‹ Œuvres complètesChapitre 77 sur 148 · X. DE MAÎSTRE · texte numérisé non relu

X. DE MAÎSTRE

quelle était la violence de ma situation. Je n'osais faire la moindre exclamation, de peur d'effaroucher ma belle voisine, ni le moindre mouvement, de peur de tomber dans la rue. Un soupir m'échappa cependant malgré moi ; mais je fus à temps d'en retenir la moitié ; le reste fut emporté par un zéphyr qui passait, et j'eus tout le loisir d'examiner la rêveuse, soutenu dans cette position périlleuse par l'espoir de l'entendre chanter encore. Mais, hélas ! sa romance était finie, et mon mauvais destin lui fit garder le silence le plus opiniâtre. Enfin, après avoir attendu bien longtemps, je crus pouvoir me hasarder à lui adresser la parole : il ne s'agissait plus que de trouver un compliment digne d'elle et des sentiments qu'elle m'avait inspirés. Oh ! combien je regrettai de n'avoir pas terminé mon épître dédicatoire en vers ! comme je l'aurais placée à propos dans cette occasion ! Ma présence d'esprit ne m'abandonna pas au besoin. Inspiré par la douce influence des astres et par le désir plus puissant encore de réussir auprès d'une belle, après avoir toussé légèrement, pour la prévenir et pour rendre le son de ma voix plus doux : « Il fait bien beau temps cette nuit, » lui dis-je du ton le plus affectueux qu'il me fut possible.

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