SCÈNE V
bien ! mon ami, pas une duègne, pas une main, pas un éventail !... C'est monstrueux, parole d'honneur ! On dirait que je suis un croquant!... Aussi, à mon retour en France , je l'en préviens , Sainl-llerem , je déshonore l'Espagne... Sais-lu qu'il y a des moments où j'en suis presque à regretter ma femme?
A propos , en as-tu reçu «les nouvelles , de ta femme ?
DUBOULOY.
Non ; seulement j'ai reçu une lettre de mon père.
ROGER
Et que te dit-il de nouveau ?
DUBOULOY-
Rien de nouveau. Toujours en colère !... toujours la môme indignation conire moi !...
ROGER
Oh! il se calmera.
DUBOULOY.
Il m'annonce en outre. qu'il cherche le moyen de faire rompre le contrat par lequel il m'assurait 50,000 livres de rente , et qu'il espère réussir !... Mais conçois-tu qu'il ne veuille pas croire un mot de mon aventure ?
ROGER
Que veux-tu ! c'est de l'enlèlement. El la famille?
DUBOULOY.
Quelle famille ?
ROGER
La famille de l'autre ?
DUBOULOY.
Oh ! mon ami, ne m'en parle pas, elle fail.descris de paon. Le père, les frères cl les trois cousins sont eu quéle de ton serviteur. Imagine- toi qu'ils sont venus en masse à l'hôtel ; on leur a dit que je n'y étais pas, que j'étais parti... tarare! ils n'ont pas voulu en croire Boisjoli sur parole. Ils oui foret la porlc, ils ont fouillé lous les coins, ils onl été regarder jusque sous les lits. Te figures-lu, six, mon cher, six que j'aurais été obligé de tuer d'abord... cl remarque bien qu'il n'y avait là que les parents de Paris, la province n'est pas encore prévenue. Et loi, as-tu reçu des nouvelles de ta femme, ou de ses frères, ou de ses cousins, ou de ses neveux ?
ROGER
Non , Charlotte n'a pas de famille, elle.
LES DEMOISELLES DE SAINT-CYll.
DUBOULOY.
Je ne sais pas comraenl tu fais, loi ; tu as eu du bonheur !...
ROGER
Ah ! oui, du bonheur ! le mot est bien choisi.
DUBOULOY.
Au fait, j'oubliais ; le roi de France est donc toujours furieux?
ROGER
Plus que jamais ; que veux-tu ! quand on a un jé8uitepour confesseur et une prud<> pour maîtresse, on ne pardonne pas facilement.
Ainsi les biens...
ROGER
Séquestrés, mon cher, sans miséricorde ; quant à moi, consigné à la frontière, et cela lanl que je n'aurai pas réparé mes loris d'époux envers Mœ" de Saint-Herem, comme j'ai réparé mes torts d'amant envers M"« de Mérian ; oh ! Mm« de Maintcnon y met de l'obstination.
DUBOULOY.
El lu crois que c'esl à Mmo de Sainl-IIerem que tu dois ces persécutions?
ROGER
El à qui donc veux-la que ce soil?... Elle a tort, Dubouloy , elle a tort. Moi, qui m'étais quelquefois repenti de la façon dont je l'avais traitée... Moi, qui peut-être , si j'avais reconnu chez elle quelque regret, quelque dévouement, serais venu le premier.
DUBOULOY.
Comment !
ROGER
Sais lu qu'en regardant lotîtes les femmes qui nous entourent, je n'en ai pas trouvé une seule que l'on puisse lui comparer ?
DUBOULOY.
Si tu le prends ainsi, il me semble que MB0 Dubouloy n'est pas plus désagréable qu'une autre ; mais on a du rœur, on n'oublie pas qu'on a été pris comme un sot ; sans compter qu'elle m'a fait perdre la charge de gobeletier du roi, que je regrette, pas pour moi. Dieu merci, mais parce que mon père y tenait, ce qui esl cause de tous mes malheurs!... Mais, dis donc, Roger, il me semble que voilà déjà les invités qui arrivent?
ROGER
Ma foi ! oui. (A un huissier.) Donnez-moi mon domino. Ah ! chercheur d'aventures, j'ai oublié de le dire que nous avons deux nouvelles débarqué», deux Française».
DUBOULOY.
Comment les appcllc-t-on ?
roger , passant son domino.
Ah ! je te le demanderai...
DUBOULOY.
El qui lésa présentées?
ROGER
L'ambassadeur de France.
DUBOULOY.
Alors, ce sont de grandes dames?
ROGER
Cela m'en a l'air. En tout cas, voici If. le d»: d'Harcourl qui va nous le dire.