SIXIEME DISCOURS
Prononcé le 21 a\Til i643, sur la déclaration de Louis XIII , qui conféroit la régence du royaume à la Reine pendant la minorité de Louis XIY, et nommoit un Conseil de Régence.
Messieurs ,
Les termes de la déclaration dont la lecture a été présentement faite , concernent le plus haut point de l'administration de l'Etat. Dans cette
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déclaration , le Roi , prévoyant les extrémités les plus malheureuses ; ces extrémités que nos pensées ne peuvent souffrir et que Dieu détournera , s'il lui plaît, par sa toute-puissance, établit les ordres qu'il estime nécessaires pour le Gouvernement des affaires publiques et la conduite de son royaume à l'avenir : tant est véritable la pensée de l'Ecriture , que la sagesse et la conduite qui se rencontrent dans les conseils ordinaires des hommes , sont en la personne des souverains une espèce de divination; la prévoyance dont ils usent dans le gouvernement de leurs états participant du privilège des prophètes et de la certitude des oracles!
Dieu, qui tient en sa main le cœur des rois et les conduit comme bon lui semble , ne leur donne des inclinations judicieuses et des mouvements de générosité, que pour le salut de leurs peuples. Nous l'éprouvons dans cette occasion en laquelle le Roi , faisant réflexion sur l'état des affaires qui partage les esprits et les intérêts de toute la chrétienté , établit la reine , régente dans son royaume, et lui donne par autorité, ce que les larmes de tous les gens de bien et les suffi-ages de tous les ordres du royaume , lui eussent déféré dans une journée de désolation; ce que l'exemple des choses semblables , arrivées neuf fois dans ce royaume , rend ordinaire et légitime, et que la déclaration du roi Charles VI , registree en cette Cour en l'année 1407, rend néces-
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saire. Cette princesse, dont la modération est exemplaire et sans exemple , est toute pleine de \ertu et de piété ; la sagesse de sa conduite , son humilité envers Dieu , Finclination qu'elle a de bien faire à tout le monde , et sa réputation publique et partant véritable, de n'avoir jamais mal fait à personne , lui ont concilié l'afTection de tous les peuples : elles lui feront mériter la bienveillance du ciel , le secours et la protection de Dieu , lecjiiel, avant assisté le royaume dans les occasions les plus difficiles et qui sembloient désespérées , aura soin de la piété du Roi et de l'innocence de nos jeunes princes, qui sont les petits enfants et les héritiers de saint Louis. Il donnera à la Reine les conseils nécessaires et lui communiquera un esprit principal , comme il fit autrefois à la reine Blanche, mère de ce grand saint et de ce grand roi tout ensemble, laquelle ayant été nommée tutrice à ses enfants , et régente dans le royaume , par les dernières paroles du roi Louis VIII, qui mourut à Montpensier, quoiqu'elle fut fille d'un roi de Gastille et d'une princesse d'Angleterre, conduisit si généreusement les affaires du royaume, pour l'honneur de son fils mineur, à l'avantage de l'Etat, que sa mémoire est honorable dans l'histoire, et son nom précieux à la postérité.
L'histoire la plus cachée de son siècle nous enseigne que ses ennemis , c'est-à-dire les ennemis de l'Etat, lui demandèrent caution de son gou-
vernement, parce qu'elle étoit étrangère. Les docteurs furent consultés sur cette question , et il nous en reste quelques vestiges dans nos livres; mais tous les £:ens de bien s'offensèrent de cette proposition, soutenant que Ton ne devoit désirer autre assurance, ni lui demander autre gage de son administration , que les suffrages de la nature et le témoignage de sa piété : qualités qui se rencontrent par éminence en la personne de la reine avec telle plénitude et abondance , que la seule apprébension de la flatterie nous ferme la bouche dans cette occasion.
Nous ne doutons point que Monsieur (i) ^^ contribue de ses soins, et que dans la qualité que cette déclaration lui donne, comme dans celle que sa naissance , son courage et sa bonté lui ont acquise , il ne s'emploie avec générosité pour le bien de l'Etat : que M. le prince et MM. ses enfants qui composent l'une des branches du sang royal et sont les colonnes de TEtat, ne travaillent comme leur conscience et leur réputation les obligent; et que, sans jalousie ni considération d'intérêts particuliers, ils ne souhaitent la gloire du royaume dans laquelle se rencontre leur grandeur qui ne souffre point d'égalité ni de compétence avec personne.
Nous les supplions donc, au nom du Roi et
(i) Le duc d'Orléans, nommé, par celto dcclnralioa , liculeiiaui-général du rojaume, sous l'autorité de la reine.