‹ Œuvres complètesChapitre 53 sur 148 · X. DE MAISTRE · texte numérisé non relu

X. DE MAISTRE

devait la monter, et lui annoncer cette triste nouvelle ; mais l'idée de se lever tout de suite, de mettre ses guêtres, et de sortir ainsi sans y avoir pensé la veille, le troublait tellement, qu'il aimait mieux faire dire qu'il était malade, et ne pas sortir de chez lui. Il mettait donc sa robe de chambre et renvoyait le perruquier ; cela lui donnait un air pâle, malade, qui alarmait sa femme et toute la famille. — Il se trouvait réellement lui-même un peu défait ce jour- là.

Il le disait à tout le monde, un peu pour soutenir la gageure, un peu aussi parce qu'il croyait l'être tout de bon. — Insensiblement l'influence de la robe de chambre opérait : les bouillons qu'il avait pris, bon gré mal gré, lui causaient des nausées ; bientôt les parents et les amis envoyaient demander des nouvelles : il n'en fallait pas tant pour le mettre décidément au lit.

Le soir le docteur Ranson (1) lui trouvait le pouls concentré, et ordonnait la saignée pour le lendemain. Si le service avait duré un mois de plus, c'en était fait du malade.

Qui pourrait douter de l'influence des habits de voyage sur les voyageurs, lorsqu'on réfléchira que le pauvre comte... pensa plus d'une fois faire le voyage de l'autre monde pour avoir mis mal à propos sa robe de chambre dans celui-ci ?

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