‹ Œuvres de Alex. Dumas, 7Chapitre 92 sur 212 · LES DEMOISELLE · texte numérisé non relu

LES DEMOISELLE

lour... cl comme c'eut le premier que je vous demande, j'espère que vous ne me le refuserez pas...

ROGER

Lequel ?

Dt'BOL'LOY.

C'est de vous couper h gorge avec moi.

ROGER

Me couper la gorge avec loi ! avec toi , mon ami !...

DUttOULOY.

Vous , mon ami ! après le lour que vous m'avez fuit!... vous, mon ami!... vous plaisantez, monsieur!

ROGER

Mais que l'csi-il donc arrive?

DUMUL0T.

Ce qui m'est arrivé!...

roc m.

Sans doute... avant de nous battre, il faut au moins que je sache...

DUBOULOY.

C'est juste... je vais vous le dire. Il m'est arrivé que lorsqu'on nous cul arrachés des bras l'un de l'autre, on m'a mis dans un carrosse, l'on m'a conduit à la Bastille... Arrivé là, on m'a fait descendre vingt-sept marches... je les ai comptées... on a ouvert une porte devant moi , on m'a poussé , on a refermé la porte derrière moi , et je me suis trouvé dans un cachot très-noir et très-désagréable.

ROGER

Mon pauvre garçon !

DUBOULOY.

A la lueur d'une mauvaise lampe, qu'on avait l'air d'avoir oubliée là par hasard , je distinguai une espèce de grabat et un escabeau. Je m'assis sur mon escabeau , et je me mis à réfléchir ; je me dis que mon père , que mon beau-père cl que ma future m'attendaient. Je lirai ma montre, il était juste neuf heures... l'heure fixée pour mon mariage.

ROGER

Que veux-tu , mon ami? ce n'est pas ma faute... Tu le marieras ce soir ; ce n'est qu'un retard, voilà tout.

DUBOULOY.

Je me marierai ce soir?... Charmanle plaisante- |

S DE SAINT-CYR

rie , cl que vous vous seriez épargnée si vous ne m'aviez pas interrompu!... Je disais donc que le résultai de mes réflexions fui que plus lot je sortirai» (le la Bastille , mieux cela vaudrait ; je fis prier la gouverneurde descendre , prière à laquelle il se ren dit , je dois le dire , el je lui demandai ce qu'il h\lait faire pour arriver au résultat que j'ambitionnais... Il me dit que rien n'élail plus facile, elqnïl fallaii que je rendisse l'honneur à Ml|e Louise Mauclair... voilà lout. — Jo répondis au gouverneur que , n'ayaiil rien ravi à M"« Louise Mauclair , je n'avais rien à lui rendre... Ah ! ah !... Sur quoi k gouverneur appela deux guichetiers , me fil dépendre onze autres marches , et je me trouvai dans un cachot beaucoup plus noir et beaucoup plus désagréable encore que le premier.

ROGER

Que fis-lu alors ?

DDBOILOY.

Je me rappelai les philosophes de l'antiquité, pi je résolus d'opposer le stoïcisme à la persécution. Au bout de deux heures de stoïcisme, je m'aperçns que je mourais de faim... c'était tout simple, je n'avais rien pris depuis le malin , que l'honneur de M"0 Louise de Mauclair, à ce qu'il parait. Moi, d'abord , quand j'ai faim , il n'y a pas de stoïcisme, il n'y a pas de philosophie, il n'y a rien qui tienne... il faut que je mange!... c'est bizarre, mais c'est comme cela. J'appelai, cl je demandai à souper. Ou me dit que j'avais du pain et de l'eau quelque part, et que je n'avais qu'à chercher. Vous comprenez dans quel étal d'exaspération me mit celle réponse. Je pris mon pain et mon eau... el , dans l'intention de me laisser mourir de faim et de soif, je jetai mon pain par la grille du cachot el je versai mon cao j terre. Deux heures après, dame! ce n'était plu* de la faim , ce n'élail plus de la soif , c'était de la rage. .. Je voulus lenir bon... je persévérai une demiheure encore ; mais c'était lout ce que les forcei humaines pouvaient supporter ; la nature fut vaincue ; el je criai de loutc la force de mes poumon* que j'étais prêt à rendre l'honneur à M"* Louise )Ij« clair ; n'ayant plus qu'une peur, c'est qu'on ne m'entendit pas. Heureusement on m'enlendii. Le guichetier entra, tenant d'une main un poulcl et «"e bouteille de bordeaux, de l'autre un contrai uc mariage. Je signai le contrai , j'avalai le poulel , je bus la bouteille, el je suivis le guichetier qui nu

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