‹ Œuvres critiquesChapitre 60 sur 83 · LES DROITS DU ROMAXCIER · texte numérisé non relu

LES DROITS DU ROMAXCIER

Donc le monsieur est venu qui devait, pour Rome, m'accuser de plagiat. J'attendais le monsieur, il était inévitable. A quoi bon le nommer? Il est l'envie et Tmpuissance, le médiocre gratteur de papier que gênent les forts, le rat de bibliothèque qui tâche d'entamer les féconds. Si ce n'était lui, ce serait un autre. Il a nom mauvaise foi ou bêtise. Laissons-le à son néant.

Ah I nuire pour le plaisir de nuire, baver sur une œuvre pour la joie de la souiller ! Se dire : « Toi, tu es ilhistre. tu te vends, tu m'embêtes ! Ji^ vais te salir, et quelle danse de cannibales si tu en crevais ; » "Ne pas même avoir dans le cœur quelque belle passion injuste de penseur et d'artiste, mais s'attaquer à un livre, bassement, salement, en cuistre qui s'attarde à la vermine des lions ! Et se faire assassin, saisir l'occasion, choisir l'heure, se poster au coin du bois littéraire, pour attendie son homme et lui planter un couteau dans le dos, le jour où l'on croit que la blessure est bien empoisonnée et mortelle '.

Tel est le joli rôle du niotisieur. Heureusement, si l'intention assassine y est bien, ce sont là blessures qui font la gloire et la santé des vaillants. Assassinez, assassinez, impuissants et envieux ! cela nous tient en haleine et en joie ! vi. ■^.,

Le monsieur, fort lettré, sortant, je crois, de l'Ecole où l'on sait tout, a donc fait la belle découverte que j'avais lu "une compilation sur le Vatican, que j'y avais pris des notes et que je m'étais servi de ces notes en écrivant Rome.

Il s'agit d'un très gros et très beau livre, lancé au moment des étrennes par la maison Firmin-Didot. Le titre exact est : le Vatican, les Papes et la Civiltsation. C'est une œuvre collective, pour laquelle le cardinal Bourret a écrit une préface et M. Melchior de Vogué, un épilogue. Elle contient d'abord deux excellents travaux de M. Georges Goyau sur l'Histoiie de la papauté et sur le Gouvernement central de l'Eglise, puis une intéressante étude de M. André Pératé sur les Papes et les Arts, et enfin quelques pages très nourries de M. Paul Fabre sur la Bibliothèque Vaticane. Ces messieurs sont des anciens élèves de notre Ecole de Rome, et l'éditeur qui a eu l'idée de ce luxueux livre de vulgarisation pour les gens du monde, ne pouvait mieux s'adresser. J'ajoute fine le volume est plein de belles gravures, plusieurs même en couleurs, ce qui achève d'en faire nu magnifique volume de cadeau, le prix d'excellence que nos lycéens de l'avenir sont certains de recevoir.

Et c'est très ^Tai, j'ai lu avec grand soin le résumé parfait que M. Goyau a donné là de l'Histoire générale de la papauté. Quand le monsieur croit que j'ai aussi utilisé les pages sur le Gouvernement de l'Eglise, du même

auteur, et celles de M. Pératé sur les Papes et les Arts, il se trompe : j'avais beaucoup mieux sur ces matières, et je le dirai tout à l'heure. Mais il est certain que j'aurais difficilement trouvé un résumé meilleur que celui de M. Goyau sur l'Histoire des Papes, et j'ai été heureux de m'en tenir au sien, après en avoir consulté plusieurs autres, qui n'étaient ni si brefs ni si complets.

Me voilà donc forcé de répéter, une fois de plus, quelle est ma méthode de travail. Et j'élargis la question, il ne s'agit pas de moi, mais du romancier en général, qui, comme moi, a l'ambition de tout voir, de tout dire. Le vaste monde est ouvert, il n'est pas de sujet qu'il ne puisse aborder, et il devra dès lors s'occuper d'histoire, de philosophie, de science, il touchera à tous les métiers, il exercera toutes les professions. C'est dire que, selon l'idée que je me fais du roman moderne, le romancier est tenu d'avoir des connaissances universelles. Certes, s'il s'impose l'énorme tâche de vouloir mettre toutel'humanitédans une séried'œuvres, cela lui crée des devoirs écrasants; mais il faut bien, par contre, que cela lui donne quelques droits, des droits reconnus par le simple bon sens et qui lui facilitent un peu sa formidable besogne. Ces droits du romancier, je les réclame de nouveau aujourd'hui, et impérieusement.

Pour mon compte, ma méthode n'a jamais varié, depuis le premier roman que j'ai écrit. J'admets trois sources d'informations : les livres, qui me donnent le passé; les témoins, qui me fournissent, soit par des œuvres écrites, soit par la conversation, des documents .sur ce tju'ils ont vu ou sur ce qu'ils savent; et enfin l'observation personnelle, directe, ce qu'on va voir, entendre ou sentir sur place. A chaque nouveau roman, je m'entoure de toute une bibliothèque sur la matière traitée, je fais causer toutes les personnes compétentes que je puis approcher, je voyage, je vais voir les horizons, les gens et les mœurs. S'il existe une quatrième source d'informations, qu'on me la désigne, et vite je courrai m'y abreuver.

Est-il rien de plus indiqué, de plus naturel? Comment peut-on exiger que je sache tout? Ce n'est pas ma fonction de tout savoir, à moi romancier: et je la dirai plus loin, ma fonction véritable. De sorte que, lorsque j'aborde un sujet -uoiiveau, je n'ai qu'un parti à prendre, c'est de l'étudier, d'acquérir les connaissances spéciales dont j'ai besoin pour le traiter. Et, encore une fois, il ne s'agit pa<; d'être un savant, de faire des découvertes, d'épuiser les vérités connues, mais simplement de savoir sur quel terrain on se trouve, pour y bâtir l'hypothèse nouvelle qu'on apporte.

Songe-t-on à tout ce que j'ai dû remuer, depuis que j'ai écrit le premier épitode de mes

NOUVELLE CAMPAGXE

Rougon-Macquarl ^ Et comment veut-on que je n'aie vécu que de moi, que je n'aie pas puisé les matériaux d'une telle construction dans tout ce qui m'entourait?

Pour la partie historique de la Fortune des Rougutt, je me suis adressé au livre de Ténot sur les événements tragiques qui se jiassèrent dans le ^"ar, en décembre 1851, et je me souviens que ce fut Jules Ferry qui me fournit les notes dont j'avais besoin pour faire vivi'e, dans la Curée, les transformations du Paris du baron Haussmann. Maxime Du Camp me fut utile i)our le Ventre de Paris; mais il était fort incomplet, je dus moi-même fouiller dans les paperasses des administrations. Et, pour la Faute de l'abbé Mouret. quelles recherches parmis les mystiques espagnols, quel emploi quotidien du Cérémonial des paroisses de campagne, quelle étude de la messe dans des ouvrages en latin, que j'avais eu toutes les peines eu monde à me procurer :

J'abrège, je saute Son Excellence Eugène Bougon, dont la partie politique pourtant me cloua pendant de longues heures à la Bibliothèque du Palais-Bourbon, et j'arrive à r Assommoir, pour lequel un livre de M. Denis Poulet, le Sublime, me donna quelques notes spéciales. L'auteur, qui avait vécu avec des ouvriers mécaniciens, y racontait des anecdotes ^Taies, y reproduisait des types, y établissait des statistiques; et, comme il n'y avait là nulle imagination, nul apport de créateur, j'avais cru pouvoir y prendre quelques faits, comme j'en aurais pris dans une simple relation historique. Le livre contenait même une liste de surnoms usités, (ù je choisir, ceux de Bibi-la-Griilf de et de Mes-Bottes, ainsi que je prends sur un aimanach les i^rènoms de mes personnages. — La mort de Coupeau, dans un accès de delirium tremcns. est la reproduction textuelle d'une observation de chef de clinique, faite à Sainte- Anne.

Sautons encore Xana et Pot-Bouille — et cependant quels tas de notes de toutes sortes : — sautons Au Bonheur des Dames. pour lequel 5L Chaucard me documenta, ainsi que les administrateurs du Bon Marché, et arrivons à la Joie de cÙTe, dont toute la partie spéciale sur le» algues et sur la fabrication du bromure me lut don née parle savant M. Edmond Perrier : sans parler de la goutte du vieux Chanteau, ni de l'accouchement dramatique de Louise, qu'il m'a bien fallu étudier dans des livres. Et puis, c'est Germinal, tout un monde nouveau, toute une science techniaue. oui a entassé les traités spéciaux autour de moi, qui m'a forcé d'interroger une foule d'ingëniéuis. Et puis, après la Terre, après te Béve. après la Bête humaine, ayant nécessité chacun une enquête différente, c'est l'Argent, le livre oui m'a cassé le plus la tête au milieu de l'amas des documents fournis par des hommes de Bourse, si ahurissants pour moi, que je doute encore d'avoir compris quelque chose. Et enfin, voici la Débâcle, plus de cent ouvrages sur la guerre à dépouiller, tous les rapports des chefs de corps, une véritable bibliothèque aui ne m'a pas quitté, dont j'avais placé les volumes sur une étagère tournante, à côté de ma table de travail, toujours à portée de ma main. Aussi, quel soula-

gement,lorsque je pus clore la série par le Docteur Pascal, pour lequel mon bon ami, le docteur Maurice de Fleury, m'a bâti de toutes pièces le rêve de haute conception médicale que je désirais y mettre :

Des aides, ah 1 oui, j'en ai voulu, j'en ai cherché, j'en ai trouvé : Un de mes très solides et très anciens amis, Frantz Jourdain, qui est architecte, me conseille, dès que j'ai à écrire une page touchant à l'architecture. Henry Céard m'a fourni des notes t.ur la musique. Un autre de mes vieux et bons amis, Thyébaut, très versé dans les questions de droit et de chicane, me rédige une petite consultation, lorsqu'une affaire de procédure se présente, contrat, vente, testament. Mais c'est surtout des savants et des médecins que j'ai abusé, je n'ai jamais traité une question de science ou abordé une maladie, sans mettre toute la Faculté en branle.

Et j'ai exercé là un droit strict. Je le répète, je ne suis pas un savant, je ne suis pas un historien, je suis un romancier. Tout ce qu'on doit me demander, c'est de partir du connu, d'établir solidement le terrain où j'entends me placer; et c'est pourquoi je me documente, puisant aux sources indispensables. Ma fonction ne commence qu'ensuite et ma fonction est de faire de la vie, avec tous les éléments que j'ai dû prendre où ils étaient. La question est uniquement de savoir, alors, si j'ai su rassembler sur un sujet tout ce qui flotte dans l'air du temps, si j'ai su d'une main solidechoisir et nouer la gerbe, si j'^i su reprendre, et rtsumer, et recréer les choses et les êtres, à ce point de formuler l'hypothèse de demain, d'annoncer l'avenir. Ai-je donné mon souffle à mes personnages, ai-je enfanté un monde, ai-je mis sous le soleil des êtres de chair et de sang, aussi éternels que l'homme? Si oui, ma tâche est faite, et peu importe où j'ai pris l'argile.

Lorque Flaubert, après de longs mois d'enragée poursuite, avait enfin réuni tous les documents d'une œuvre, il n'avait plus pour eux qu'un grand mépri:'. J'ai ce mépris complet, les notes ne sont que des moellons dont un artiste doit disposer à sa guire, le jour où il bâtit son monument. J'use sans remords de l'eireur volontaire, quand elle s'impose, par une nécessité de construction. Et je n'ai pour but que la vie, je ne liens à la vérité que parce qu'elle enfante la vie. Sans doute, c'est là une conception du roman très élargie, et je comprends aue les romans plus intimes, l'adultère, l'aventure romanesciue, la simple peinture d'un travers ou d'un vice, ne demandent pas une documentation si avide. On paye son ambition, cela est bien certain. Du reste, si l'indication des sources, dans un roman, était cho.'îe usitée, je criblerais volontiers de renvois le bas des pages. Et s'il arrive qu'il reste, dans une page de moi, une ligne d'un confrère, cela prouve simplement que je n'ai pas même l'hypocrisie de noyer l'emprunt, qu'il serait si aisé de faire disparaître.

Quand les maîtres de la Renaissance, les gi'ands producteurs, couvraient de leur enfantement géant des édifices entiers, ils se faisaient aider, ils avaient un peuple d'élèves qui broyaient les couleurs, préparaient les besognes

premières, — et c'est pour cela tiirils étaient des maîtres.

Or, le monsieur, comme victime de mes larcins, n'a trouvé que l'unique M. Groyau. Vraiment, c'est peu, j'attendais mieux d'un Eliacin de cette Ecole où l'on sait tout, et où, lorsqu'on affecte de ne pas savoir, c'est qu'on rougit de savoir tout. Il me chagrine, le monsieur, car il vient de faire bien du tort à ses connaissances. Allons, puisqu'il le faut, je vais le mettre sur la voie : voici quelques-uns des livres qui m'ont aidé à bâtir Rome.

D'abord, un gros livre, le Socialisme catholique, de M. Nitti. un ou^Tage italien, dont la traduction française a paru au moment où je me mettais au travail. C'est une étude très remarquable, très complète, où j'ai pris presque tout entier le livre de mon abbé Pierre ; et il est très possible qu'on trouve, dans ce livre, des bouts de phrase de la traduction française, car je n'ai pas même pris le soin d'en purger mes pages. Je n'ai fait que résumer, coordonner et recréer.

Puis, sur cette question du socialisme catholique, voici une série d'ouvrages, que j'ai consultés avec fruit : le Siècle et l'Eglise, conférences et discours de Mgr Ireland : — le. Cardinal Manning. par l'abbé J. Lemire ; — V Eglise catholique et la liberté aux Etats-Unis, par le vicomte de Jleaux; — le Pape, les Catholiques et la Question sociale, par Léon Grégoire ; — le Socialisme contemporain, par l'abbé Winterer. — Je suis obligé de me borner, il y a sur la matière des œu^Tes sans nombre.

Mais une autre source quotidiennement consultée, où j'ai trouvé de véritables trésors d'informations, est un livre signé Félix et Grimaldi, dont voici le titre : les Congrégations romaines, guide historique et pratique. Sans lui, je me serais certainement perdu dans le dédale de la curie romaine. Je crois qu'on chercherait vainement à se le procurer à Paris, bien qu'il soit écrit en français. Il a été imprimé à Sienne, en 1890, à l'imprimerie San Bernardino; et, quoique l'auteur soit un prélat distingué, la congrégation de l'Index l'a immédiatement poursuivi et condamné, paur cause d'indiscrétion sur les rouages intimes de l'administration papale, qui doivent fonctionner dans le silence et l'ombre. J'ajoute que je soupçonne fort M. Goyau de l'avoir attentivement lu avant moi, lorsqu'il a écrit son étude sur le Gouvernement central de l'Eglise, qui n'en est qu'un résumé plus net et plus élégant.

Ici. il me faudrait une colonne de ce journal pour citer seulement les ouvrages sur la Rome papale : le Conclave de Léon XIII, par Raphaël delCesare, plein d'intéressants détails; — Vita del somma pontcfice Leone XIII, de Carlo Marini, excellent résumé; — Album illustrato délia Vera Roma, où il y a des portraits et des biographies de cardinaux, qui m'ont beaucoup servi ; — le Diario romano per Vanno del Signore 1894. simple almanach, mais qui donne, jour par jour, les cérémonies religieuses dans les quatre cents églises de Rome. Et n'oublions pas VInde.r lihroriim prohibiloruni. l'édition de 1891. sortant de l'imprimerie de la Propagande, «t où j'ai pu étudier les règles, décrets et observations, publiés sous les divers papes et con-

damnant par catégories les livres coupables. — Je cite aussi toute une collection de mémoires en latin, présentés à la congrégation du Concile, dans des procès en nullité de mariage, mémoires qu'il m'a été très difficile de trouver et qui m'ont permis d'établir l'annulation du mariage religieux de ma Benedetta, sans inventer presque rien.

Main tenant, il faudraft, pour la Rome an tique, énumérer autant d'ou^Tages. Mais admettons que j'aielusurtoutlestrès savantes et très littéraires études de M. Gaston Boissier; et je sais combien cet aveu est désastreux de ma part, car il indique une basse flagornerie de plus, dans mon désir d'entrer à l'Académie. Puis, viendrait une série de volumes sur la Rome italienne, sur l'Italie de Cavour, de Garibaldi et de Victor- Emmanuel : l'Italie telle qu'elle est, par Xavier Merlino; — Gli avvenimenti di Sicilia. par Napoleone Colajanni; — Rome après IST'"*, par Félix Grimaldi; — la Société de Rome, par le comte Paul Vasih. — Et tant d'autres, et les livres si nourris et si spirituels de notre confrère Henry des Houx, et des récits de toutes sortes, et de simples articles de revues, sans oublier une petite brochure de M. Robinet de Cléry : les Crimes d' empoisonnement, qui m'a servi pour mes figues empoisonnées.

\'oilà, je crois, du travail sur la planche pour le monsieur, s'il veut se livi-ev à des comparaisons. Et il y en a bien d'autres. Et ce n'est encore là que les documents pris dans les livres ; car, si nous abordions les documents fournis par des témoins, ce que j'appelerai les documents oraux, nous n'en finirions pas. Ainsi, lors de ma troisième visite au Palatin, •j'ai eu la chance et l'honneur d'être accompagné par notre grand peintre Hébert et par M. Bernabei, le directeur des fouilles, qui a bien voulu me donner les notes les plus utiles. C'est également avec Hébert que j'ai visité la chapelle Sixtine, les chambres de Raphaël et le musée des Antiques. Mais je m'arrête, il serait certainement indiscret de nommer les ministres qui se sont mis si galamment à ma disposition, les chefs de tous ordres qui ont tenu à me renseigner eux-mêmes, les salons de Rome où j'ai été reçu, tout ce bon vouloir qui m'a permis de faire, en cinq semaines d'acharné travail, la plus vaste des enquêtes.

Il m'est revenu, autrefois, qu'un de mes amis m'appelait le Requin. Je me suis tâté pour savoir si j'étais blessé ou flatté. J'entends bien, le requin qui suit le navire et qui avale tout. Eh I n'importe ! le requin, en somme, c'est flatteur. Oui. oui. j'en suis fier, je veux bien être le requin. Un requin qui avale son époque. C'est mon droit, et. si vraiment je tais cela, ce sera ma gloire. Un grand producteur, un créateur n'a pas d'autre fonction, manger son siècle pour le recréer et en faire de la vie.

En vérité, quand un monsieur formule contre moi une accusation de plagiat, comment voulez-vous que je ne hausse pas les épaules? J'ai déjà passé plus de trente années de mon existence à créer, et les enfants sont là. plus de mille, sortis de moi, et des pages, et des pages, tout un monde de personnages et de faits. Est-ce

NOUVELLE CAMPAGNE

que je n'ai point assez pi'ouvé ma virilité de créateur d'hommes? Est-ce que ma famille n'est point assez vaste, pour que le rire ne me soulève pas, lorsqu'on m'accuse de voler les enfants des autres?

Allez, allez, petit monsieur, vous pouvez dire que j'ai besoin de tout et que je m'assimile tout; mais vous ne fer&i jamais croire à personne que ma nuée d'entants ne sont pas de moi 1 J

Page 1