‹ Œuvres d'Omer et de Denis Talon \Chapitre 18 sur 45 · TROISIÈME MERCURIALE · texte numérisé non relu

TROISIÈME MERCURIALE

Prononcée à la Saint-Martin iGS-j.

Les désordres de l'intérieur de la compagnie sont ce qui en cause l'avilissement.

Messieurs ,

Si cette pensée est raisonnable que l'usage et la coutume, bien que fortifiés par la suite des temps, la longueur des années et la répétition de plusieurs actions semblables et continues, ne doivent jamais être tellement autorisés qu'ils puissent vaincre la raison et la loi ; s'il est toujours utile de remonter à la source, de rappeler les choses à leur principe, et de leur rendre la pureté qu'elles perdent insensiblement, par la corruption du siècle et une déchéance générale, cette réformation semble être absolument nécessaire dans les discours de cette espèce que nous reconnoissons, par la conférence de vos registres , avoir si notablement dégénéré de leur origine et de leur institution, qu'il n'en reste plus que l'appareil et la forme extérieure.

Cela peut avoir eu pour fondement l'abondance et la fécondité de ces grandes lumières qui

nous ont précédés, lesquels, poussés d'une inclination généreuse, se sont étudiés à laisser partout des marques de suffisance et de littérature, et, flattés de ce sentiment universel des hommes qui ne conçoivent d'ordinaire d'autre pensée que celle d'établir leur réputation par quelque production éclatante, ont négligé Tavantage et la perfection solide de l'ouvrage auquel ils étoient appliqués.

Mais qui servira d'excuse à notre foiblesse si, ne pouvant atteindre ni imiter ces exemples illustres, nous nous contentons de marcher terre à terre, de suivre exactement l'esprit de l'ordonnance, et de nous conformer sur le modèle de l'antiquité, autant que les mœurs présentes et la condition du temps en peuvent être susceptibles; c'està-dire, d'expliquer ies désordres qui naissent tous les jours dans la distribution de la justice, les dérèglements qui en déshonorent le ministère, et s'autorisent par la connivence et la dissimulation des magistrats, faute d'être sévèrement réprimés dans leur commencement ou dans leur progrès?

Ponr cela, Messieurs, permettez-nous, s'il vous plaît, d'emprunter la pensée d'un philosophe qui nous a donné, sous des pièces comiques et sous le rideau de la fable, les instructions les plus sérieuses et les meilleures leçons de moralité, lorsque, introduisant dans une espèce d'assemblée et de conseil, les dieux du paganisme

qui se plaignent que les hommes ont abandonné le culte de la divinité, et recherchent des remèdes à un mal si présent, pourconsener leur auloriU* sur la terre: ne vous étonnez pas, dit-il, si les sacrifices et les hécatombes ne sont plus en vigueur; si Ton voit rarement de l'encens fumer sur les autels ; si ces temples fameux de Delphes, d'Ephèse, de Dodone , de Jupiter-Ammon , ne sont plus fréquentés; et enfin , si ceux qui président au gouvernement du monde sont déchus de leur ancienne majesté, devenus méprisables aux mortels, et si la piété et la dévotion superstitieuse des âmes crédules s'est évanouie et a passé dans une extrémité contraire , dans des mouvemens d'athéisme et d'irréligion publique ; mais , considérez que les oracles sont incertains, souvent trompeurs et toujours ambigus ; que les crimes les plus atroces, même les sacrilèges, demeurent impunis ; que les innocens souffi-ent souvent pour les coupables, et que les justes languissent accablés d'infortune, pendant que ceux qui font profession d'impiété , vivent, sans crainte d'être touchés du foudre, dans l'abondance et dans les délices : comme si la providence s'étoit relâchée , et avoit laissé la conduite des êtres inférieurs, à l'arbitrage du destin et au caprice de la fortune ! Faites, d'ailleurs, cette observation, que les intelligences supérieures, bien qu'elles habitent une région plus pure, ne «ont pas exemptes des passion^ humaines: la licence, le dérèglement,

Tavance, Tambilion et l'adultère régnent clans Iç ciel, et surtout Fesprit de la division affoiblit, par des contentions qui ne peuvent paroître au dehors sans indécence, ce peu qui reste de créance et de respect dans les esprits ; comme s'il vouloit dire que la subordination qui se rencontre dans les êtres de la nature, la déférence que rendent les inférieurs à ceux qui sont établis dans un degré plus éminent, a pour fondement, le besoin, la nécessité et le secours qu'ils en reçoivent.

Ainsi , la plupart des peuples de la terre ont adoré le soleil comme le père de la lumière; et les deux astres du jour et de la nuit n'ont été honorés dans l'antiquité que parceque de leurs bonnes ou mauvaises influences dépend la fécondité ou la stérilité de la terre : tant est véritable cette pensée , que la crainte , l'espérance et les désirs immodérés ont obligé les hommes à élever des autels, à construire des temples , à offrir des victimes, et que, dans la société civile, ceux qui sont égaux par la loi et le titre de leur naissance , ne se rendent considérables au dessus des autres , que par des qualités singulières qui leur donnent du relief et les distinguent du commun ; par l'assiduité et l'application avec laquelle , agissant sans intermission pour l'utilité générale, ils deviennent nécessaires à leurs concitoyens. Ce sont ces charmes imperceptibles qui engagent les peuples à se soumettre volontairement au commandement d'un chef, et à suivre ,

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sans résistance, les ordres des magistrats. Ils nous enseignent, en même temps, quels sont les obligations et les devoirs de ceux auxquels le souverain a communiqué une portion de sa puissance , et confié la plus noble de ses fonctions, leur donnant en partage la protection des foibles contre les puissans, et la dispensation de la justice.

Ces titres avantageux, cette irradiation de Tesprit principal , ces marques de dignité désirent de grands talents de la part du sujet qui les possède, pour en soutenir le poids; et, bien loin d'élever les âmes basses , de leur imprimer de Tardeur et de la vivacité pour exercer leur emploi avec honneur, l'éclat de la pourpre diminue et se ternit en leur personne , et leurs imperfections paroissent à découvert , à proportion qu'ils sont exposés sur la montagne, c'est-à dire à la vue et à la censure des peuples soumis à leur conduite : Despectiores potiiis ipsa dignitas facît.

C'est un mauvais présage , dit Artémidore , quand un homme de condition médiocre ou servile , s'imagine recevoir une couronne d'or pendant le sommeil, si, au même instant, il ne se trouve paré des vêtements et orné de la pompe extérieure , inséparables de ceux qui ont mérité et acquis cette récompense par leur valeur.

Ainsi, l'entrée du sénat n'est pas un témoignage infaillible de vertu : c'est un champ glo-

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rienx dans lequel la probité et l'ërudîtion des esprits généreux paroissent avec avantage , mais un sujet de confusion à ceux qui marchent par des voies obliques ou dont les forces sont inégales, voire même à tel qui , dans une condition privée , pouvant satisfaire aux devoirs de sa famille et faire partie de la république en qualité de bon citoyen , manque de vigueur et de connoissances pour remplir avec estime un poste plus avancé.

Comme de vérité , il y a cette différence entre les ministères ordinaires de l'Eglise ou de l'Etat, et les vocations particulières de Dieu, que les premiers désirent le choix et l'examen des mœurs et de la doctrine , pour ne pas préposer des sujets incapables en des places si importantes ; dans les autres , le même esprit qui les dirige leur inspire les lumières proportionnées à la matière sur laquelle ils travaillent, et convenables à l'ouvrage qu'ils doivent achever. Mais ces missions sont rares ; et parmi les apôtres destinés pour opérer des merveilles, donner de la terreur et imprimer, par l'autorité d'une parole puissante et suivie des effets, la créance des vérités qu'ils annonçoient aux hommes , à peine trouvons -nous d'exemple que le Saint-Esprit ait répandu des grâces par infusion.

Aussi, l'apôtre des gentils, entre les instructions qu'il donne à son disciple Timothée , élevé de bonne heure à l'épiscopat, lui recom-

mande principalement de se garantir d'être méprisé par la considération de sa jeunesse : Nemo adolcscentiam iuam contemnat ; et un Père de l'Eglise, expliquant ce passage, s'étonne d'abord de ce précepte , parce qu'il dit que la réputation, étant un bien étranger qui dépend de l'imagination , du caprice et de l'humeur de ceux avec lesquels nous avons à converser, souvent toute sorte d'industrie est inutile pour y parvenir. Mais il avoue ensuite que ce conseil est une exhortation pleine d'efficace et d'énergie , pour l'exciter à son devoir; et que le moyen le plus sûr d'éviter le mépris, et de se mettre à couvert des atteintes de la calomnie , est de représenter en soi-même la loi vivante et animée, d'en accomplir toutes les fonctions avec exactitude, et de servir également au public d'exemple , par ses actions et par ses discours.

Ainsi , n'imputons pas absolument à la malignité du siècle ou à des causes éloignées, si nous sommes déchus, dans ces derniers temps , de la noblesse et de l'autorité de notre condition ; si le Parlement a beaucoup perdu de son lustre et de sa dignité ; et reconnoissons de bonne foi que la première source du mal est intérieure en nous-mêmes. Les uns ont cru devoir entrer dans les charges , pour trouver occasion de se rendre nécessaires , pour s'élever dans un plus haut degré d'honneur, et faire la fortune de leur famille : les autres se sont imaginés que

c'étoit une retraite assurée pour vivre avec liberté , à Fabri de toutes sortes d'injures publiques et particulières ; de sorte que chacun , subordonnant sa profession à ses intérêts domestiques, a négligé ceux du corps auquel il est attaché , oubliant la fonction de sa magistrature , qui consiste dans l'observation d'une discipline raisonnable , et l'amitié et l'union de la compagnie, suffisantes pour conserver tous ceux qui la composent. La plupart même, se laissant conduire à l'impétuosité de leurs affections, se persuadent que la commodité de leur passe-temps doit être la règle et le niveau de leurs actions ; qu'il ne faut pas être sévère , ni critique , comme ceux qui nous ont devancés ; que l'on peut excuser les imperfections , les promptitudes , même les fautes notables de ses confrères ; traiter de galanterie et traduire dans le ridicule ce que l'on n'oseroit approuver dans le sérieux ; étc»:iffer par le silence ce que l'on auroit pudeur de ne pas condamner ; et , pour sauver un particulier, rompre l'amitié , dissoudre le lien de la discipline , et couronner le dérèglement , en donnant la liberté de mal faire avec impunité.

De là , nous voyons que les ornements extérieurs de la magistrature , ces habits qui nous distinguent du reste des hommes sont estimés incommodes : l'on les regarde comme les marques d'une servitude importune, parce qu'ils ne sont pas convenables à toute sorte de divertis-

sements ; voire même , quelques-uns disputent et établissent le point d'honneur dans le luxe , la propreté et la magnificence des vêtements; ils s'émancipent de telle sorte dans la variété des couleurs et des ajustements que la mode introduit, qu'ils approchent de plus près d'un personnage de théâtre , que de la gravité d'un sénateur.

L'assiduité au Palais, dont la lecture des ordonnances renouvelle tous les ans l'engagement ; cette assiduité autrefois si exactement observée, que personne ne s'absentoit, ni pour affaires urgentes , ni même par ordre du Pioi , qu'il n'en eut demandé et obtenu en ce lieu la permission et le congé qui ne s'accordoient d'ordinaire que pour un terme limité ; cette assiduité est à présent proscrite , et il n'est plus besoin de rechercher des excuses et des prétextes pour s'en dispenser.

Ces manquements qui procèdent d'oisiveté et de délicatesse ne sont pas si légers qu'ils le semblent en apparence; car, outre que, par cette négligence, les affaires deviennent immortelles et demeurent sans expédition , les parties languissent et se consument, le temps s'évanouit en des occupations étrangères; et, faute d'application, nous ignorons également et les grandes règles et les maximes les plus triviales ; et l'on se forme insensiblement une jurisprudence arbitraire qui ne reçoit autre mesure que celle de notre incli-

nation ; ou , passant dans une extrémité contraire , l'on se laisse emporter au torrent , sans pouvoir douter ni suspendre son jugement ; ce qu'un ancien a marqué comme le dernier période de rignorance de son siècle : Pleritjue ne dubitare quidem sciunt.

Cependant , la fierté et la présomption régnent dans l'esprit des particuliers, comme s'ils étoient infiniment éclairés, et produisent, dans le général, entre les chambres, des conflits dans lesquels la justice est retardée et déshonorée par ellemême, les parties et les ministres inférieurs sont vexés par des condamnations d'amende; et au lieu d'assoupir ces différends , de les terminer par une médiation ordinaire et non suspecte, ils se portent dans un autre tribunal auquel nousmêmes attribuons cette autorité par le seul défaut d'une intelligence raisonnable. Gela dérive d'un esprit de jalousie , d'un mouvement de chaleur immodéré qui nous aveuglent dans nos prétentions , et nous empêchent de rien faire à l'avantage du public; et quelquefois d'une cause moins honnête , quand le mélange de l'intérêt fait considérer la possession d'un procès comme le patrimoine de sa famille , et employer toute sorte d'intrigues et d'artifices pour les acquérir, et de subtilités pour les conserver, quoique la loi y résiste.

La multiplicité des causes sommaires, sous quelque prétexte avantageux dont on la veuille colo-

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rer,n'a point en effet d'autre principe que la facilité d'expédier san5 peine des affaires lég:îres, jointe à la douceur de rémolument.

Mais , en vérité , il faut reconnoître que les abus sont parvenus dans un tel point de dérèglement , que tout ce que la licence peut inventer de malice , de subterfuge et de cavillations , s'exerce avec licence et trouve protection sur l'autel de la justice et dans le lieu du sanctuaire ; car, outre que les règlements ne sont plus observés ; que toute sorte de matières , même les plus importantes et les plus ardues, deviennent sommaires, et se traitent sans scrupule par cette voie ; que sur un même incident l'on voit souvent trois ou quatre arrêts contraires, quelquefois en date du même jour; et que, dans cette vexation , les plus foibles succombent et demeurent opprimés , n'ayant pas assez de force pour se plaindre ou d'appui pour réclamer avec succès ; et souvent qu'après avoir essuyé une longue poursuite et des frais immenses pour obtenir un jugement contradictoire , l'on en surseoit l'exécution par un sommaire, et l'on détruit en un instant l'ouvrage de plusieurs années, depuis quelque temps nous avons vu s'introduire et se glisser une espèce d'arrêt, dont le nom est encore inconnu et dont les effets dangereux ne sont que trop sensibles, puisque par ce moyen, sous prétexte d'une surséance momentanée, l'on obtient des défenses , et l'on fait indirectement

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juger un sommaire avant que Tordonnance en

ait été signifiée.

Les arrêts qui se donnent avec tant de facilité et de surprise ; les évocations fréquentes des sièges inférieurs qui s'accordent sans connoissance de cause et sans suspicion raisonnable des premiers juges, sont encore de même nature. Outre le préjudice que les parties en ressentent par la nécessité de soutenir un procès loin de leur domicile, l'expérience justifie que les affaires qui se traitent en première instance à la Cour, périssent souvent manque d'instruction et de défense légitimes, et que les juridictions subalternes, les présidents et Messieurs des requêtes du Palais, sont dépouillés de la meilleure partie de la fonction de leur charge.

Disons plus ; l'on fait des appellations verbales de ce qui devroit être un procès par écrit, si l'on n'en avoit point arrêté le cours , s'il fut intervenu sentence définitive en première instance ; et pendant qu'une partie du sénat, surchargée de nourriture, ne la peut digérer; tandis que la multitude des instances arrête et suspend l'audience à laquelle elle est particulièrement destinée, l'autre souffre faute d'aliment et demeure, pendant la moitié de l'année , dans une cessation involontaire. D'ailleurs , le peu de respect que nous portons à l'ordonnance, laquelle» prohibe étroitement ces évocations, si ce n'est en des rencontres singulières et avec une circonspection

dont elle charge Tlionneur et la conscience des magistrats, est un reproche perpétuel que Ton nous oppose pour servir de couleur et de défense à ceux qui entreprennent avec injustice sur la juridiction du Parlement , fondé dans la disposition de droit qui ne permet pas de réputer à injure ce que Ton fait souffrir à autrui.

Ainsi , il faut avouer que si nous recevons si facilement des atteintes du dehors, et si l'on n'a pas conservé pour nous une vénération égale à celle des siècles précédents, le principe en est au dedans, c'est-à-dire dans la déchéance de nos forces, dans une corruption intérieure qui diminue le prix et la valeur de nos jugements, et nous rend dissemblables de ceux auxquels les têtes couronnées soumettoient volontairement la décision de leurs différents.

Ainsi la rigueur des saisons , finclémence et l'intempérie de l'air que les hommes robustes, ceux qui jouissent d'une santé parfaite et d'une bonne conformation, souffrent sans incommodité et sans en ressentir l'impression, sont perceptibles et quelquefois mortelles aux corps foibles et débiles , aux personnes qui se trouvent atteintes d'une infirmité périlleuse, et dont les parties nobles sont attaquées.

Ajoutons, pour comble de la dépravation, les exactions qui se commettent dans le greffe, l'amendinatlon et le commerce de la justice qui dégénère dans un excès si notable , qu'elle se

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distribue au poids du métal plutôt qu'à celui du sanctuaire; qu'il passe à la signature une multitude d'arrêts qui n'ont jamais été délibérés ; que les commis, écrivant à la hâte , en délivrent qui ne sont point signés de celui qui a présidé le jour de leur date : Ton y fait de fausses énonciations , en prenant des exceptions pour des défenses , ou supposant des conclusions du parquet : souvent l'on en expédie en forme qui n'ont jamais eu de minute ; les véritables se perdent par négligence ou par affectation ; et bien que cette déprédation ne nous puisse être directement imputée, qu'il soit également injuste et injurieux de soupçonner que ceux qui sont assis sur les fleurs de lys , aient assez de lâcheté pour participer à ces débordements y prêter sciemment leur ministère; bien que souvent la calomnie noircisse les plus innocents, si est-ce que la seule dissimulation est criminelle; que le peu de soin que l'on apporte pour secourir le public et ôter le mal du milieu de nousmêmes, doit donner de la confusion aux hommes justes qui sont jaloux de ne rien faire et de ne rien omettre qui engage leur conscience, ou laisse la moindre tache à leur réputation.

Plut à Dieu , Messieurs, que ces choses fussent ou moins certaines , ou moins connues; que le vice agissant avec timidité, cherchât encore le secret et les ténèbres pour sa défense ; que la plainte que nous faisons, ne servît pas de ma-

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tière à une dilTamalion universelle dedans et dehors le Palais, et qu'étant renfermée dans des exemples rares et singuliers, une simple réflexion et un mouvement de pudeur fussent capables de rectifier les intentions corrompues, et d'arrêter le cours des mauvais effets qu'elles produisent si fréquemment!

Notre ministère seroit accompli, et il ne nous resteroit qu'à protester que, si noire lano;age est rude et barbare, si nos paroles ont paru pleines d'aigreur et de dureté , elles sont pourtant exemples de fiel et d'amertume : sagitia mea acuia^ dit le prophète, sogitta mea sine peccato, La qualité de la matière, la considération de l'objet exigent quelquefois des expressions fortes et violentes : elles sont excusables quand elles procèdent d'un bon principe et de la bouche de ceux dont le silence ne peut être indifférent, parce qu'ils doivent leurs voix au public , pour combattre les mauvaises mœurs.

Ainsi un ancien orateur, parlant aux Athéniens, avec véhémence et quelque sorte d'emportement, s'excuse et les prie de considérer, non pas tant si son style est piquant, si ses termes et ses pensées sont destituées d'agrément et choquent les oreilles délicates, que si elles sont contraires à la vérité et produites par des motifs et un esprit de malignité, ou par une nécessité indispensable de sauver l'Etat, en leur faisant connoître les fautes qu'ils comraeltoient en l'administration

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de la rëpublique ; ovuovov u TriKpoç «ttiv «xxet (t ku,i 7r^Qy/<ct TTiKr^ag : ce qui nous laisse une juste confiance dans le sentiment de Libanius , que cette honnête liberté, assaisonnée de modération, n'est pas indigne de la gloire de nos ancêtres.

Mais , comme il ne suifit pas de discourir avec exagération des choses passées, de découvrir la plaie sans y appliquer les médicaments convenables pour la guérison, et qu'un médecin, dit l'orateur grec, rendroit un mauvais office à son malade, si, disputant des causes de son infirmité, des différentes espèces de maladie qui affligent les hommes et les conduisent au tombeau , il l'abandonnoit en cet état sans lui appliquer les préceptes de son art, lui procurer ou lui promettre quelque sorte de soulagement : nous ne prétendons pas , Messieurs , vous proposer des remèdes généraux , parce que nous les reconnoissons inutiles et infructueux, et nous n'ififnorons pas que les spécifiques désirent du temps et de la préparation, ce qui n'est pas compatible avec les actions de cérémonie : la seule voie pour V parvenir., est le rétablissement des mercuriales particulières dans lesquelles les abus paroissant à découvert, l'on concerte à loisir et avec maturité, et les règlements nécessaires, et les expédients les plus efficaces pour en procurer l'observation.

Chose étrange qu'étant le moyen unique capable de maintenir l'ordre et la police inté-

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rieure, Ton s'en soit si lacllenieut (lis]ions('' , et plus encore, que les arrêtés des mercuriales précédentes, soient la plupart douteux, incertains; que les feuilles originales s'en trouvent dispersées entre les mains des particuliers, faute d'avoir été recueillies dans un registre , et consignées dans le dépôt public, ce qui semble mériter un soin exact, une sollicitude religieuse pour rechercher et conserver un trésor si précieux !

C'est dans l'assiduité et la répétition continue de ces exercices, que Ton peut reprendre une nouvelle vigueur pour surmonter la force du mal qui nous attaque, ou du moins en arrêter le cours et en fixer les progrès. Lento adjutorw opus est contra mal a continua^ non ut desinant, sed ne vincant.

Lals Deo.

Cette mercuriale, prononcée, toutes les chambres assemblées, le mercredi 28 novembre iGSy, ayant produit son effet, Messieurs résolurent de tenir une mercuriale particulière pour réformer les désordres du Palais; ce qui fut exécuté le mercredi ici décembre: et ayant porté des articles en la forme ordinaire , je dis :

Messieurs, la promptitude avec laquelle la compagnie a témoigné vouloir travailler à sa propre réformation, et cette impatience généreuse de retrancher les abus et les mauvaises procédures qui naissent dans le cours de la jus-

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