; et sans doute elle a besoin qu'on assiste son ame, pleine de bonne volonté , mais un peu sujette aux abbatemens de \o*jurage et de melancholie ; c'est pourquoy il la faut encourager, et un peu prendre par la main. Yivés toute en la vie et en la mort de celuy qui vit pour nous faire mourir à nous-mesmes , et est mort pour nous faire vivre k luy-mesme. Ainsj soit-il, ma très chère et très unique Mère. Amen.

Je ne vous dis rien de M. de Bouqueron et de ses filles;

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