‹ OEuvres de Alfred de MussetChapitre 9 sur 18 · X .OSE · texte numérisé non relu

X .OSE

Qo-mieMO.

Et quelle est Qui de moi - Eidlas 1 je m'.

la peine secrète 'oui a séparé?

Quel est don Et dont j'ai :

c ce mal que j'ignore li longtemps pleuré?

C'était un mal vulgaire et bien conn Mail lorsque nous avons quelque ei

Il D'est de vulgaire chagrin Que celui d'une âme vulgaire- Ami, que ce triste mystère S'échappe aujourd'hui de ton sein 1 Crois-moi, parle avec confiance ;

Est un des frères de la Mort ; En se plaignant on se console, Et quelquefois une parole Nous a délivrés d'un remord.

il fallait maintenant parler de ma souffrance, ; ne sais trop quel nom elle devrait porter, i c'est amour, folie, orgueil, expérience,

Prends cette lyre, approche,

Songe qu'il l'en faut aujourd'hui Parler sans amour et sans haine S'il te souvient que j'ai reçu Le doux nom de consolatrice, Ne fais pat de moi la complice Des passions qui t'ont perdu.

e parfois lorsque j'y veux songer :

icnse aux lieux où j'ai risqué ma vie k ma place un visage étranger.

Comme une mère vigilante Au berceau d'un fils bien-aimé,

Sur ce coeur qui m'était fermé.

Carie, ami ! — ma lyre attentive D'une note faible et plaintive Suit déjà l'accent de ta voix, Et dans un rayon de lumière, Comme une vision légère, Passent les ombres d'autrefois.

Jours de travail ! seuls jour» où j'ai vécu !

O trois fois chère solitude !

Dieu soit loué, j'y suis donc revenu,

A ce vieux cabinet d'éludé !

Pauvre réduit, murs tant de fois déserts,

Fauteuils poudreux, lampe fidèle, O mou palais, mon petit univers,

Et toi, Muse, a jeune immortelle, Dieu soit loué, ngus allons donc chanter!

:t je vais

Joug détesté! c'est par la que mon cœur

Perdit sa force et sa jeunesse ; — Et cependant, airprcs de ma maîtresse,

Le soir, sur le sable argentin, • Quand devant nous le blanc spectre du trembl

Oe loin nous montrait le chemin, Je vois encore, aux rayons de la lune,

Ce beau corps plier dans mes bras...

N'en parlons plus... — je ne prévoyais pas

Où me conduirai! la Fortune.

Sans doute alors la ci

Avait besoin d'ui

Car «lie m'a puni coi

L'image d'un doux souvenir Vient de s'offrir à ta pensée.

Sur la trace qu'il a laissée Pourquoi crains-tu de revenir? Est-ce faire un récit fidèle Que Je renier ses beaux jours?

Si ta fortune fut cruelle,

Souris à tes premiers amours.

Non, — c'est à mes malheurs que je prétends se Muse, je te l'ai dit : je veux, sans passion, Te conter mes ennuis, mes rêves, mon délire, Et t'en dire le temps, l'heure et l'occasion. C'était, il m'en souvient, par une nuit d'automne Triste et froide, à peu près semblable à celle-ci; Le murmure du vent, de son bruit monotone, Dans mon cerveau lassé berçait mon noir souci, J'étais à la fenêtre, attendant ma maîtresse; Et, tout en écoutant dans cette obscurité,

Je me sentais dans L'âme une telle détresse, Qu'il me vin) le soupçon d'une infidélité.

La rue où je logeais était sombre et déBerte ; Quelques ombres passaient, un falot à la main;

On entendait de loin comme un soupir humain je ne sais, a vrai dire, à quel fâcheux présage Mon esprit inquiet alors s'abandonna.

Je rappelais en vain un reste de courage, Et me sentis frémir lorsque l'heure sonna.

Elle ne venait pas. Seul, la rite baissée, Je regardai longtemps les murs et le chemin, - Et je ne t'ai pas dît quelle ardeur insensée

Cette incon

stante femme al

umail en mon sein :

Je n'aimais

qu'elle au mond

Me sembla

t un destin plus

ffreui que la mort.

Je me souv

ens pourtant qu

n cette nuit cruelle

Pour briser

mon lien je fis u

n long effort.

Je la nomn

ai cent fois pu-rfi

e et déloyale,

elle m'avait causés.

Hélas! au

.>u venir de sa h

aute finale,

Quels mau

et quels chagrin

s n'étaient pas apai

es

Le four parut enfin. — Las d'une vaine attente, Sur le bord du balcon je m'étais assoupi ; Je rouvris la paupière à l'aurore naissante, Et je laissai flotter men regard ébloui Tout à coup, au détour de l'étroite ruelle, J'entends sur le gravier marcher à petit bruit... Grand Dieu ! préserve!- moi ! je l'aperçois, c'est ell Elle entre- — D'où viens-tu? qu'as-lu fait celte m

Répond), que me veux-tu? qui t'amène à cette heur Ce beau corps, jusqu'au jour, où s'esl-il étendu? Taudis qu'à ce balcon, seul, je veille et je pleure, Eu quel lieu, dans quel lit, à qui souriais-tu? Perfide! audacieuse! est-il encor possible Que tu viennes offrir ta bouche à mes baisers? Que demandes-tu donc? par quelle soif horrible Oses-tu m 'attirer dans tes bras épuisés?

Va-t'en, retire-toi, spectre de ma maîtresse ! Rentre dans ton tombeau, al tu t'en es levé; Laisse-moi pour toujours oublier ma jeunesse, El, quand je pense à toi, croire que j'ai rêvé !

Apaise-toi, je t'en conjure; Tea paroles m'ont fait frémir.

O mon bien-aimé t ta blessure Est encor prête a ae rouvrir.

Hélas! elle est donc bien profonde?

Et les misères de Ce monde Sont si lentes à s'effacer '.

Oublie, enfant, et de ton àmt Chasse le nom de cette femme, Que je ne veux pat prononcer.

Honte à toi qui la première

M'as fait perdre la raison !

Honte à toi, femme à l'œil «Ombre,

Dont les funestes amours

Ont enseveli dans l'ombre

Mon printemps et mes beaux jours!

C'est ton regard corrupteur, Qui m'ont appris à maudire Jusqu'au semblant du bonheur; Ces! ta jeunesse et tes charmes Qui m'ont fait désespérer, Et si je doute des larmes,

Honte à toi! j'étais encore

Certes,

ce cœur sans défeuse

Put saoj

i peine Etre abusé ;

Mais lui

laisser l'innocence

Était en

cor plus aisé.

Honte a

toi! tu fus la mère

De mes

premières douleur»,

Et tu 6i

: de ma paupière '

Jaillir la

source des pleurs)

Elle coule, sois-en sure,

Et rien i

le la tarira;

Elle son

: d'une blessure

Qui |am

ais ne guérira;

Du moins je me laverai, El j'y laisserai, j'espère, Ton souvenir abhorre !

Poète, c'est assez. Auprès d'une infidèle, Quand ton illusion n'aurait dure qu'on jour, N'outrage pas ce jour lorsque tu parles d'elle : Si (u veux être aîraé, respecte ton amour.

A défaut du pardon, laisse venir l'oubli.

Les morts dorment en paix dans le sein de la terre,

Ces reliques du cœur ont aussi leur poussière; Sur leurs restes sacrés ne portons pas les mains,

Est-ce donc sans motif qu'agit la Providence? Et crois-tu donc distrait le Dieu qui t'a frappé? Le coup dont tu te plains t'a préservé peut-être, Enfant ; car c'est par là que ton cœur s'est ouvert. L'homme est un apprenti, la douleur est son maître. Et nul ne se connaît tant qu'il n'a pas souffert. C'est une dure loi, mais une loi suprême, Vieille comme le monde et la fatalité, Qu'il nous faut du malheur recevoir le baptême, Et qu'à ce ttiste prix tout doit être acheté.

Les mnt— » pour surir ont bctoïn de rôtis ; Pour vivre el ponr sentir, l'homme a besoin des pi La foie a pour symbole une plante brisée, Humide encor de pluie et couverte de fleura.

Ne te disais-tu pas guéri de ta fotie ?

N'es-tu pas jeune, heureux, partout le bienvenu, Et ces plaisirs légers qui font aimer la vie, Si tu n'avais pleuré, quel cas en ferais-tu?

Lorsqu'au déclin du jour, assis sur la bruyiïrc,

Si tu n'avais senti le prix de la galté?

Aimerais-tu les fleurs, les prés et la verdure, Les sonnets de Pétrarque et le chant des oiseaux, Michel-Ange et les ans, Shakipeare ex la nature, Si tu n'y retrouvais quelques anciens sanglot*? Comprendrais-tu des cieux l'ineffable harmonie,

Si quelque part là-ba» la lièvre et l'insomnie Ne t'avaient fait songer à l'éternel repos?

N'as-tu pas maintenant une belle maîtresse ?

Et, lorsqu'en l'endormant tu lui BerreB la main,

Ne rend-il pas plu» doux son sourire divin?

N'allez-vous pat aussi voua promener ensemble Au fond des bois fleuris, sur le sable argentin? Et, dans ce vert palais, le blanc spectre du tremble Ne sait-il plus, le soir, vous montrer le chemin ? Ne vois-tu pas alors, aux rayons de la lune, Plier comme autrefois un beau corps dans tes bras?

Et, si dans le sentier lu trouvais la Fortune,

Derrière elle, en chantant, ne marcherais-la pas?

De quoi te plains-tu donc? L'immortelle espérance

S'est retrempée en toi sous la main du malheur.

Pourquoi veux-tu haïr ta jeune expérience,

Et délester un mal qui t'a rendu meilleur?

O mon enfant! plains-la, celte belle infidèle,

Qui fit couler jadis les larmes de les yeux;

Plains-la! c'est une femme, el Dieu l'a fait, pris d'elle,

Deviner, en souffrant, le secret des heureux.

Sa lâche fut pénible; elle t'aimait peut-être;

Mais le destin voulait qu'elle brisât ton cœur.

Elle savait la vie, et te l'a fait connaître ;

Une autre a recueilli le fruit de ta douleur.

Plains-lai son triste amour a passé comme un songe;

Elle a vu ta blessure et n'a pu la fermer.

Dans ses larmes, crois-moi, tout n'était pas mensonge.

Quand tout l'aurait été, plains-la! tu tais aimer.

Et c'est un frisson plein d'horreur Quand cette vipère assoupie Se déroule dans notre cœur.

Écoute-moi donc, 6 déesse!

Et boîs témoin de mon serment ; Par les veux bleus de ma maltressi Et par l'azur du firmament; Par cette étincelle brillante Qui de Vénus porte le nom,

Et, comme une perle tremblante, Scintille au loin sur l'horizon; Par la grandeur de la nature.

Par la bonté du Créateur ; Par la clarté tranquille et pure De l'astre cher au voyageur ; Par les herbes de la prairie, Par le» forêts, par lei prêt verti, Par la puissance de la vie, Par la sève de l'univers,

Reste d'un amour insensé, Mystérieuse et sombre histoire Qui dormiras dans le passé !

Et toi qui, jadis, d'une amie Porta» la forme et le dous nom, L'instant supremt où je t'oublie Doit être celui du pardon.

Pardonnons-nous; — je romps le char Qui nous unissait devant Dieu.

Avec une dernière larme Reçois un éternel adieu.

— Et maintenant, blonde rêveuse, Maintenant, Muse, h nos amours !

Dis-moi quelque chanson joyeuse.

Comme au premier temps des beaux jo Déjà la pelouse embaumée Sent les approches du matin;

Et cueillir les fleurs du jardin.

Viens voir la nature i ni morte Sortir de» voile» du «omraeil ; Nous allons renaître avec elU Au premier rayon du soleil!

Octobre 1S37.

L'ESTOITl ED£ -DIEU

Tant que mon faible cceur, encor plein de jeunesse,

Je voudrais m'en tenir à l'antique sagesse

Je voudras vivre, aimer, m'accoutume r aux hommei Chercher un peu de joie et n'y pas trop compter, Faire ce qu'on a fait, être ce que noua sommes, Et regarder le ciel sans m'en inquiéter.

Je ne puis; — maigri moi l'infini me tourmente.

Je n'y saurais songer sans crainte et sans espoir;

Et, quoi qu'on en ait dit, ma raison s'épouvante

De ne pas le comprendre, et pourtant de le voir.

Qu'ett-ce donc que ce monde, et qu'y venons-noui faire .Si, pour qu'on vive en paix, il faut voiler le* deux?

Passer comme un troupeau, les yeux fixés à terre, | Et renier le reste, est-ce dooe être heureux ?

Non, c'est cesser d'être homme et dégrader son 9me

Que faire donc? — • Jouis, dit la raison païenne; Jouit et meurs ; les dieux ne songent qu'à dormir. — Espère seulement, répond la foi chrétienne ; Le ciel veille uns cesse, et tu ne peux mourir. « Entre ces deux chemins j'hesite et je m'arrête. Je voudrais, à l'écart, suivre un p!ui doux sentier, a II n'en existe pas, dil une voiï secrète; En présence du ciel, il faut croire on nier. > Je le pense en effet ; les âmes tourmentées Dans l'un et l'antre excès se jettent tour à tour. Mai* les indifférents ne sont que des athées; lis ne dormiraient plus s'ils doutaient un seul jour. le me résigne donc, et, puisque la matière Me laisse dans le cteur un désir plein d'effroi, Mes genoux fléchiront ; je veux croire, et j'espère, Que vais-j* devenir, et que veut-on de moi ?

Me voilà dans les mains d'un Dieu plus redoutable

Que ne sont à la fois tons les maux d'ici-bas;

Me voilà seul, errant, fragile et misérable,

Sous les yeux d'un témoin qui ne me quitte pas.

Il m'observe, il me suit. Si mon cœur bat trop vite,

J'offense sa grandeur et ta divinité.

Un gouffre est sous mes pas : si je m'y précipite,

Pour expier une heure il faut l'éternité.

Mon juge est un bourreau qui trompe sa victime

Pour moi, tout devient piége et tout change de non

L'amour est un péché, le bonheur est un crime,

Et l'œuvre des sept jours n'est que tentation.

Je ne garde plus rien de la nature humaine;

rtu ni remord.

: l'évite la peine; r, et mon >eul but la ir.

Hélai ! ce beau paya dont parlaient vos prophète», S'il existe là-haut, ce doit être un désert.

Vous les voulez trop purs, les heureux que voue faites, Et quand leur joie arrive, ils en ont trop souffert. Je suis seulement homme, et ne veux pas moins être, Ni tenter davantage. — A quoi donc m'arrêter? Puisque je ne puis croire aux promesses du prêtre, Est-ce l'indifférent que je vais consulter ?

Si mon cceur, fatigué du rêve qui l'obsède, A la réalité revient pour s'assouvir, Au fond des vains plaisirs que j'appelle à mon aide ic trouve un tel dégoût, que je me sens mourir. Aux jours même où parfois la pensée est impie, Où l'on voudrait nier pour cesser de douter, Quand je posséderais tout ce qu'en celte vie Dans ses vastes désirs l'homme peut convoiter; 1 Donnez-moi le pouvoir, la santé, la richesse, L'amour même, l'amour, le seul bien d'ici-bas! Que la blonde Astarté, qu'idolâtrait la Grèce, De ses lies d'azur sorte en m'ouvrant les bras ! Quand je pourrais saisir dans le sein de la terre

Les secrets éléments de ta fécondité,

Transformer à mon gré la vivace ma tic rc , Et créer pour moi seul une unique beauté; Quand Horace, Lucrèce et le vieil Épicure, Assis à mes cOtcs, m'appelleraient heureux, Et quand ces grands amants de l'antique nature Me chanteraient la joie et le mépris dee dieux, je leur dirais à tous : « Quoi que nous puissions f Je souffre, il est trop tard ; le monde t'est fait Tien Une immense espérance a traversé la terre ; Malgré nous vers le ciel 11 faut lever les yeux '. ■

Que me reate-t-il donc? M» raison révoltée Essaye en vain de croire et mon cœur de douter. Le chrétien m'épouvante, et ce que dit l'athée, En dépit de mes sens, je ne puis l'écouter.

Les vrais religieux me trouveront impie, Et les indifférents me croiront insensé.

A qui m 'adresserai- je, et quelle voix amie Consolera ce coeur que le doute a blessé ?

Qui nous explique tout tans révélation,

Et qui peut nous guider à travers cette vie

Entre l'indifférence et la religion.

J'y consens. — Où toul-îls, ces faiseurs de systèmes,

Qui savent, sans la foi, trouver la vérité,

Sophistes iropuittants qui ne croient qu'en eux-mêmes?

Quels sont leurs arguments et leur autorité ?

L'un me montre ici-bas deux principes en guerre,

Qui, vaincus tour à tour, lont tous deux immnrtels i ; L'autre découvre au loin, dans le ciel solitaire, Un inutile Dieu qui ne veut pat d'autels 1 .

Je vois river Platon et penser Ariitote ; J'écoute, j'applaudis et poursuis mon chemin. Sous les rois absolus je trouve un Dieu despote ; Cm nous parle aujourd'hui d'un Dieu républicain. Pythagore et LeîbniU transfignrent mon être.

Descartes m'abandonne au sein des tourbillons Montaigne s'examine, et ne peut se connaître Pascal fuit en tremblant set propret visions. Pyrrhon me rend aveugle, et Zenon Insensible, Voltaire jette k bat tout ce qu'il voit debout. Spinota, fatigué de tenter l'impossible, Cherchant en vain son Dieu, croit le trouver partout. Pour le sophiste anglais l'homme est une machine» Enfin tort des brouillards un rhéteur allemand* Qui, du phllotophisme achevant la ruine, Déclare le ciel vide, et conclut au néant.

Voilà donc les débrit de l'humaine Et, depuis cinq mille ans qu'on a to Apres tant de fatigue et de penévér.

Ah ! pauvret insensés, misérables ce

Qui de tant de façon» avez tout expliqué,

Pour aller jusqu'aux deux il vous fallait dit ailes;

Voue aviez le désir, la foi vous a manqué.

Je vous plains; voire orgueil part d'une âme bleisée.

Qui fait frissonner l'homme en voyant l'infini. Eh bien, prions ensemble, — abjurons la misère De vos calculs d'enfants, de tant de vains travaux. Maintenant que vos corps sont réduits en poussière, J'irai m'agenouillcr pour voua sur vos tombeaux. Venez, rhéteurs païens, maîtres de la science, Chrétiens des temps passes, et rêveur» d'aujourd'hui; Croyez-moi, la prière est un cri d'espérance! Pour que Dieu nous réponde, adressons-nous à lui. Il est juste, il est bon ; san» doute il vous pardonne.

Tou» voue avez souffert, le reste est oublié;

Si le ciel e»t désert, noua n'offensons personne ;

Si quelqu'un nous entend, qu'il nous prenne en

O toi que nul n'a pu connaître,

Et n'a renié »an» mentir,

Réponds-moi, toi qui m'as fait naître,

Et demain me feras mourir!

Puisque tu te laisses comprendre,

Pourquoi fais-tu douter de toiî

Quel triste plaisir peux-tu prendre

A tenter notre bonne foi ?

Dés que l'homme lire la tête, Il croit l'entrevoir dans I» cieux; La création, ta conquête, N'est qu'un raste temple a tes yeux.

Dèl qu'il redescend en lui-même,

Il t'y trouve; tu vis en lui.

S'il souffre, s'il pleure, s'il aime,

De la plus noble intelligence La plus sublime ambition Esl de prouver Ion existence, Et de faire 6 peler ton nom.

De quelque façon qu'on t'appelle, Brahms, Jupiter on Jésus, Vérité, Justice éternelle, Vers col tous les bras sont tendus.

Le dernier des file de la terre Te rend grâce du fond du cceur Des qu'il se mêle à sa misère Une apparence de bonheur.

Le monde entier te glorifie ; L'oiseau te chaule sur son nid ; Et pour une goutte de pluie Des milliers d'être* t'ont béni.

Tu n'as rien fait qu'on ne l'admii Rien de toi n'est perdu pour non Tout prie, et tu ne peux sourire,

Pourquoi donc, 6 Maître suprême, As-tu créé le mal si grand, Que la raison, la vertu mime, S'épouvantent en le voyant?

Lorsque tant de choses sur terre Proclament la Divinité, Et semblent attester d'un pire L'amour, la force et la bonté,

Comment, se

Pourquoi, dans ton œuvre céleste, Tant d'éléments si peu d'accord ? A quoi boa le crime et la peste F O Dieu juste! pourquoi la mort?

Ta pitié dut être profonde, Lorsqu'avec ses biens et ses maux, Cet admirable et pauvre monde Sortit en pleurant du ebaos !

Aux douleurs donc il est rempli, Tu n'aurait pat dû lui permettre De l'entrevoir dans l'infini.

Noua en voyons trop ou trop peu.

Si la chétive créature Est indigne de t 'approcher.

Il fallait laitier la nature T'envelopper et te cacher.

11 les coup»; Mail le repos et l'ignorance Auraient rendu nos maux plus doux

Si la souffrance et la prière N'atteignent pas ta majesté, Garde ta grandeur solitaire, Ferme à jamais l'immensité.

Mais si nos angoisses mortelles Jusqu'à toi peuvent parvenir ; Si, dans les plaines éternelles, Parfois tu nous entends gémir,

Brise cette voûte

profonde

Qui couvre U cri

alion ;

Soulève les voiles

du monde,

Et montre-toi, Dieu juste et boni

Tu n'apercevrai r

iur la terre

Qu'un ardent a m

our de la foi,

Et l'humanité toi

il entière

Se prosternera de

vant toi,

Les larmes qui l'(

int épuisée

Et qui ruissellent

de ses yeux,

Comme une léger

e rosée,

S'évanouiront dai

M les cieux.

Tn n'entendras q

ne tes louanges,

Qu'un concert de

joie et d'amour,

Pareil à celui dont tes anges Remplissent l'éternel séjour;

Et dans cet ho satina suprême, Tu verras, au bruit de nos chants, S'enfuir le doute et le blasphème, Tandis que la Mort elle-même Y [oindra ses derniers accents,

at Laâ &fl-CalRÊa(E.

Le carnaval l'en Ta, les roses vont éclore; Sur Ici flancs des coteaux déjà court le gaioo. Cependant du plaisir la frileuse saison Sous set grelots légers rit el voltige encore, Tandis que, soulevant les voiles de l'aurore, Le Printemp* inquiet paraît à l'horizon.

Du pauvre mois de mari il ne faut pas médire,

Bien que le laboureur le craigne justement ;

L'uni vert y renaît; il est vrai que le vent,

La pluie et le soleil s'y disputent l'empire.

Qu'y faire? Au temps des fleur», le monde est un enfant;

C'est sa première larme et son premier sourire.

C'est dans le mois de mars que lente de s'ouvrir L'anémone sauvage aux corolles tremblantes.

Les femmes et les Attira appellent le zéphyr; Et du fond des boudoirs les belles indolentes, Balançant mollement leurs tailles nonchalantes, Sous le* vieux marronniers commencent à venir:

C'est alors qne les

bals, plus

joyeux et plus rares,

Prolongent plus lr

inglemp» 1

eura dernières fanfares ;

A ce bruit qui nou

s quitte, c

■n court avec ardeur;

La valseuse se livi

e avec plu

s de langueur :

Lesyeunont plui

i hardis, 1

es lèvres moins avares,

La lassitude enivr.

:, et l'amo

or vient au cœur.

Soit un ai doux chagrin qu'on en voudrai! mourir, C'est dans le mois de mars, c'est a la ml-cartme Qu'au sortir d'un souper, un enfant du plaisir Sur la valse et l'amour devrait faire un poème, Et saluer galmeul sel dieux prît* à partir.

M»i« qui saura chanter tes pas pleins d'harmonie, Belle Nymphe allemande aux brodequin» dores?

Quand, sur le Cithéron, la Bacchanale antique Des filles de Cad m ut dénouait les cheveux, On laissait la beauté danser devant le* dieux; Et si quelque profane, au son de la musique, S'élançait dans les chœurs, la prêtresse impndiqi De son thyrse de fer frappait l'audacieux.

lin'

n est pat

ainsi dans n

:» f!tes grossières;

Les

ierges aujourd'hui se

nontrent moins sévi

Et s

laissent

oucher sans

grâce et sans fierté.

Nou

ouvrons

a qui veut n

3s quadrilles vulgain

Ncu

perdons

e respect qu

on doit à la beauté,

Et n

us plaisirs

bruyants font fuir la volupté.

Tant que régna chex nous le menuet gothique,

Nos pères la gardaient aux jours de thermidor, Lorsqu'au bruit des canons dansait la République, Lorsque la Tallien, soulevant sa tunique, Faisait de ses pieds nus craquer ses anneaux d'or.

Autres temps, autre) mœurs ; le rhythmeetla Ont suivi les hasards et la commune loi.

Fendant que l'univers, ligué contre la France, S'Spuiaail de fatigue à lui donner un roi, La valse d'un coup d'aile a détrône la danse Si quelqu'un s'en est plaint, certes, ce n'est pat

le voudrais seulement, puisqu'el] Qu'on sût mieux honorer cette j> Je voudrait qu'à sa voix on pût Ne pas voir profaner une si dou Froisser d'un si beau sein les cor Et le premier venu l'emporter Ai

e barbarie et noire indifférence

besoin d'élégance ; qu'une duchesse, en France, n bouvier allemand.

<rf VSÇE FLEV%

Que me

veui-tu

, chère fleurette,

Aimable

«t charmant souvenir ?

Demi-m

orte et .

demi-coquette,

tm " k

moi qui

te fait venir?

Sous ce

cachet s

:nveloppée,

Tu viens

i d<! fair

e un long chemin.

Qu'aHu

: vu? q.

le l'a dit la main

Qui sur

le buiasou l'a coupée?

N'es-tu

qu'une 1

berhe desséchée

Qui tien

t achev.

Outrai

leîn, pri

Rcnferme-l-il ui

Ta fleur

, Mas !

a la blancheur

De la dC

solantc

innocence;

Mais de

la crain

tive espérance

Ta feuill

e porte

la couleur.

As-tu pour moi quelque message?

Tu peux parler, je suis discret.

Ta verdure ett-elle un secret?

Tan parfum est-il un langage?

ie messagère;

t rien, ne répond) pat;

non ccear, fraîche et légère.

Je tonnai» trop bien celte main Pleine de grâce et de caprice,

Qu'en prenant Vénus pour modèle.

Elle est blanche, elle est douce e Franche, dit-on, et plus encor; A qui saurait l'emparer d'elle

Mail elle est sage, elle est sévère ; Quelque mal pourrait n'arriver Fleurette, craignons sa colère, Ne dis rien, laisse-moi rîver.

LE FrLS T>V TITIEVC.

Loraque j'ai lu Pétrarque, élant encore enfant, J'ai louhaité d'avoir quelque gloire en partage. Il aimait en poète et ctaanlait en amant ; De la langue des dieux lui seul sut faire usage.

Lui s:

c saisir au passage ir qui durent un morne il en gravait l'image

O voua qui m'adressez une parole amie, Qui l'écriviez hier, et l'oublierez demain, Souvenez-vous de moi qui vous en remercie

J'ai le eccur de Pétrarque, et n'ai point son Je ne puis ici-bas que donner en chemin Ha main à qui m'appelle, à qui m'aime ma

r, celle Intitulée : Le FOi d,. Tilia,

Béatrix Donato fui le doux nom de Bell Dont la forme terrestre eut Ce divin co Dans sa blanche poitrine était un cœur Et dans son corps sans tache un esprit

Le fils du Titien, pour la rendre immor Fit ce portrait, témoin d'un mutuel a m Puis il cessa de peindre à compter de ci Ne voulant de sa main illustrer d'autre

Passant, qui que tu sois, si ton cœur sa Regarde ma maîtresse avant de me blai Et dis si, par hasard, la tienne est anse

Vols donc combien c'est peu que la gloi Puisque, tout beau qu'il est, ce portrait

■DVPO&CT ET T>U%vtVÇD.

Mines de met aïeux, quel embarras mortel !

J'invoquerais un dieu, si je savais lequel.

Voilà bientôt trente ans que je suis sur la terre, Et j'en ai passé dix i chercher un libraire- Pas un être virant n'a lu mes manuscrits, Et seul dans l'univers je connais mes écrits !

Far l'ombre deBrutus, quelle fâcheuse affaire !

Mon ventre est plein de cidre et de pommes de terre.

J'en al l'âme engourdie, et, pour me réveiller,

Personne à qui parler des œuvres de Fourier!

En quel temps vivons-nous? Quel dîner déplorable!

Que vois-je donc là-bas? Quel est ce pauvre diable

Je ne me trompe pat. Ce morne et plat TÏssge, Cet œil sombre et penaud, ce front préoccupé, Sur ces longs cheveux gras ce grand chapeau râpé... C'est mon ami Durand, mon ancien camarade.

Est-ce toi, cher Duponl? Mon fidèle Pylade, Ami.de ma jeunesse, approche, embrassons-nous.

J'ai cru que tes parent! t'avaient mis à Bicètre.

Parle bas. J'ai sauté ce soir par la fenêtre, Et je cours en cachette écrire un feuilleton. Mais toi, tu n'ai donc pas ton lit à Chsrenton? L'on m'avait dit pourtant que ton rare génie...

Ah '. Dupont, que le monde aime la calomnie ! Quel ingrat animal que ce sol genre humain, Et que l'on a de peine a faire ton chemin !

Frire, à qui le dis-tu? Dana le siècle où noos sommes, Je n'aï que trop connu ce que valent les hommes. Le monde, chaque jour, devient plus entité, Et tombe plus avant dans l'imbécillité.

Te souvient-il, Dupont, des {durs de notre enfance, Lorsque, riches d'orgueil et pauvres de science, Rossés par un sous-maître et toujours paresseux, Dans la crasse et l'oubli nous dormions tous les deux? Que ces jours bienheureux sont chers à ma mémoire !

Paresseui! lu l'ai dit. Nous l'étions avec gloire; Ignoranls, Dieu le tait! Ce que j'ai fait depuis A montre clairement si j'avais rien apprit.

Haï* quelle douce odeur avait le réfectoire 1 Ah! dans ce temps du moins je pus manger et boi Courbé sur mon pupitre, en aecrel je lisais Des bouquine de rebut achetât au rabais.

Bamave et Deamoulins m'ont valu des férulet; De l'aimable Saint-Just lea touchants opuscules Reposaient tur mon cœur, et je tendait la main Avec la dignité d'un sénateur romain.

Tu partageas mon sort, tu manquas tes études.

11 est vrai

le génie a m

s vicissitudes.

Mon cran

ossianique, a

ux laurier) destiné,

Du bonnet

d'âne alors

ut parfois couronné.

Mail l'on

voyait déjà ci

dont j'étais capable.

rage incurable;

Honni de

nos pareils, n

oulu de coupa de poing

Je rimait

l'écart, accr

upi dans un coin.

Des l'âge

c quinze ans

sachant à peine lire,

Je dévora

s Schiller, Dante, Gœlhe, Shakapearc

U front n

c démangeai

en lisant leurs écrits.

Quant à ci

s poliitons q

'on admirait jadis,

Tacite, C

éron, Virgile

Horace, Homère,

Nous save

nt, Dieu me

ci! quel cas on en peut

Dans les t

■crets de l'an

prompte à m'inîtier,

Ma mute,

en bégayant,

tentait de plagier;

J'adorais

our à tour l'Angleterre et l'Etpagne,

L'Italie, et surtout l'emphatique Allemagne.

Que n'eussé-je pas fait pour «avoir le patois Que le savetier Sachs mit en gloire autrefois i l'aurais certainement produit un grand ouvrage. Mais, forcé de parler notre ignoble langage, J'ai du moins fait serment, tant que j'existerais, De ne jamais écrire un livre en bon français; Tu me connais, tu sais si j'ai tenu parole.

Quand arrive l'hiver, l'hirondelle s'envole; Ainsi s'est envole" le trop rapide temps Où noire ventre à jeun put compter sur nos dents. Quels beau croûtons de pain coupait la ménagère !

N'en partons plus; ce monde est un 1:

en de misère.

Sois franc, je t'en conjure, et dis-moi

ton destin.

Que lis-tu tout d'abord loin du quart!

er latin?

Quand?

Lorsqu'à dix-neuf ans tu sort

il du collège.

Ce que je fis?

Oui, parle.

Eh i. mon ami, qu'en J'ai fait ce que l'oiseau fait en quittant son nid. Ce que put le hasard et ce que Dieu permit.

Maiseccor?

Rien du tout. J'ai flâné dans les rues, J'ai marché devant moi, libre, bayant aux grues; Mal nourri, peu vêtu, couchant dam un grenier, Dont je déménageais dés qu'il fallait payer; De taudis en taudis colportant ma misère, Ruminant de Fourier le rêve humanitaire, Empruntant càet là le plus que je pouvais.

Dépensant un écu si t fit que je l'avais, Délayant de grandi mots en phrases insipides, Sans chemise et sans bas, et les poches si vides,

Tel ]'e vécus, râpa, sycophante, envieux.

Je le sais : quelquefois, de peur que tu ne meures, Lorsque ton estomac criait : a II est six heures ! » J'ai dans ta triste main glissé, non sans regret, Cinq francs que tu courais perdre chez Bénaict. Mais que fis-tu plus lard? car tu n'as pas, je pense, Mené jusqu'aujourd'hui cette affreuse existence?

Toujours ! j'atteste ici Brutus et Spïnosa Que je n'ai jamais eu que l'habit que voilà !

m changer? A qui rend-on justice?

J'avais fait un projet... je te le Un projet I. .. mais au moins lu C'est pins beau que Lycurgue,

L'univers, mon ami, sera bouleversé :

On ne verra plus rien qui ressemble au passé ;

Le» riches seront gueux, et les nobles infâmes;

Nob maux seront des biens, Ici tommes seront femmes,

Et les femmes seront... tout ce qu'elles voudront.

Les plus vieux ennemis se recoud lieront,

La foi religieuse avec l'indifférence,

Et le drame moderne avec le sens commun.

De rois, de députés, de ministres, pas un ;

De magistrats, néant ; de lois, pas davantage.

J'abolis la famille et romps le mariage;

Voilà! Quant aux enfants, en feront qui pourront.

Ceux qui voudront trouver leurs pères chercheront.

Du reste, on ne verra, mon cher, dans les campagnes,

Ni forêts, ni clochers, ni vallons, ni montagnes.

Chansons que tout cela ! Nous les supprimerons,

Nous les démolirons, comblerons, brûlerons.

Ce ne seront partout que houilles et bitumes,

Trottoirs, masures, champs plantés de bons légumes,

Carottes, fèves, pois, et qui veut peut Jeûner,

Mais nu] n'aura du moins le droit de bien dtner.

Sur deux rayons de fer un chemin magnifique

De Pari» à Pékin ceindra ma république.

Là, cent peuples divers, confondant leur jargon,

Feront une Babel d'un colossal wagoo.

Là, de sa roue en feu le coche humanitaire

Usera jusqu'aux os les muscles de la terre

Du haut de ce vaisseau les hommes stupéfaits

Ne verront qu'une mer de choux cl de navets,

Le monde sera propre el net comme «de écuelle ;

L'humanitaircrie en fera sa gamelle.

Et le globe rase, sans- barbe ni cheveux,

Comme un grand potiron roulera dans lei cieux.

Quel projet, mon ami! quelle choie admirable!

A d'aussi vastes plans rien est-il comparable?

Je les avais écrits dans met moments perdus.

Croirais-tu bien, Durand, qu'on ne les a pat tus?

Que veux-tu ? notre siècle est sans yeux, sans oreille* ;

Offrez-lui des trésors, montrez-lui des merveilles,

Pour aller à la Bourse, il vous tourne le dos;

Ceux-là nous font des lois, et ceux-ci des canaux ;

Ou aime le plaisir, l'argent, la bonne chère;

On voit des fainéants qui labourent la terre ;

L'homme de notre temps ne veut pas s'éclairer,

Et j'ai perdu l'espoir de le régénérer.

Mais toi, quel fut ton sort? A ton tour sois sincère.

Je fus d'abord garçon chez un vétérinaire.

On me donnait par mois dix-huit livres dix sous;

Mais il me déplaisait de me mettre à genoux

Pour graisser ie sabot d'une bête malade,

Dont je fui maintes fois payé d'une ruade.

Fatigué du métier, je rompis mon licou,

Et, confiant en Dieu, j'allai sans savoir où.

Je m'arrêtai d'abord chez un marchand d'estampes

Qui pour certains romans faisait des culs-de-lampes.

J'en Us pendant deax ans; dans de méchants ccriis

Je glissais à tâtons de plus méchants croquis.

lis ainsi mon espriî parasite, lani au vol, le greffant sur aut îi pourtant du r6le d'apprenti.

i un jour chez le père La Tuîl

Donl la galté vineuse emplit les cabarets. Il m'apprit l'orthographe et corrigea mon style. Nous fîmes a nous deux le quart d'un vaudeville, Aux théâtres forains lequel fut présenté, Et refusé partout à l'unanimité.

Cet ichec me fut dur, el je sentis ma bile Monter en bouillonnant à mon cerveau stérile. Je résolus d'écrire, en rentrant au logis, Un ouvrage quelconque, et d'étonner Paris.

De la soif de rimer ma cervelle obsédée Pour la première fois eut un semblant d'idée Je tirai mon verrou ; j'eus soin de m'entourer De tous les écrivains qui pouvaient m'inspirer. Soixante in-octavos inondèrent ma table J'accouchai lentement d'un poème effroyable.

La lune et le soleil se battaient dans mes vers; Vénus avec le Christ y dansait aux enfers..

Vois combien ma pensée était philosophique :

De tout ce qu'on a fait, faire un chef-d'œuvre unit Tel fut mon but : Brahma, Jupiter, Mahomet, Platon, Job, Hannontel, Néron et Bossuet, Tout s'y trouvait; mon oeuvre est l'immensité mén Mais le point capital de ce divin poeme,

C'est un chœur de lézards chantant au bord de Racine n'est qu'un drôle auprès d'un tel morce On ne m'a pas compris ; mon livre symbolique Poudreux, mais vierge eucor, n'est plus qu'une Désolant résultat! triste virginité!

Mais vers d'autres destins je me vis emporté. Le del me conduisit chez un vieux Journaliste, Charlatan ruiné, jadis séminariste, Qui, dix fois en sa vie à bon marché vendu, Sur les honnêtes gens crachait pour un écu.

De ce digne vieillard j'endossai la livrée.

Le Bel suintait déjà de ma plume altérée ; Je me sentis renaître et mordis au métier.

Ah ! Dupont, qu'il est doux de tout déprécier! Pour un esprit mort-né, convaincu d'i m puisaai Qu'il est doux d'Être un Bot et d'en tirer venge A quelque vrai succès lorsqu'on vient d'asaislei Qu'il est doux de rentrer et de te déboîter.

Et de dépecer l'homme, et de salir sa gloire, Et de pouvoir sur lui vider une écritoire, Et d'avoir quelque part un journal inconnu Où l'on puisse à plaisir nier ce qu'on a vu ! Le mensonge anonyme est le bonheur suprême.

Écrivains, députés, ministre», rois, Dieu même J'ai tout calomnié pour apaiser ma faim.

Malheureux avec mol, qui jouait au plus fin ! Courait-il dans Paris une histoire secrète?

Vite je l'imprimais le soir dans ma gazette, Et rien ne m'échappait. De la rue au salon, Les graviers, en marchant, die restaient au tait

De ce temps scaudaleui j'ai su tons les scandales, Et les ai racornis. Ni plaintes ni cabales Ne m'eussent fait fléchir, sois-en bien convaincu... Mais tu rives, Dupont; à quoi donc penses-tu?

Il en est de ma peau comme de te* écrits:

le l'offre à tout venant, et personne n'y touche, Sur mon grabat désert en grondant je me couche, El j'attends; — rien ne vient. — C'est de quoi se noyer

Ne fais-tu rien le loir pour te désennuyer?

Je joue aux dominos quelquefois chez Procope.

Ma foi! c'est un beau jeu. L'esprit s'y développe; Et ce n'est pas un homme à faire un quiproquo, Celui qui juste à point tait faire domino.

Entrons dans un café. C'est aujourd'hui dimanche.

niant! commençons par jouer d'abord, pour essayer.

Je vais boire à le* frais, pour sûr, un petit verre.

Lci liqueurs me font mal. Je n'aime que la bière,

Qu'si-la sur toi?

Entrons au cabaret,

A pria voua, s'il voua plaît.

ai otLF'R.E'D TetfTTET.

Sur le plus vert Coteau de la forêt chérie.

Nos chevaux, au soleil, foulaient l'herbe fleurie ; Et mol, silencieux, courant à ton cote, Je laissais au hasard flotter ma rêverie; Mais dam le food du cœur je me buis répété :

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