‹ ŒuvresChapitre 36 sur 62 · CHAPITRE X · texte numérisé non relu

CHAPITRE X

De Tadmiiiutralioii de la justice.

Xj'adhiitisth&tioh de ta justice conteDtieuse est le seul article que les sultans aient soustrait au pouvoir exclusif des pachas, soit parce qu'ils ont senti l'ènormité des abus qui en résulteraient, soit parce qu'ils ont connu qu'elle exigeait un temps et des connaissances que leurs lieutenants n'auraient pas; ils y ont préposé d'autres officiers qui, par une sage disposition, sont indépendants du pacha; mais comme leur juiidiction est fondée sur les mêmes principes que le gouvernement, elle a les mêmes inconvénients.

Tous les magistrats de l'empire appelés qâdis , c'est-à-dire , y>^«5 , dépendent d'un chef principal qui réside à Constantinople. Le titre de sa dignité est celui de qâdi'el-askar (i), ou juge de l'armée^ ce qui indique, ainsi que je l'ai déjà dit, que le pouvoir est absolument mtUtaire, et réside'entièrement dans l'armée et dans son chef. Ce grand qâdi nomme les juges des villes .capitales, telles qu' Alep , Damas, Jérusalem , etc. Ces juges , à leur

(i) Vulgo eMlilesqiiier.

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tour, en nomment d'autres dans les lieux de leurs dépendances. Maïs quel est le titre pour être nommé? Toujotu^ l'aient. Tous ces emplois, comme ceux du gouTemement, sont livrés à l'enchère, et sont égalemetit afiFermés pour un an. Qu*arrive-t-ii de là? Que les fermiers se hâtent de recouvrer leurs avances, d'obtenir l'intérêt de leur aident, et d'en retirer même un bénéfice. Or, quel peut être l'effet de ces dispositions dans des hommes qui ont en main la balance où les citoyens viennent déposer leurs biens ?

Le lieu où ces juges rendent leurs arrêts, s'appelle le màhkamé, ou lieu du jugement: quelquefois c'est leur propre maison; jamais ce n'est un lieu qui réponde à l'idée de l'emploi sacré qui s'y exerce. Dans un appartement nu et en dégât, le qâdi s'assied sur une natte ou sur un mauvais tapis. A ses côtés sont des scribes et quelques domestiques. La porte est ouverte à tout le monde : les parties comparaissent; et là, sans interprètes, sans avocats, sans procureurs, chacun plaide luimême sa cause : assis sur les talons, les plaideurs énoncent les ^ts, discutent, répondent, contestent, alimentent tour à tour; quelquefois les débats sont violents; mais les cris des scribes et le bâton du qâdi rétablissent l'ordre et le silence. Fumant gravement sa pipe, et roulant du bout des doigts la pointe de sa barbe, ce juge écoute, internée, et finit par prononcer un arrêt sans

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appel, qui n'a que deux mob tout au plus de délai : Us parties, toujours peu contentes, se retirent cependant avec respect , et paient un salaire évalué le dixième du fonds, sans réclamer contre ta décision, parce qu'elle est toujours motivée sur l'inÊiillible Qôran.

Cette simplicité de la justice, qui ne consume point en frais provisoires, accessoires, ni subséquents, cette proximité du tribunal souverain qui n'éloigne point le plaideur de son domicile, sont, il faut l'avouer, deux avantages inestimables; mais il faut convenir aussi qu'ils sont trop compensés par d'autres abus. £n v4in quelques écrivains, pour rendre plus, saillants les vices de nos usages, ont vanté l'administration de la justice chez les Turks; ces éloges, fondés sur une simple con. naissance de théorie, ne sont point justifiés par l'examen de la pratique. L'expérience journalière constate qu'il n'est point de pays où la justice soit plus corrompue qu'en ^3rpte, en Syrie, et sans doute dans le reste de la Turkle (i). La vénalité n'est nulle part plus hardie, plus impudente: on peut marchander son procès avec le qddi, comme l'on marchanderait une denrée. Dans la foule, il se trouve des e>Kerople3 d'équité, de sa.gacité; mais ils sont rares, par cela même qu'Us

(i) Foyn à ce sujet les observations de Porter, Féùdent anglais à ConttBDtinople.

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sont cit^. ÏjS coraoptÎMB est babitiielle, générale; et Gonment ne le serait*«Ue pas, qiraid l'intëgrité peut d^renir onérévso, et l'iisprobité lacrative; quand chaque ^âdi, arbitra ea àenûér ceMort, De craint ni révision , m dkl^Hnent; t|uand enfin le déËiut de lois claires et précisas offre aux passions niiU« moyens d'-évitr^ ik htmte d'une injustice évidente, «b ouvrant lés sentiOTG tortseux des interpnétations et des oonnaentaites? Tel est l'état de la jurisprudenee chez les Tui^, qu'd n'existe aiicun code public et notoire, où les particolieffs. puissent sqiprendre qaels sont kurs droits reepectiCs. La plupart dbs jugemeùts sont Ibndës stv des coutumes non écritea^ ou svr des décisions dé docteurs, sbnv«nt coniradiotoires. Les recueils de ces décisoos sont lefe seuls Ityres où les juges puisSKit acquénir ^elquet notions de leui' emploi; et ils n'y trouvent que dm cas pattieuliers, plus propres à confondre leur^ idées qu'à . les éclaîrcîr. Le droit romain sur beaucoup d'articles a servi de base abx [Hvnonoés des docteurs musulmans; mais la grande et inépuisable source ^ laquelle ils recourent, est le Uvre ovs-fjur, le dépôt de toute connaissance^ le code de toute législeUiùn, le Qâran du prophète.

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