PROLOGUE
lé «cène est k Wtkw , rue Oslroliramska , dans le couvent des frère* basilietiâ , transformé en prison d'État. — là cellule d'un prisonnier*
Mais donnez -vous de garde des hommes, Car ifs tous feront comparaître devant leurs assemblées, et ils vous feront fouetter dans leurs synagogues.
(MlTtHlSC, Cti. X, Y.41)
tÊt vous serei présente*, à cause de moi, aux gouverneurs et aux rots, pour leur servir de témoignage, aussi bien qu'aux nations.
Kl voul «erex haïs de tous les hommes â causo de mon nom ; mais celui-là sera sauvé qui persévérera jusqu'à la fin. ( V. 22.)
Le prisonnier*, appuyé contre une fenêtre, dort.
l'ange gahdien.
Enfant insensible et pervers! les mérites de la mère en ce monde , ses prières en l'autre ont longtemps préservé ton jeune âge des peines ci des tentations , de mètne que la rose, ange des jardins, fleurit le jour, et, la nuit, son doux parfum
préserve l'enfant endormi de» insectes et de l'air malfaisant.
Que de fois, touché de tes peines et fort de la permission divine, je suis descendu dans ta cellule! Porté sur un rayon de lumière, silencieux dans les ombres silencieuses de la nuit, je planais au-dessus de ta
tête Quand la nuit te berçait, j'étais là, près de
toi, penché sur fes rêves passionnés, comme un lis se penche sur une onde troublée. Parfois je désespérais de ton âme, mais alors dans la foule de les mauvaises pensées j'en découvrais une heureuse, comme ' on aperçoit au milieu d'une fourmilière un grain d'encens lumineux.
A peine cette pensée de salut avait-elle éclairé ton âme qu'aussitôt je te conduisais par la main dans les régions de l'étemelle lumière, et je te chantais une chanson telle que les enfants de la terre l'entendent rarement dans leurs songes et l'oublient plus vite encore à leur réveil. Je te prédisais ton bonheur à venir, je le portais dans mes bras jusque dans les cieux; et toi, tu écoutais les célestes accords comme on écoule les chansons d'une orgie!
Alors, fils de la gloire immortelle , pour toi je me transformais en un spectre infernal et livide afin de te châtier et de te remplir de frayeur; et toi, lu supportais la punition de Dieu comme le sauvage endure les tourments de l'ennemi. Puis ton âme, en s'éveillant pleine de trouble mais aussi d'orgueil, semblait s'être abreuvée toute la nuit à la source impure de l'oubli. Tu traînais dans l'abtme le souvenir de ces mondes sublimes, comme une cascade qui tombe dans
un souterrain entraîne avec soi les feuilles et les fleurs de ses rives.
Alors je pleurais amèrement, je couvrais mon visage de mes mains, je voulais et n'osais plus retourner dans le ciel, de crainte que ta mère, me rencontrant, ne me demandât des nouvelles de sa terre na(ale, de sa demeure et des rêves de son fils.
LE PRISONNIER. Il s'éveille fatigué, et regarde par la
fenêtre. — Le matin.
Quand tu nous apparais , ô nuit silencieuse , qui donc ose te demander d'où tu viens ? Quand tu sèmes les étoiles sous tes pas , qui peut en déduire ta route mystérieuse ? Le soleil est couché, voilà ce que disent les astronomes du haut de leur tour; mais pourquoi? Personne ne répond. Les hommes et la terre reposent dans le sommeil et les ténèbres ; mais pourquoi? Nul ne le sait! Ils s'éveilleront sans le pressentir, comme ils s'étaient endormis. Le disque du soleil, dans son retour quotidien, ne saurait-il plus nous étonner par sa magnificence? Les ténèbres et la lumière se succèdent comme les avant-posles d'une armée-, mais les chefs qui les commandent, où sont-ils ?
Et le rêve ? Ah ! celte vie de l'âme, ce monde
silencieux, sourd, plein de mystère, n'est-il pas digne des recherches des hommes? Qui mesurera son espace? qui comptera sa durée ? L'homme endormi est craintif, mais il s'éveille en riant. Les sages disent que le rêve n'est qu'un souvenir. O savants maudits! Ne saurais-je donc plus distinguer les songes de la réalité?... A moins qu'ils ne me persuadent aussi que ma détention n'est qu'un souvenir.
, 28 LES AIECX.
Ils disent que dans le sommeil le sentiment de ta
volupté et des souffrances n'est qu'un jeu de l'imagination. Les sots! A peine connaissent-ils par ouïdire sa puissance, et ils nous en content, à nous, poètes de l'avenir! Je la connais bien mieux, pour l'avoir habitée : j'en ai mesuré l'étendue, et je sais que la rêverie est au delà de ses domaines : que le jour deviendra nuit et la joie souffrance avant que le songe ne devienne souvenir et l'imagination un fantôme. (Il se couche et se relève encore.— Il va è la fenêtre.) Je ne puis reposer : ces songes m'effraient et me séduisent tour à tour. Ah! combien ils me fatiguent! (il sommeille.)