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Je serais fort en peine d'expliquer et de définir exactement l'espèce de plaisir que j'éprouvais dans cette circonstance. Tout ce que je puis affirmer, c'est qu'il n'avait rien de commun avec celui que m'avait fait ressentir, quelques
momensplus tôt, l'aspect delà voie lactée et du ciel étoile. Cependant, comme, dans les situations les plus embarrassantes de ma vie , j'ai toujours aimé me rendre raison de ce qui se passe dans mon ame , je voulus à cette occasion me faire une idée bien nette du plaisir que peut ressentir un honnête homme lorsqu'il contemple la pantoufle d'une dame , comparé au plaisir que lui fait éprouver la contemplation des étoiles.
Pour cet effet, je choisis dans le ciel la constellation la plus apparente. C'était, si je ne me trompe, la chaise de Cassiopée , qui se trouvait au-dessus de ma tête , et je regardai tour à tour la constellation et la pantoufle , la pantoufle et la constellation. Je vis alors
que ces deux sensations étaient de nature toute différente : l'une était dans ma tête, tandis que l'autre me semblait avoir son siège dans la région du cœur. Mais ce que je n'avouerai pas sans un peu de honte , c'est que l'attrait qui me portait vers la pantoufle enchantée absorbait toutes mes facultés. L'enthousiasme que m'avait causé quelque tems auparavant l'aspect du ciel étoile n'existait plus que faiblement, et bientôt il s'anéantit tout-à-fait, lorsque j'entendis la porte du balcon se rouvrir, et que j'aperçus un petit pied, plus blanc que l'albâtre, s'avancer doucement et s'emparer de la petite mule! Je voulus parler; mais, n'ayant pas eu le tems de me préparer comme la première fois ,
je ne retrouvai plus ma présence d'esprit ordinaire , et j'entendis la porte du balcon se refermer avant d'avoir imaginé quelque chose de convenable à dire.