‹ Œuvres d'Omer et de Denis Talon \ (volume 2)Chapitre 33 sur 86 · ONZIÈME · texte numérisé non relu

ONZIÈME

Ce procède, qui étoil innocent dans son exécution, aussi bien qu'il Tavoit été dans son principe , offensa Fesprit de la Reine ; elle crut que vous aviez eu Tintention d'exciter sédition dans la ville de Paris , qu'il y a voit quatre mille personnes à votre suite, et que vous vouliez, par autorité et par violence , obtenir ce que vous lui demandiez avec respect et soumission ; et de fait, vos prières ne furent pas exaucées : vous reçûtes un refus absolu.

Sur la relation qui fut faite , toutes les chambres assemblées , vous délibérâtes qu'il étoit de l'honneur et de la prudence de la compagnie de ne pas irriter l'esprit de la Pieine , et de ne pas exiger d'elle la grâce que l'on lui demandoit, mais de l'attendre de sa bonté.

Votre pensée. Messieurs, ne fut pas inutile, car, trois jours après, trois de ces messieurs furent révoqués et dispensés d'aller aux lîeux esquels ils étoient envoyés, et ensuite ils ont été rétablis dans l'exercice de leurs charges.

La Reine, quelque temps après Pâques, fut avertie que , dans les cinq chambres des enquêtes, l'exercice de la justice avoit cessé. Ceux qui en recevoient préjudice s'en plaignirent, et ceux qui n'aiment pas voir le Parlement augmentèrent quelque chose pour rendre l'affaire plus criminelle.

Nous fûmes mandés au Palais-Royal , MM. mes collègi;os et moi, le dimanche, dernier jour d'à-

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vril ; la Relue se plaignit à nous que Ton lui niaïKjuoit de parole; et, qu'au préjudice de la délibéralion de celte compagnie, en laquelle il avoit été résolu de cesser les assemblées et de continuer à rendre la justice, sur Fassurance de laquelle elle avoit rappelé trois des absents , elle étoit bien avertie que dans les enquêtes l'exercice de la justice avoit cessé entièrement; que des personnes de grande qualité s'étoient plaintes que leurs procès n'étoient pas jvigés, et qu'elle ne pouvoit souffrir ce désordre ; que les officiers du Roi ne pouvant cesser de rendre la justice, comme ils ne pouvoient pas donner le caractère de juges à ceux qui ne l'ont point, elle nous commandoit de vous avertir de son mécontentement et du déplaisir qu'elle recevoit par un procédé de cette qualité.

Nous lui fîmes entendre que la conjoncture des fêtes avoit retenu tout le monde en campagne , et (ju'il ne s'étoit passé encore qu'un jour utile pour travailler; que nous la supplions de croire qu'il n'y avoit ni dessein, ni intention de faire cbose qui lui fût désagréable , et que nous ne doutions point qu'au premier jour vous ne retourniez dans l'exercice de vos charges , ainsi que vous y êtes obligés.

La Reine témoigna quelque satisfaction des excuses que nous lui avions faites , et nous chargea , en termes généraux , de faire que les sujels

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(lu îloi puissent avoir justice quand ils la demanderont.

\ous ne doutez pas, Messieurs, que la Iieine ne soit bien avertie de ce qui s'est passé , ou plutôt de ce qui ne s'est pas fait dans vos chambres ; que cela ne lui ait été exagéré pour éloigner ses sentiments de TaiTection qu'elle porte à cette compagnie : et pendant que vous êtes en cet état, que la Reine est persuadée que vous résistez à son autorité , que toutes vos actions sont mal interprétées , il est difficile , Messieurs , que vos remontrances réussissent , et que vous fléchissiez sa volonté , tandis qu'elle croit que votre dessein est de la fâcher.

Les oreilles des rois sont à leurs genoux : ils n'écoutent que ceux qui sont humiliés. La grandeur de leur condition, qu'ils connoissent fort bien, et dans laquelle ils sont élevés avec beaucoup de complaisance , les rend impatients à toutes sortes de contradictions. Ceux qui demandent quelque grâce , et désirent un parti favorable, doivent quitter les armes, l)aisser leurs enseignes et leurs pavillons ; ils ne peuvent rien espérer lorsqu'ils sont en état de résistance. Iinmoratur angélus Dornini in circuilu iormeniiniel : l'esprit de Dieu assiste, conserve, excuse ceux qui lui sont agréables , et qui ne résistent pas à ses volontés.

ÎNuma disoit avoir appris un secret, et l'avoir

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écrit dans le livre des cérémonies romaines, par le moyen ducjuel il pouvoit rendre le tonnerre inutile. Il ne se vantoit pas de pouvoir désarmer les puissances supérieures , résister ni diminuer leur autorité , ni leur arracher les foudres ; mais il s'imaginoit pouvoir modérer leur colère, et empêcher reflet de leur indignation : c'est par certaines prières étudiées, par les lustrations et autres céiémonies semhlables, qu'ils pensoient se rendre agréables à la Divinité, et lui (aire tomber les armes des mains.

Faites, Messieurs, celle réflexion, que la Reine est mal salisfaile de votre procédé ; qu'elle pense que cette aflectation de ne point rendre la justice est une désobéissance étudiée ; que vous avez dessein de décrier s(jn gouvernement dans Fesprit des peuples, et que vous voulez élever autel contre autel.

Dans cette imagination qui lui peut être facihmient suggérée ; dans ce soupçon de mépris dont les hommes sont plus susceptibles à mesure qu'ils sont plus élevés, et dont la Reine témoigna qiiehjue chose par ses dernières paroles, se peut-il faire que vous obteniez la grâce du retour de M. le président de Rarillon? Et si cette voie vous oie fespérance de Taider dans Tétat auquel il se rencontre, prenez-en une autre plus doure, plus humble, plus facile , et qui n'est point préjudiciable à l'honneur de la compagnie, ni a la

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